Sénatoriales 2026 : l’avenir du groupe du parti présidentiel dans les mains des élus ultramarins

Comme elles semblent loin les ambitions de l’été 2017. Dans l’euphorie d’une victoire à l’élection présidentielle et d’élections législatives triomphales, La République en marche, le parti d’Emmanuel Macron, espérait poursuivre sa dynamique aux élections sénatoriales et constituer un groupe de 50, 60, voire même 90 sénateurs. Neuf ans plus tard, l’ancien groupe La République en marche, devenu en 2020 le Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants (RDPI), ne compte que 19 sénateurs et se trouve menacé de disparition à l’occasion des élections sénatoriales du 27 septembre. Avec 11 postes renouvelables, il pourrait passer sous la barre des 10 membres nécessaire pour former un groupe. « La terre entière pensait et pense encore que l’on va disparaître, donc l’objectif est de se maintenir dans un étiage de moins deux à plus trois sièges », expose le sénateur des Hauts-de-Seine Xavier Iacovelli. A 83 ans, le fondateur du groupe, François Patriat, avait décidé de ne pas être candidat à sa réélection en 2026, dans son département de Côte-d’Or. Son décès, survenu le 19 août à la suite d’un accident de vélo, pose de manière plus évidente encore la question de l’avenir du groupe RDPI. Privés de leur président emblématique, les sénateurs veulent rester fidèles à son héritage, mais doivent désormais maintenir leur cohésion sans lui. « L’ADN de notre groupe, c’est la manière dont François Patriat l’a construit, l’héritage qu’il nous laisse et qui nous oblige », affirme le sénateur des Yvelines Martin Lévrier. Dès le 27 juin 2017, François Patriat, qui fut l’un des premiers et plus fervents soutiens d’Emmanuel Macron, était parvenu à constituer un groupe de 25 puis 29 sénateurs, en grande majorité d’anciens socialistes soutenant le président de la République. Mais les élections sénatoriales de septembre avaient douché les espoirs du parti. Un scrutin aux airs de revanche de l’ancien monde établissait le groupe La République en marche bien en deçà de ses objectifs, pourtant revus à la baisse à mesure que le scrutin approchait. Après seulement trois mois d’existence, le groupe perdait déjà 8 sièges et ne réunissait que 21 sénateurs. Au lendemain des élections de 2017, le groupe comptait en son sein cinq membres, et un apparenté, élus en outre-mer. Cette identité ultramarine s’est affirmée au fil des années au point qu’aujourd’hui près de la moitié des sénateurs du groupe RDPI représentent un département ou un territoire d’outre-mer. La plupart ne sont pas membres de Renaissance, nouveau nom du parti macroniste, et sont particulièrement attachés à leur indépendance comme à leur liberté de vote. « Notre groupe a toujours conservé une posture au-dessus des partis. Nous avions un objectif d’indépendance qu’il faut faire perdurer. Il en va de l’héritage de François Patriat », insiste la sénatrice de Guadeloupe Solanges Nadille.
Un groupe fragile
Si les élus ultramarins témoignent de leur attachement au groupe RDPI, leur maintien ne va pas de soi. Pour préserver sa survie, les candidats à sa présidence devront assurer leurs collègues qu’il reste le mieux placé pour représenter efficacement leur territoire. « Nous avons eu la possibilité d’échanger avec les candidats à la présidentielle sur les sujets ultramarins. Je ferai la même chose avec ceux qui sont candidats pour la présidence du groupe », prévient Solanges Nadille. « Je pense qu’il est prématuré de donner un avis sur l’avenir du groupe », temporise le sénateur de La Réunion (apparenté au groupe RDPI), Stéphane Fouassin. Trois hommes sont pressentis pour briguer la présidence : Xavier Iacovelli, Jean-Baptiste Lemoyne, sénateur sortant dans l’Yonne, et Thani Mohamed Soilihi, élu à Mayotte. Officiellement candidat, Xavier Iacovelli propose de mentionner les territoires d’outre-mer dans le nom du groupe. « Les sénateurs ultramarins constituent une force pour le groupe et le groupe constitue lui aussi une force pour eux, souligne Jean-Baptiste Lemoyne, qui laisse planer le doute sur sa candidature. C’est parce que nous étions mobilisés que le gouvernement a renoncé à raboter les dispositifs fiscaux pour l’investissement productif outre-mer. » « Au-delà de la question de la présidence, réagit Thani Mohamed Soilihi, sans confirmer son intérêt pour le poste, l’essentiel est de continuer à défendre les valeurs qui nous rassemblent : le dialogue, la liberté de réflexion, l’autonomie de décision et la recherche de solutions concrètes pour nos territoires et leurs habitants. » L’identité du groupe RDPI n’est finalement pas sans rappeler celle du groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires (LIOT) à l’Assemblée nationale. Mais, selon Jean-Baptiste Lemoyne, il s’en distingue, entre autres, par sa volonté de nouer une relation « plus fluide » avec la majorité sénatoriale de centre droit. L’élu de l’Yonne, comme Xavier Iacovelli, est favorable à la poursuite de ce rapprochement. Mais, là encore, ils devront veiller à ne pas froisser leurs collègues ultramarins plus proches du centre gauche. Réuni autour d’une méthode davantage que sur un socle idéologique partagé, le groupe RDPI reste donc fragile. Cette fragilité est aussi la conséquence des échecs électoraux d’un parti, Renaissance, qui, en dix ans, n’a pas réussi à s’implanter durablement à l’échelle locale. Aux élections municipales de mars, le parti dirigé par Gabriel Attal a certes remporté les mairies de Bordeaux et d’Annecy. Mais, d’après les données du Monde, Renaissance ne compte que huit maires sur les 3 290 communes de plus de 3 500 habitants. Un déficit d’élus locaux qui tempère forcément les ambitions du groupe pour le scrutin du 27 septembre.