Revue de presse

Copie archivée
📄 Copie archivéeAbonné (cookies session)Reformaté pour la lecture — sans pub ni fioriture.Ouvrir l'original ↗

Sénatoriales 2026 : dans les Alpes-Maritimes, LR en ordre dispersé face à l’alliance RN-UDR

Le Monde · 27/08/2026 · ← revue

Après avoir conquis les mairies de Menton, de Nice ou de Cagnes-sur-Mer aux élections municipales en mars, le Rassemblement national (RN) et son allié de l’Union des droites pour la République (UDR) pourraient s’emparer de sièges de sénateurs dans les Alpes-Maritimes, lors des élections qui se tiendront le 27 septembre. L’implantation locale y est décisive, les membres du Palais du Luxembourg étant élus au scrutin indirect par un collège de quelque 93 000 grands électeurs composé de parlementaires, de membres des conseils régionaux et départementaux, mais surtout de conseillers municipaux, qui constituent 95 % du corps électoral. De quoi faire de l’ombre aux Républicains (LR), qui avaient gagné, lors des dernières sénatoriales du département, en 2020, les cinq sièges de la circonscription. « Un alignement des planètes extraordinaire », souligne, avec fierté, Dominique Estrosi Sassone, tête de liste de l’époque et candidate à sa réélection. Mais, cette année, le parti a investi une deuxième liste, menée en parallèle de celle de Dominique Estrosi Sassone par une autre sénatrice sortante, Alexandra Borchio Fontimp. Ancienne porte-parole d’Eric Ciotti, elle est également soutenue par l’Union des démocrates et indépendants et Nouvelle Energie, le mouvement fondé par David Lisnard, maire de Cannes. Des candidatures concurrentes qui font peser le risque d’une dispersion des voix parmi les grands électeurs. Pour Alexandra Borchio Fontimp, ce n’est pas un sujet de débat : « J’ai pris la liberté de conduire une liste, les élus sauront faire leur choix, même si l’on est de la même famille politique », souligne-t-elle. Sa rivale, aujourd’hui présidente de la commission des affaires économiques du Sénat, voit la situation d’un autre œil : « Il n’est pas opportun d’amener de la confusion chez les élus locaux en menant une double investiture. » Face aux LR, qui avancent en ordre dispersé, le RN et l’UDR présentent, eux, une candidature unique dont la liste est menée par Laurent Castillo, député européen qui siège au sein du groupe Patriotes pour l’Europe. Henri Leroy, sénateur sortant, y figure en troisième position. Elu en 2020, il a quitté Les Républicains en mars après les municipales pour rejoindre le parti d’Eric Ciotti, qu’il connaît de longue date. « Je ne me reconnaissais plus dans leurs valeurs, la ligne politique a changé, elle est maintenant beaucoup trop proche du macronisme », déplore-t-il. Au-delà de la stratégie politique, ce sont ses adversaires et anciennes colistières qu’il désigne : « C’est l’exemple typique des élues qui ne veulent pas perdre leur siège et qui s’y accrochent comme à une gamelle. » Cette liste rassemblant UDR et RN dans le département pourrait faire perdre des sièges aux LR. « Le 27 septembre au soir, nous n’aurons plus la totalité des sièges dans les Alpes-Maritimes, c’est une réalité », regrette Dominique Estrosi Sassone.

Davantage de sénateurs RN

Un pas supplémentaire dans la normalisation du parti à la flamme ? « Les Alpes-Maritimes [sont] l’une des vitrines où le Rassemblement national peut se mettre en scène, montrer son ancrage local et une bonne entente avec les élus », explique le politiste Emilien Houard-Vial. Il pourra également bénéficier de soutiens qui ne sont pas membres du parti, créant ainsi un nouvel « affaiblissement du cordon sanitaire », estime le spécialiste de la droite française : « C’est une terre de droite, mais les villes comme Nice ou Menton exercent un effet d’influence sur les zones environnantes. Une commune de la métropole niçoise doit bien s’entendre avec la mairie de Nice, des grands électeurs qui ne sont pas RN ou UDR pourront ainsi voter pour leur liste aux sénatoriales », ajoute le politiste. Plus largement, c’est aussi une marche de plus vers la création d’un groupe RN-UDR au Sénat, une première dans l’histoire de la Vᵉ République. « Aujourd’hui, cela semble assez vraisemblable, sachant que dix sièges sont nécessaires », analyse Emilien Houard-Vial. Trois sénateurs du parti d’extrême droite ont déjà été élus en 2023 : Joshua Hochart (Nord), Christopher Szczurek (Pas-de-Calais) et Aymeric Durox (Seine-et-Marne). Pour l’instant, ils siègent chez les non-inscrits. Mais les Alpes-Maritimes ne devraient pas être le seul département à voir émerger de nouveaux sénateurs RN : d’autres circonscriptions dans le nord-est ou le sud-est de la France, zones territoriales de force du parti, sont également concernées. Le RN pourrait ainsi accroître son influence au Sénat : davantage de temps de parole, une capacité à peser sur l’ordre du jour et une présence au sein des instances dirigeantes. Une importance à relativiser, selon le politiste : « Avec un groupe à dix, l’apport immédiat n’est pas énorme, cela relève davantage du symbole. Le vrai bénéfice, c’est d’être présent dans les deux chambres du Parlement. »