Revue de presse

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Sénatoriales 2026 : la présence active sur le terrain des candidats, argument décisif pour les grands électeurs

Le Monde · 14/09/2026 · ← revue

C’est l’autre campagne, celle qui se déroule à bas bruit, loin des accrochages orchestrés de l’élection présidentielle de 2027. Les sénatoriales entrent dans leur dernière ligne droite, avant le vote du dimanche 27 septembre par lequel 93 469 grands électeurs, essentiellement des élus des conseils municipaux, vont renouveler la moitié du Sénat. Et, cette année, parmi les votants, certains ne cachent pas leur perplexité. « La campagne passe sous les radars médiatiques, ne concerne que des cercles ultra-fermés », regrette, par exemple, Théo Perez, maire (sans étiquette) de Bois-Guillaume (Seine-Maritime). Or, rappelle M. Perez, « les enjeux, eux, ne sont pas fermés. Ils occupent une place prépondérante dans la vie des habitants ». Et cela étonne d’autant plus le jeune élu que le contexte politique aurait sans doute dû donner une autre tonalité à ces élections. C’est aussi ce que pense le maire centriste de Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir). Harold Huwart rappelle que les sénatoriales ont, cette fois-ci, une particularité : « Le Sénat pourrait avoir un rôle politique de résistance si, l’an prochain, l’Assemblée nationale bascule vers l’extrême droite », explique l’ancien député. Or, « cela n’apparaît pas dans la campagne, qui se déroule à des années-lumière du contexte national, dans une dépolitisation absolue ». Les candidats, constate-t-il, misent tout sur la proximité, l’attention aux préoccupations quotidiennes des maires. Il le déplore, mais c’est précisément ce que de nombreux grands électeurs attendent d’eux. La maire (Les Républicains, LR) de Saint-Quentin (Aisne), Frédérique Macarez, rappelle que « le Sénat, c’est la voix des collectivités. C’est un scrutin assez important. Comme maire, je me sers beaucoup des sénateurs ». Interdiction du cumul des mandats oblige, « les députés ne sont plus des spécialistes des collectivités », analyse Mme Macarez, et « leurs lois nous compliquent souvent la vie ». Les sénateurs sont un recours, dit-elle, pour « améliorer les textes, comme ce fut le cas pour le ZAN [le zéro artificialisation nette est un objectif fixé par une loi de 2021 qui prévoit qu’en 2050 tout hectare bétonné sera compensé par 1 hectare rendu à la nature, un texte assoupli au Sénat] ».

« On ne compte pas pour rien »

Pour ces grands électeurs, la présence active du sénateur sur le terrain sera d’ailleurs un critère déterminant de choix le 27 septembre. Gauche, droite, ce n’est pas si important pour Patrice Colinet. Le maire (sans étiquette) de Champlitte (Haute-Saône) fera son choix « en fonction de l’intérêt général de la commune ». D’ailleurs, Dimitri Doussot, président de la Communauté de communes des Quatre-Rivières, à laquelle appartient Champlitte, a été investi par LR pour ce scrutin. « Nous avons tout intérêt à jouer cette carte. On a une vision intéressée de l’affaire », reconnaît M. Colinet, en rappelant qu’un sénateur « a une influence sur les investissements et les subventions ». « Ce pourrait être une question d’appartenance politique, note Mme Macarez, en faisant allusion aux deux sénateurs sortants, lesquels appartiennent au même parti qu’elle. Mais je vois surtout qu’ils sont présents sur le territoire et je sais que je peux compter sur eux. » Maire (sans étiquette) de Légny (Rhône), Sylvie Jovillard place elle aussi « la qualité d’écoute » en vertu cardinale. « Je ne supporte plus ces candidats que vous ne voyez qu’une fois, au moment de la campagne, s’agace-t-elle. On ne compte pas pour rien. On demande un minimum de considération et une présence sur le terrain. » Or, c’est par endroits le cas. Le maire de Nogent-le-Rotrou en témoigne : « Le sénateur, c’est le gars qu’on voit une fois tous les six ans : il vient assister à une cérémonie au moment de la campagne. Mais il a peu d’impact local », lâche M. Huwart, en reconnaissant que « le scrutin est certes plus important pour les maires ruraux, qui sont attachés à avoir des interlocuteurs ». Maire (Parti socialiste) de Bavilliers (Territoire de Belfort), Léo Prassel assure avoir « très peu de contacts » avec l’unique sénateur (LR) du département. Le jeune élu reconnaît ne « pas avoir le réflexe » de l’appeler lorsqu’il y a des problèmes dans sa commune. Il s’adresse plus spontanément à la préfecture, à l’agglomération ou au conseil départemental. La situation politique du Territoire de Belfort n’y est certes pas pour rien. « Sur les 101 maires, 81 participent au comité de soutien du sénateur LR sortant », précise M. Prassel. Dans ces conditions, « le scrutin a assez peu d’importance pour moi. Il est joué d’avance ici », constate l’édile de Bavilliers.

« Le Sénat apparaît très lointain »

Lorsque l’on demande à M. Perez si les sénatoriales sont un scrutin important à ses yeux, le maire de Bois-Guillaume ne dissimule pas son embarras. La réponse sera « en demi-teinte ». L’élu en a récemment parlé avec son conseil municipal, largement renouvelé : « Le Sénat apparaît très lointain, rapporte-t-il. Personne ne comprend vraiment quel est le rôle de cette institution. » Et dans son quotidien de maire ? Après un temps de réflexion, il lâche : « Le Sénat ne fait pas partie de mon quotidien. » Même s’il salue la qualité des travaux qui y sont menés. Pour lui, le scrutin offre cependant la possibilité de faire progresser « des idées plus progressistes » dans cette assemblée « très à droite ». D’ailleurs, il se déterminera « en fonction de [sa] sensibilité politique d’abord ». Il choisira la liste « qui s’engagera à travailler sur la petite enfance, la fiscalité locale, l’adaptation au changement climatique, des sujets qui sont pour moi prioritaires ». La maire de Saint-Quentin, Mme Macarez, est, elle, préoccupée par les « exploitations fragilisées » du secteur betteravier, très présent dans l’Aisne. M. Prassel souhaite alerter sur « la désertification du territoire en matière de services publics de proximité ». « J’ai 300 habitants sans médecin traitant », relève-t-il. « Je ne me suis pas gêné », confie enfin M. Colinet, en expliquant qu’il a abordé la question de « la suradministration » avec les candidats.