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Sénatoriales 2026 : le RN mise pour la première fois sur un groupe à la chambre haute

Les Échos · 25/09/2026 · ← revue

Par Anne Feitz

Même dans les couloirs du Sénat, on y croit ; au Palais du Luxembourg, on a déjà commencé à réorganiser les locaux pour préparer l'arrivée d'un nouveau groupe au lendemain des élections sénatoriales de ce dimanche. Autant dire que l'espoir affiché du Rassemblement national de réunir 10 sénateurs à la chambre haute, pour la première fois de son histoire - avec son allié l'UDR d'Eric Ciotti -, est désormais jugé crédible. L'enjeu n'est pas négligeable pour le parti d'extrême droite, qui espère franchir ainsi une étape supplémentaire dans sa quête de notabilisation et de crédibilité politique. Sans parler du signal symbolique envoyé à sept mois de l'élection présidentielle.

La ruralité pour cible

Mais la marche est haute. Peinant traditionnellement à s'implanter dans les territoires malgré ses scores élevés au niveau national, le RN ne compte aujourd'hui que 3 sénateurs. Pour parvenir à 10 (le minimum pour constituer un groupe), il mise aujourd'hui sur sa percée relative aux municipales de mars dernier : il a emporté environ 70 mairies et fait élire, avec l'UDR, plus de 3.000 conseillers municipaux, qui forment l'essentiel du corps électoral de ces élections. « Nous avons présenté des candidats partout, dont une dizaine de députés. On arrivera au minimum à 8 avec nos sénateurs sortants, et on espère quelques bonnes surprises », indique le directeur de campagne, Ludovic Pajot. Tout l'été, les candidats ont mené une campagne active et discrète, espérant convaincre des « grands électeurs », au-delà des conseillers municipaux encartés. « Nous avons labouré le terrain et multiplié les rendez-vous individuels », explique un élu, assurant que les portes s'ouvrent de plus en plus au RN. « On est désormais reçus et écoutés », affirme-t-il. « Nous ciblons la ruralité : il y a de très nombreuses communes dont le maire est sans étiquette, et où Marine Le Pen réunit 60 à 70 % des voix », avance de son côté Ludovic Pajot. C'est ainsi qu'Aymeric Durox avait créé la surprise en Seine-et-Marne en 2023.

Arc méditerranéen

Coup de chance pour le RN, un bon nombre de départements à renouveler cette année se situent dans ses zones de force. Dans l'arc méditerranéen, notamment, le parti d'extrême droite mise sur sa porosité avec la droite classique dans les Bouches-du-Rhône (il espère 1 ou 2 élus), le Var, ou le Vaucluse. Plus compliqué, il vise également le Gard, ainsi que la Gironde, où le nom de la députée Edwige Diaz circule déjà pour prendre la tête du potentiel futur groupe. Il nourrit enfin quelques espoirs, encore plus hypothétiques, dans l'Hérault, l'Aisne, l'Aude ou la Sarthe - où il a investi la soeur de Marine Le Pen, Marie-Caroline. L'alliance avec l'UDR, susceptible d'attirer plus facilement de grands électeurs LR ou divers droite, aidera également. Quelle que soit l'étiquette de la tête de liste, les deux partis ont fait campagne ensemble. Il faut dire que dans les Alpes-Maritimes seules, le fief d'Eric Ciotti, élu maire de Nice en mars dernier, l'UDR compte sur 2, voire 3 sièges. Le parti allié espère aussi des surprises dans le Tarn et le Tarn-et-Garonne. Les calculettes vont bon train, mais l'élection de 7 nouveaux sénateurs RN ou UDR n'est malgré tout pas assurée. En réalité, les alliés comptent aussi sur le ralliement de sénateurs proches, en cas de besoin. Ils assurent avoir des contacts avec plusieurs sénateurs LR, mais aussi centristes, qui seraient prêts à les rejoindre. « Tous ne viendront pas, mais le groupe paraît assuré », veut croire un sénateur RN. De quoi justifier les déménagements en cours au Palais du Luxembourg.

Anne Feitz