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« Subventionner nous mènerait droit dans le mur » : les collectivités misent sur les achats groupés pour soutenir le pouvoir d'achat des Franciliens

Les Échos · 29/10/2026 · ← revue

Par Adèle Loisel

Winter is coming. Et avec lui, le spectre des coûts exorbitants de l'énergie et des transports. En Ile-de-France, les maires cherchent à en limiter l'impact sur leurs factures communales. A Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis), l'enveloppe consacrée aux dépenses énergétiques (électricité, gaz, carburants…) est passée de 2 à 10 millions d'euros depuis 2022, dans un contexte budgétaire tendu du fait des arbitrages du projet de loi de finances. Consciente du poids financier de l'énergie, la municipalité s'emploie donc aussi à alléger la facture de ses habitants. Depuis un an, elle leur propose d'en mutualiser l'achat pour obtenir des tarifs préférentiels. « Une politique de subventions mènerait droit dans le mur », balaie le maire divers droite Zartoshte Bakhtiari. La ville s'appuie donc sur une entreprise spécialisée, Ecodigo. « Nous rassemblons un grand nombre d'habitants pour négocier des tarifs fixes sur trois ans », détaillait récemment aux « Echos » Etienne Jallet, président d'Ecodigo. L'entreprise dijonnaise négocie comme intermédiaire des collectivités les tarifs de gaz et d'électricité auprès des fournisseurs. Neuilly-sur-Marne n'a rien déboursé, mais seulement fait la promotion de l'opération auprès de ses 40.000 habitants. 350 foyers ont souscrit à l'achat groupé de l'énergie. Les premiers résultats ont été payants. La mutualisation a permis de réduire de 10 % la facture de gaz et de 18 % celle de l'électricité. Soit une économie de 180 euros par an et par ménage pour l'électricité et le gaz. Des réductions similaires ont été appliquées dans d'autres villescomme à Pantin (Seine-Saint-Denis) où plus de 1.100 foyers ont économisé 300 euros chacun.

Effet domino

« L'offre fonctionne très bien parce qu'il est facile de changer de fournisseurs. C'est une dépense contrainte mais en forte hausse. Et la réduction est plus importante que sur les autres achats groupés parce que nous pouvons négocier à l'échelle nationale, donc avoir davantage de participants », remarque Julien Froidure, fondateur d'Achetons Groupé.L'entreprise parisienne, positionnée sur le même marché qu'Ecodigo, estime que 80 % des requêtes portent sur le gaz et l'électricité. Mais il existe bien d'autres besoins auxquels répond l'achat groupé. Les panneaux solaires, le bois, l'assurance habitation… Le pouvoir de négociation est alors moindre car « l'effet localisé », analyse Julien Froidure, la livraison limitant le périmètre. Pour parvenir à une véritable économie d'échelle, les élus montent parfois au niveau intercommunal. Sur une opération d'achats d'ampoules LED, de récupérateurs d'eau, et de bois de chauffage, les 21 villes de Coeur d'Essonne agglomération ont fait chuter de 10 à 15 % la facture de 3.000 foyers. Le plus difficile reste à convaincre les habitants. Entre 1 et 15 % de ceux qui assistent à une réunion d'information finissent par souscrire à l'offre, estime Julien Froidure. « Heureusement, lorsqu'une commune a essayé l'achat groupé, il devient plus facile de convaincre les villes alentour »

L'essayer c'est l'adopter

En ce moment, l'achat de vélos électriques a le vent en poupe. Le Pré-Saint-Gervais puis Montreuil l'ont développé avec la Mutuelle Fraternelle d'Assurances (MFA), qui promet une réduction permanente de 10 %. Une promesse de stabilité des prix attractive pour les collectivités, et à laquelle s'engage MFA qui « n'applique pas d'augmentation supérieure à 4 % chaque année », précise l'entreprise. Les biens électriques intéressent les municipalités depuis l'explosion du prix de l'essence. « Nous travaillons à développer d'autres produits, comme des voitures et scooters électriques ou des bornes de recharge… », envisage Achetons Groupé. L'entreprise est également sollicitée pour toutes sortes d'achats, comme les fruits et légumes ou les abonnements de vidéosurveillance. « Tant que cela a trait au pouvoir d'achat, les communes sont preneuses », résume Julien Froidure. Tournefeuille (Haute-Garonne) s'est dotée de 1.200 vélos électriques et Morlaix Communauté (Finistère) de pellets et de bois. La méthode entre dans les moeurs. A Bondy, où le revenu moyen annuel est de 17.000 euros, la municipalité a d'abord lancé une mutuelle de santé communale en 2021. Puis a fait chuter les prix de l'électricité de 29 % pour les 440 participants à l'opération d'Achetons Groupé. « Nous avons lancé le même principe avec un producteur local, rapporte le maire Stephen Hervé (LR). Il nous vend des pommes de terre pour trois fois rien. »

Adèle Loisel