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Sénatoriales 2026 : dans le Bas-Rhin, les divisions à gauche ouvrent la voie aux recompositions

Le Monde · 05/09/2026 · ← revue

Dans le Bas-Rhin, les élections sénatoriales ne promettent pas de grand bouleversement en termes d’équilibres politiques. Sur les cinq sièges, la plupart devraient rester à droite, en raison notamment du mode de scrutin : en dehors de certaines villes, une bonne partie des grands électeurs sont des élus locaux de droite et de centre droit, la majorité à la région et à la collectivité européenne d’Alsace, l’échelon départemental qui a fusionné le Bas-Rhin et le Haut-Rhin en 2021. C’est sur le dernier siège que l’élection promet un peu de suspense, l’écologiste Jacques Fernique souhaitant renouveler son mandat. Contrairement à ce qui a pu se jouer au niveau national, l’alliance avec le Parti socialiste (PS) local ne s’est pas opérée. Une suite logique, selon lui : « Ça se passe très bien avec les sénateurs socialistes à Paris, mais je n’ai jamais eu le PS 67 comme interlocuteur durant mes six années de mandat. Il s’est polarisé sur son opposition frontale à Jeanne Barseghian [maire de Strasbourg de 2020 à 2026] et à sa majorité dans la course aux municipales. »

Pont vers le centre droit

En mars, Catherine Trautmann a remporté la mairie de Strasbourg, gouvernée par les écologistes pendant les six années précédentes. Un retour à la tête de la ville pour celle qui l’avait conquise une première fois en 1989 et qui a également été ministre de la culture (1997-2000) du gouvernement de Lionel Jospin. Dans l’entre-deux-tours, la candidate socialiste avait décidé une fusion avec la liste du centriste Pierre Jakubowicz, crédité de 5,1 % des voix au premier tour. Depuis, la majorité aux manettes est composite. La stratégie avait été dénoncée par quelques militants locaux et par le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, qui avait déclaré que Catherine Trautmann se plaçait ainsi hors du parti, avant de faire machine arrière après sa victoire. Au cœur de l’été, sur les bords d’un canal strasbourgeois, une grue bien lestée a déposé la jonction d’une passerelle piétons-cyclistes. L’ouvrage permettra à un quartier réaménagé d’être relié plus directement à la ville, fera gagner du temps à ceux qui y vivent ou y travaillent, tout en renforçant l’attractivité des logements. Parmi les adjoints présents, on notait la présence d’Anne-Pernelle Richardot. Chargée notamment du développement et de l’attractivité de la ville, la socialiste a annoncé quelques jours auparavant, fin juillet, la composition de sa liste pour les sénatoriales. Son numéro deux est Olivier Sohler, maire de Scherwiller et ancien candidat de l’Union des démocrates et indépendants pour une des circonscriptions bas-rhinoises en 2022. L’élue revendique ce pont vers le centre droit : « Dans l’état d’esprit des municipales où les citoyens nous ont dit : “Entendez-vous”, nous avons besoin de nous regrouper sur un socle républicain, qui va des sociaux-démocrates au centre droit. Pour donner de la force aux territoires, il faut dépasser les clivages. » Contactée, Anne-Pernelle Richardot affirme que les élus rencontrés étaient d’abord surpris, avant de se laisser convaincre par cette alliance. Elle glisse aussi que la formule lui a valu des coups de fil d’états-majors nationaux, PS et Horizons notamment, intéressés, selon elle, par l’assemblage strasbourgeois.

Conditions posées

Surpris, Olivier Sohler concède qu’il l’a été lorsqu’il a reçu la proposition. Avant d’accepter de rejoindre cette liste qui représente « un éventail politique autour d’un socle commun ». « J’ai posé mes exigences, raconte le conseiller régional qui siège dans la majorité de droite du Grand-Est. J’ai aussi informé le président de région, Franck Leroy [ancien Horizons], qui a donné son accord. » Parmi les conditions : une liste sans étiquette et la possibilité, une fois élu, de siéger avec le groupe de son choix, tout en respectant un « pacte de gouvernance » scellé avec la tête de liste PS. La stratégie éprouvée des municipales à Strasbourg est brandie, mais aussi l’horizon de l’élection présidentielle. Pour les numéros un et deux, la liste L’Union des forces a vocation à battre « les extrêmes des deux côtés » : le Rassemblement national comme La France insoumise, précisent-ils. Si le parti de Jean-Luc Mélenchon a gagné un siège de député et des conseillers municipaux aux dernières élections, le déroulement du scrutin sénatorial ne lui est pas favorable. Emmanuel Fernandes, député « insoumis » bas-rhinois, qui mène tout de même une liste avec l’espoir de « franchir encore une étape », dénonce : « Il n’y a pas de cap clair, en tout cas pas de cap à gauche pour le PS. On le constate à nouveau avec cette alliance. » De son côté, Jacques Fernique, le sénateur écologiste sortant, met en avant son bilan. Le membre de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable souligne l’interdiction des PFAS, le travail sur la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, ou celui autour des transports régionaux et de l’écocontribution pour les poids lourds qui traversent l’Alsace. « Parfois, le Sénat peut être contre-productif quand la majorité bloque, et c’est ce que je veux éviter. Il faut au contraire que la “chambre des territoires” puisse être un soutien pour les élus locaux face aux enjeux énormes d’adaptation. Les élus locaux me connaissent, ils savent que je suis un écologiste ouvert qui travaille de manière transpartisane sur plusieurs dossiers. » Il doute aussi d’un espace suffisant au centre : fin août, Alice Morel, maire de Bellefosse, qui se revendique centriste, a annoncé mener une autre liste dans le Bas-Rhin.