Sénatoriales 2026 : la stratégie d’union de LR se heurte aux candidatures dissidentes

Roger Karoutchi aborde les élections sénatoriales en stoïcien. Sénateur Les Républicains (LR) des Hauts-de-Seine depuis 1999, il sait, mieux que personne, que les reculs aux élections municipales ont d’immenses conséquences sur ce scrutin, dont le corps électoral est issu à 95 % des conseils municipaux. Or, en mars, LR et ses alliés ont notamment perdu Nice, Menton (Alpes-Maritimes), Nîmes, et réalisé un score historiquement bas à Marseille. Philosophe, Roger Karoutchi accepte donc par avance la perte inéluctable de plusieurs sièges dans le pourtour méditerranéen. Il espère, en revanche, que la commission nationale d’investiture (CNI), qu’il préside, aura trouvé la meilleure formule pour conserver des mandats qui peuvent l’être. LR est une nouvelle fois confronté au défi de l’unité. D’abord avec le centre droit, puis au sein même du parti. Dans plusieurs départements concernés par le scrutin proportionnel, un ou plusieurs candidats LR figurent sur des listes d’union avec des partis de droite et du centre : l’Union des démocrates et indépendants (UDI), avec lequel le groupe LR forme la majorité sénatoriale, mais aussi Horizons, voire Renaissance ou le Parti radical valoisien. Cette stratégie a été choisie en Gironde, en Charente-Maritime, en Haute-Garonne, dans les Bouches-du-Rhône ou encore en Vendée. Dans ce dernier département, le président du parti, Bruno Retailleau, se présente en tête de liste, devant une colistière UDI et deux suppléants issus d’Horizons et du MoDem. Chez LR, on prend cependant soin de préciser que ces unions obéissent à un pragmatisme local et ne présagent pas d’une éventuelle alliance pour 2027. « Est-ce que cela signifie que ceux qui figurent sur des listes d’union seraient pour Edouard Philippe à la présidentielle ? Non, pas du tout, précise Roger Karoutchi. Cela veut dire simplement que faire des listes multiples divise les voix. Lorsqu’il n’y a pas d’intérêt à l’union, LR fait des listes seul. »
Dispersés et déchirés
La stratégie d’alliance ne garantit cependant pas toujours la présence d’une seule candidature LR, et certains élus préfèrent faire bande à part. Ainsi, dans les Bouches-du-Rhône, la sénatrice sortante Valérie Boyer a finalement préféré lancer sa liste alors qu’elle avait d’abord été investie en troisième position sur une liste d’union avec Renaud Muselier (Renaissance). Dans un département où le Rassemblement national (RN) a progressé aux dernières municipales et où le Parti socialiste (PS) s’est maintenu à la mairie de Marseille, l’éligibilité de la troisième place est devenue incertaine pour la droite. Non investi par la CNI, le sortant Stéphane Le Rudulier présente, lui aussi, une candidature dissidente. En Haute-Garonne, la question de l’union a fracturé la fédération locale. Dans ce département, la CNI a investi la sortante Brigitte Micouleau en deuxième position derrière Pierre Médevielle (Horizons) et devant Vincent Terrail-Novès (Renaissance). Cette décision a provoqué la démission de la présidente de la fédération, Christine Gennaro-Saint, qui souhaitait la présence de deux candidats LR sur la liste et refuse l’alliance avec les macronistes. Dans les territoires où il s’engage seul, sans ses alliés, le parti n’est pas non plus parvenu à assurer systématiquement l’unité. Au printemps, le député de la 9e circonscription du Rhône Alexandre Portier – également président de la fédération locale – rêvait d’une unique liste dans un département où Les Républicains peuvent nourrir des ambitions. Certes, la droite a échoué à conquérir la mairie de Lyon. Mais elle a réussi à obtenir la majorité au conseil de la Métropole, dont les membres sont grands électeurs aux sénatoriales.
« Limiter le nombre d’aventures »
Les rêves d’unité ont finalement volé en éclats. La CNI a investi deux duos pour composer chacun une liste : d’un côté le président du département, Christophe Guilloteau et la maire de Décines-Charpieu, Laurence Fautra ; de l’autre le maire d’Ecully, Sébastien Michel, et la sénatrice sortante Catherine Di Folco. Mais la présence de la droite ne se limite pas aux candidatures investies par LR. Une situation rendue encore plus difficile par deux candidatures dissidentes au sein même du parti. Après avoir siégé quelques mois, Paul Vidal, ancien suppléant du nouveau Défenseur des droits, François-Noël Buffet, a annoncé le 22 août qu’il se lançait aussi dans la course, tout comme le conseiller d’arrondissement de Lyon, Jean-Stéphane Chaillet. Avec la candidature de Serge Bérard (Nouvelle Energie), ce ne sont pas moins de cinq candidatures de droite qui pourraient s’opposer en septembre. Cette approche de LR montre ses limites et suscite des incompréhensions. « Lors de la CNI du 23 juin, on s’attendait à avoir, nous aussi, une double investiture », soupire, déçue, Christine Gennaro-Saint. Non investie par son parti, l’ancienne présidente de la fédération de Haute-Garonne n’exclut pas de déposer tout de même une liste. Roger Karoutchi, de son côté, ne désespère pas de convaincre certains dissidents de se retirer avant le dépôt officiel des candidatures, du 7 au 11 septembre. « On verra si on peut limiter le nombre d’aventures. Après avoir fait le tour des maires, certains se diront que leur candidature est moins évidente », veut croire le président de la CNI.