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TATP, Charles Martel et Daech : trois ex-étudiants jugés pour un projet d’attaque contre la mairie de Poitiers

Le Figaro · 04/11/2026 · ← revue

TATP, Charles Martel et Daech : trois ex-étudiants jugés pour un projet d’attaque contre la mairie de Poitiers Interpellés en décembre 2024 à Nantes et Nîmes, ces apprentis djihadistes comparaissent en correctionnelle pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ».

Préparation d’un attentat pour se venger de Charles Martel ? Projet fantasmé par des apprentis djihadistes ? Ou équipée confuse d’étudiants fourvoyés ? Trois prévenus, âgés de 21 et 22 ans, comparaissent ce mercredi en correctionnelle à Paris. Leur interpellation, en décembre 2024, avait défrayé la chronique. Il avait été déclaré à l’époque que ces étudiants en chimie, informatique et psychologie, voulaient attaquer la mairie de Poitiers pour venger la victoire de Charles Martel. Une référence symbolique tant pour un islamisme nostalgique d’al-Andalus que pour une extrême droite désireuse de suivre les traces du grand-père de Charlemagne. À l’époque, une source proche du dossier avait prudemment précisé que les cibles des mis en examen n’étaient pas « consolidées ». En clair, les intéressés avaient été interpellés en amont, après avoir évoqué une série de cibles hypothétiques. Parmi lesquelles ladite mairie, définie par un suspect comme le « lieu de la dernière conquête musulmane » et un « symbole pour l’ancienne vengeance ».

Rejoindre la Syrie

Les trois ex-étudiants, qui nient les faits, comparaissent pour « association de malfaiteurs terroriste » et deux d’entre eux, accusés d’avoir fait des tests en vue d’une attaque à l’explosif, sont jugés pour fabrication de produits incendiaires ou explosifs, en relation avec une entreprise terroriste. Selon l’ordonnance de mise en accusation (OMA), l’association les ayant réunis comprend « deux branches » : « les échanges et projets » pour un attentat favorisant « la création d’un État islamique ». Et « le recrutement d’individus décidés à rejoindre la Syrie ». » LIRE AUSSI - Attaque terroriste dans les Yvelines : Kevin T., tueur d’ultradroite ou schizophrène irresponsable ? Né en Algérie et vivant à Nantes, le « chef » présumé du complot, qui, selon l’accusation, rêvait d’un État islamique en France, est le fils d’un imam, ancien aumônier de prison. Selon l’ordonnance, il « a cherché à rentrer en contact avec des membres de (Daech) afin de se procurer des informations relatives à la fabrication du TATP » et « a évoqué auprès de ses interlocuteurs des projets d’actions violentes ». Le 6 octobre 2024, il précisait ainsi à un djihadiste sur Telegram : « je suis intéressé (par) les cours que vous publiez sur les poisons et explosifs (…) Je suis sur le territoire de guerre ». Son interlocuteur lui demande : « Veux-tu mener une attaque bénie ? » Et il répond : « L’objectif, c’est la mairie d’une des villes. »

« Donner le change »

Selon l’OMA, l’intéressé a expliqué aux juges avoir agi « dans le seul but de “donner le change” à ses contacts ». Les magistrats relèvent un ensemble d’éléments contredisant cette thèse à leurs yeux : réitération des menaces d’attentat, recherches sur des cibles, contacts avec des membres de Daech avec envoi de la localisation GPS de la mairie de Poitiers…

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L’intéressé, qui dit vomir Daech et louer les Syriens d’HTS, nie tout terrorisme. Attaquant l’association de malfaiteurs, son avocat, Me Romain Ruiz, précise : « Ce que nous questionnons, c’est cette “relation avec une entreprise terroriste”, devenue une clause de style en la matière et qui est un outil répressif extrêmement dangereux. Par ces quelques mots, tout ce que vous faites peut être artificiellement relié à un groupe que vous ne connaissez ni d’Ève ni d’Adam. » Au vu de l’OMA, les deux autres prévenus auraient agi sous l’impulsion de leur « mentor » présumé. Né à Saint-Herblain (Loire-Atlantique) d’une famille maghrébine, le premier, défendu par Me Raphaël Kempf, aurait prêté allégeance à son ami et « participé à l’ensemble (de ses) projets » avec « une part très active au projet de fabrication d’explosifs, allant jusqu’à effectuer lui-même des recherches et à solliciter des individus se présentant comme des membres (de Daech) ». Le troisième prévenu, né à Mayotte, est défendu par Mes Colomba Grossi et Vincent Brengarth, qui dénoncent un renvoi « totalement injustifié ». Il s’est rétracté en partie après avoir fait des déclarations incriminant son « chef » présumé, qu’il n’a jamais rencontré. Il aurait aidé ce dernier « dans le cadre de la réalisation et la structuration » de ces projets, « par la distribution ou la rédaction » de tracts et « l’identification de velléitaires » voulant rejoindre le djihad syrien. Les débats doivent s’achever vendredi.