Robert Ménard au Figaro : « Bruno Retailleau et David Lisnard ne finiront pas à deux face aux Français »

Robert Ménard au Figaro : « Bruno Retailleau et David Lisnard ne finiront pas à deux face aux Français » ENTRETIEN - Après avoir organisé (et assisté) au déjeuner entre le patron de LR et le maire de Cannes, l’édile de Béziers dévoile la teneur des échanges entre les deux prétendants à l’Élysée.
LE FIGARO - . Vous êtes à l’initiative d’un rendez-vous entre Bruno Retailleau et David Lisnard, tous deux candidats à l’élection présidentielle. Comment ce déjeuner s’est-il passé ? Robert MÉNARD - . C’était plutôt cordial. Certes, il y a des divergences de sensibilité, de tempérament… mais, au fond, peu de choses les séparent et ils incarnent tous les deux quelque chose de nécessaire pour le pays. Bruno Retailleau et David Lisnard s’accordent sur ce point : ils veulent aller jusqu’au bout mais sans s’opposer. Finir l’un contre l’autre leur paraît invraisemblable. Ils jugent la compétition saine mais ne seront pas, demain, des ennemis qui demanderont aux Français de choisir, au premier tour de la présidentielle. Bruno Retailleau et David Lisnard ne finiront pas à deux face aux Français. Pourquoi avoir organisé ce rendez-vous ? Cela fait plusieurs mois que je songe à les réunir et que je répète que c’est de la folie de ne pas se mettre d’accord le plus rapidement possible. Sauf s’ils veulent que la droite perde les élections et s’ils veulent empêcher une alternative entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Le sujet de la primaire de la droite et du centre a-t-il été évoqué ? David Lisnard y est clairement favorable et Bruno Retailleau se montre de plus en plus ouvert. Il reste désormais à définir le calendrier et les règles : sur la méthode, il y a des divergences. Bruno Retailleau milite pour une charte des valeurs et un soutien au gagnant quand David Lisnard évoque la possibilité pour les perdants de ne pas gêner le gagnant, à défaut de le soutenir… Édouard Philippe mise sur la primaire sauvage des sondages tout en disant que si, en janvier, quelqu’un le devance, il accepterait de se ranger
Robert Ménard, maire de Béziers
Reste aussi à définir le périmètre : Édouard Philippe y est encore aujourd’hui défavorable… Bruno Retailleau et David Lisnard le savent et reconnaissent qu’une telle compétition est en effet impossible à organiser sans Édouard Philippe. Je le pense aussi. Je l’ai vu la semaine dernière et je confirme qu’il est très opposé à une compétition ouverte. Selon lui, une primaire ne fait qu’accentuer les divergences, encourager les propos sur les uns et sur les autres qu’on regrette ensuite. Édouard Philippe mise sur la primaire sauvage des sondages tout en disant que si, en janvier, quelqu’un le devance, il acceptera de se ranger derrière. » LIRE AUSSI - Présidentielle 2027 : en reflux dans les sondages, Édouard Philippe confronté au risque du dégagisme Quelles suites imaginez-vous après ce déjeuner ? J’aurais préféré entendre des engagements plus immédiats et concrets entre Bruno Retailleau et David Lisnard. Je n’ai cessé de leur répéter : les gens de droite ont du mal à comprendre ce qu’ils perçoivent comme une cacophonie. Surtout après les émeutes de ce week-end qui, évidemment, favorisent le RN et galvanisent LFI. Si entre les deux, il y a quatre candidats qui, à terme, feront tous moins de 10%, bonjour l’alternative ! S’ils veulent se suicider, qu’ils continuent comme ça. Entre Bruno Retailleau et David Lisnard, y a-t-il un candidat qui a votre préférence ? Non. Je pense simplement que si la droite continue comme cela, elle va se ramasser. C’est pour cela que je ne vais pas leur lâcher les baskets. Je les laisse digérer et réfléchir puis je les relancerai. Avant Noël. Il va falloir les bousculer pour qu’ils arrivent à se dire : «Peut-être que ce n’est pas à moi d’y aller, mais à lui.» Le RN organise son 19e Congrès à Orléans, dans un contexte inflammable après les émeutes du 17-18 octobre. Faut-il redouter une menace pour la sécurité ? Oui, bien sûr. C’est invraisemblable ! Je ne m’attendais pas à autant de monde dans la rue, je parle des gens raisonnables qui ont manifesté dans le calme. Je ne pensais pas la situation aussi inflammable, en France. Le RN a raison de s’inquiéter car je vois bien la petite racaille mais pas seulement, il y a aussi des racailles très politisées, qui ne manqueront sans doute pas une occasion d’aller «emmerder» Marine Le Pen. » LIRE AUSSI - Présidentielle 2027 : après le chaos du 17 octobre, la sécurité des candidats et des meetings en question Vous qui la connaissez bien, comment observez-vous sa campagne ? J’ai plein de désaccords avec elle : sa promesse sur la retraite est impossible à tenir, son plan d’économies est exagéré et les chiffres sont erronés. Sur l’Ukraine, elle a dit tout et son contraire. Cela étant dit, sa prise de parole post-émeutes avait plus de tenue que celle d’Emmanuel Macron. La réalité est qu’elle n’a jamais eu autant de chances de gagner et qu’elle engrange sans arrêt des soutiens. Elle a la stature de cheffe d’État qui, sur les sujets de pouvoir d’achat et de sécurité, a eu raison avant tout le monde. Ses échecs passés ont fini par être un atout : sa résilience, sa capacité à rebondir, tout cela séduit les Français. D’autant que l’union des droites, du RN à Reconquête en passant par LR, me semble définitivement invraisemblable et surtout, n’est pas la solution. En tant que maire de Béziers, qu’attendez-vous de la loi «Casseurs Payeurs» ? J’attends surtout qu’on me donne plus de pouvoir comme maire : nous avons des drones que la police municipale n’a pas le droit d’utiliser ! Elle n’a pas non plus le droit de demander aux gens leurs papiers d’identité ni d’ouvrir le coffre des voitures. On en est là !