Revue de presse

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Saint-Honorat, l'île-monastère qui vise l'Unesco

Les Échos · 24/07/2026 · ← revue

Le 2 juillet, le maire de Cannes, David Lisnard, ses équipes de la direction culturelle de la ville et Jean-Marie Gervais, le nouveau père-abbé de l'abbaye de Lérins, avaient rendez-vous au ministère de la Culture, à Paris, pour une audition décisive de la candidature de l'île Saint-Honorat au classement mondial du patrimoine de l'Unesco. Depuis le premier mandat de David Lisnard en 2014, la municipalité porte cette démarche qui vise l'une des deux îles de cet archipel de Lérins, celle de Saint-Honorat, propriété de l'ordre de Cîteaux, historiquement premier ordre monastique catholique. Las. Lors de ce rendez-vous parisien, une panne d'électricité au ministère a obligé à reporter l'audition au 13 octobre prochain. Pas de quoi décourager le père-abbé, qui récapitule les prochaines étapes de ce parcours du combattant pour démontrer le caractère « universel » et « exceptionnel » de l'île, condition sine qua non pour l'obtention du sésame. Si le comité français de classement au patrimoine mondial de l'Unesco l'accepte, le dossier sera transmis à la ministre, qui le présentera ensuite au président de la République, normalement en janvier 2027. « Et le président le présentera à son tour à l'Unesco qui prendra sa décision en juin 2028 », énumère le moine.

Difficultés financières

Pour la ville de Cannes, cette démarche d'inscription, qui englobait initialement l'ensemble de l'archipel et même la Croisette, vise à protéger et valoriser un « joyau naturel de la Méditerranée ». Les moines, eux, reconnaissent que cela pourrait constituer un atout non négligeable face aux difficultés financières de l'abbaye de Lérins. C'est d'ailleurs la raison de l'arrivée du père Jean-Marie l'an dernier. Prieur de l'abbaye de Sénanque depuis 1998, mais déjà passé par Lérins à ses débuts dans le monacat en 1981, Jean-Marie Gervais a été rappelé à la rescousse pour redresser les comptes des sociétés commerciales qui dépendent de Lérins. « On est là pour Jésus, pour prier Dieu et le fils divin, mais le travail fait partie de notre spiritualité. On doit gagner notre vie, nous ne sommes pas des prêtres diocésains, on n'est payés par personne », explique le religieux de 65 ans. « Il faut trouver des sources de revenus », rappelle-t-il. L'abbaye exploite un restaurant ainsi qu'une navette de bateaux depuis le port de Cannes (15 minutes de traversée), mais elle a dû en vendre deux pour colmater les brèches. Des vignes sont cultivées sur huit hectares (l'île en compte 41 au total), mais les ventes stagnent et les stocks s'accumulent. Agés de 40 ans pour le plus jeune à 94 ans pour le plus ancien, les 24 moines de l'abbaye, aidés par une trentaine de salariés laïcs, produisent aussi de l'huile d'olive et de fameuses liqueurs et eaux-de-vie. Mais plusieurs ont dû être licenciés l'an dernier.

80.000 visiteurs

En 2025, environ 80.000 personnes sont venues visiter l'île et profiter de ses charmes : un calme olympien à quelques minutes de l'agitation de la Croisette, des balades à pied dans une végétation luxuriante sans voitures, des criques pour se glisser dans la grande bleue le temps de quelques longueurs. Les touristes découvrent aussi les chapelles ou la tour-monastère médiévale tout juste rénovée, dont la visite guidée, limitée à 50 personnes, est gratuite jusqu'à la fin de l'année. Et pour les croyants, il est possible d'assister à l'un des offices au monastère ou d'y effectuer une retraite. « C'est beau, c'est calme, et en face, c'est l'Afrique ! » vante le père-abbé, qui aimerait porter la fréquentation jusqu'à 150.000 visiteurs à l'année pour ramener les comptes de l'abbaye dans le vert sans rompre l'équilibre de l'île.

Sainte-Marguerite : l'île voisine du masque de fer

A quelques centaines de mètres de Saint-Honorat, l'autre île de Lérins, Sainte-Marguerite, abrite un des mystères de l'histoire. Plus grande que sa voisine, et plus proche du continent, elle est connue pour son fort royal, qui a hébergé, au XVIIe siècle, « l'homme au masque de fer », l'un des prisonniers les plus célèbres de l'histoire de France. L'arrivée des moines sur l'île remonte à l'an 405, lorsque Saint-Honorat est venu s'y installer, accueilli par saint Léonce, évêque de Fréjus, le frère de sang de saint Castor qui a été l'évêque d'Apt dans le Vaucluse actuel. « Sans eau, il n'y a pas de vie », fait remarquer le père Jean-Marie, en rappelant que c'est grâce à la source présente sur l'île que les moines ont pu s'y établir. De récentes fouilles archéologiques ont permis de retrouver des objets du Ve siècle et des squelettes du VIIe. Des découvertes qui viendront sans nul doute étayer le dossier de la candidature de Saint-Honorat à l'Unesco. Mais quelle que soit la décision finale, elle ne risque pas de perturber la vie monastique qui s'écoule ici depuis seize siècles, entre offices religieux et travaux des champs.

Vincent-Xavier Morvan (Correspondant à Nice)