Revue de presse

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Sénatoriales 2026 : les candidats en campagne, à l’écoute de leurs « pairs », les grands électeurs

Le Monde · 11/08/2026 · ← revue

C’est une campagne sans marchés ni meetings, sans tracts ni sondages. Une campagne discrète et atypique pour un scrutin qui ne l’est pas moins : les élections sénatoriales. Dimanche 27 septembre, 93 469 grands électeurs, issus à 95 % des conseils municipaux, seront appelés aux urnes en préfecture pour renouveler les 178 sénateurs des circonscriptions de la « série 2 ». En France métropolitaine, les départements de l’Ain à l’Indre et du Bas-Rhin au Territoire de Belfort sont concernés, par ordre de numéros, à l’exception de ceux de l’Ile-de-France. Les sénateurs de Guyane, de Saint-Barthélemy, de Saint-Martin, des îles Wallis-et-Futuna et de Polynésie française sont également renouvelés, tout comme la moitié des représentants des Français établis hors de France. Tout au long de l’été, les candidats, sortants ou novices, procèdent, à peu de chose près, de la même façon. D’abord, une tournée du département pour visiter autant de communes que possible et rencontrer les maires en tête-à-tête. Puis l’organisation de « réunions de secteur » permettant de conférer avec les grands électeurs d’une ou plusieurs communes selon leur taille. Sans oublier la participation à diverses manifestations locales. Pour les sortants, ce travail s’inscrit dans le prolongement d’un mandat qui les voit arpenter leur département toute l’année. « Quand vous êtes sénateur, vous connaissez déjà une grande partie des maires et des équipes de grands électeurs », confirme Nathalie Delattre (Parti radical), candidate à sa réélection en Gironde. Dans l’Eure, le maire (Horizons) des Andelys, Frédéric Duché, se présente pour la première fois et est bien décidé à mettre à profit les semaines qui lui restent pour rencontrer le plus possible de grands électeurs parmi les 1 919 du département, et ainsi rattraper son retard sur les sortants Hervé Maurey (Les Centristes) et Kristina Pluchet (Les Républicains). Ce mardi 5 août, sa tournée des 585 communes de l’Eure mène Frédéric Duché au village du Plessis-Hébert, 400 habitants, à 5 kilomètres de Pacy-sur-Eure. Une fois n’est pas coutume, le candidat a le temps. Son deuxième rendez-vous de la matinée a été annulé et il va pouvoir consacrer près de deux heures à tenter de convaincre une seule électrice : la maire, Laurence Mention. Cette dernière a convié trois adjoints à participer à l’entretien. Ce type de réunions en petit comité tient un rôle essentiel dans la campagne car c’est là que se noue l’indispensable lien de confiance entre le candidat et les électeurs. « C’est un scrutin qui se joue essentiellement sur des relations interpersonnelles qui comptent souvent davantage que l’engagement partisan », assure le sénateur (Union centriste) des Hautes-Alpes Jean-Michel Arnaud, de nouveau candidat. En effet, dans un département, une part non négligeable des élus locaux, notamment dans les petites communes, n’affichent pas d’étiquette politique. Au Plessis-Hébert, c’est le cas de Laurence Mention, qui demande avant tout « du concret, du bon sens, pas de politique politicienne, c’est insupportable ».

« Les deux jambes du sénateur »

Aussi, au jour de leur rencontre, Frédéric Duché cherche-t-il à ne pas renvoyer l’image d’un politicien éloigné du quotidien des Français. Il rappelle son parcours personnel, loin du sérail politique : il évoque son passage à l’Ecole des mousses, à Brest, puis ses années de service dans la marine nationale, son BEP d’électronique « [s]on seul diplôme ». Le maire des Andelys n’en a pas moins une longue expérience politique derrière lui. Proche du premier ministre, il aime évoquer sa rencontre avec Sébastien Lecornu qu’il avait reçu dans son bureau, lorsque ce dernier, alors un étudiant de 19 ans, sollicitait un stage de collaborateur parlementaire auprès de Franck Gilard, alors député de l’Eure. Désormais, Frédéric Duché brigue la succession de Sébastien Lecornu qui n’aura siégé qu’un mois au Sénat, en 2020, avant de devenir ministre des outre-mer. C’est le premier ministre qui lui avait demandé de faire liste commune avec le sortant, Hervé Maurey. Après l’échec de l’union avec le candidat centriste, c’est encore « Sébastien » qui a incité son ami de vingt-deux ans à monter sa propre liste. Nombreux sont les candidats à évoquer « les deux jambes du sénateur » : l’une en circonscription auprès des élus locaux, l’autre à Paris, au niveau national. Frédéric Duché ne fait pas exception, mais semble déterminé à s’appuyer davantage sur la seconde. Rappelant qu’un sénateur « vote toutes les lois, pas seulement celles qui concernent les collectivités territoriales », il juge important de détailler sa vision politique aux grands électeurs. Membre du parti d’Edouard Philippe, Frédéric Duché se revendique d’une « droite raisonnable » qui veut dresser des constats réalistes : « Vous n’aurez jamais de gymnase, vous n’aurez jamais de piscine municipale. Mais ce n’est pas grave, car lorsque vos habitants veulent faire du sport, ils vont à Pacy ou à Vernon. La centralité a besoin de la ruralité et la ruralité a besoin de la centralité. » Seule ministre engagée lors de ces sénatoriales, en Ille-et-Vilaine, Françoise Gatel (Union des démocrates et indépendants) insiste sur l’importance de la relation avec les élus locaux : « Je m’attache à leur montrer que chacun compte, qu’on est à leurs côtés et qu’on écoute leurs préoccupations. » Frédéric Duché, lui, avertit qu’il ne sera pas l’avocat inconditionnel des territoires. « Le maire n’a pas besoin de porte-voix. En revanche, les collectivités ont besoin de quelqu’un qui connaît bien le fonctionnement de l’Etat. » Une définition que partage le sénateur sortant écologiste du Bas-Rhin Jacques Fernique : « Les maires veulent des sénateurs qui puissent être des facilitateurs » entre eux et l’Etat.

Un langage commun

Avec des candidats et des électeurs qui parlent un langage commun, celui des élus locaux, l’exigence à l’égard d’un aspirant sénateur s’exprime différemment que dans une campagne classique. « Chaque grand électeur peut penser qu’il peut être aussi bon que vous parce que vous êtes un de ses pairs, remarque Jean-Michel Arnaud. Donc le niveau de technicité des échanges est plus élevé. » Au Plessis-Hébert, Frédéric Duché s’enquiert des projets de la commune, en l’occurrence l’installation de caméras de vidéosurveillance. Et donne quelques conseils sur la constitution d’un dossier de subventions, préfigurant ce que pourrait être son futur rôle de sénateur. Si le candidat n’a pas évoqué la liste concurrente du Rassemblement national (RN), il assure qu’il garde à l’esprit la dynamique du parti d’extrême droite dans son département. En 2022 et en 2024, le RN a remporté 4 sièges de députés sur 5 dans l’Eure. Il pourrait cette année faire élire suffisamment de sénateurs pour constituer, pour la première fois, un groupe au Palais du Luxembourg – dix membres au minimum. Certes, pour atteindre cet objectif, le parti compte davantage sur les départements du pourtour méditerranéen que sur la Normandie, où il ne dispose d’aucune majorité municipale. Mais l’élection d’Aymeric Durox (RN) comme sénateur de Seine-et-Marne a montré, il y a trois ans, que les grands électeurs sans étiquette peuvent aussi peser dans le scrutin.