Retraites : avec la proposition de réforme de Bruno Retailleau, qui partirait à quel âge ?

Retraites : avec la proposition de réforme de Bruno Retailleau, qui partirait à quel âge ? DÉCRYPTAGE - Le candidat Les Républicains propose plusieurs mesures chocs s’il est élu en 2027, avec un âge de départ à taux plein à 65 ans, ainsi que de la capitalisation.
Alors que trois candidats de la droite et du centre sont encore sur la ligne de départ, Bruno Retailleau, en queue de peloton, n’a pas perdu tout espoir. Largement devancé dans les sondages par Édouard Philippe, et légèrement par Gabriel Attal, l’ancien ministre de l’Intérieur d’Emmanuel Macron a dévoilé ce mardi sur LCI ses propositions pour « sauver notre système de retraite ». Une tentative de se différencier de ses concurrents du bloc central. Politiquement, l’âge légal de départ à la retraite est un bâton de dynamite. La dernière réforme du système, en 2023, prévoyait un passage progressif de 62 à 64 ans d’ici à 2030. En raison de la suspension de l’application de la loi, votée l’an dernier, ce curseur est pour l’instant bloqué à 62 ans et 9 mois. Bruno Retailleau veut aller au-delà, en fixant un âge « minimal » à 63 ans, et un âge à « taux plein » à 65 ans (au lieu des 67 ans fixés actuellement). À 65 ans, « même si vous n’avez pas toutes vos annuités, tous vos trimestres, vous pourrez partir avec une retraite pleine », explique Bruno Retailleau. Le calcul est cependant plus complexe que cela. Bien que l’âge légal pour toucher une pension dite à taux plein soit fixé à 67 ans actuellement, le travailleur qui n’a pas le nombre suffisant de trimestres n’aura pas la même retraite que celui qui a suffisamment cotisé. Cet âge lui permet seulement d’éviter une minoration de ses droits, la « décote », mais le montant final de sa pension sera diminué par un coefficient de proratisation. « J’annule les 67 ans parce que ce sont les femmes et souvent les mères de famille qui doivent atteindre 67 ans, parce qu’elles ont eu des carrières hachées », explique le président des Républicains. Celles-ci pourront en effet partir plus tôt à la retraite, mais avec une pension en partie minorée. Idem pour les Français prenant leur retraite avant 65 ans. « Si vous voulez partir à 63 ans, vous aurez une décote de 7 % par an », explique le candidat.
« Encourager le travail » des seniors
Il restera possible de partir avant 63 ans, dans certains cas. Bruno Retailleau précise que « pour la pénibilité, pour les carrières longues, je les remettrai à la discussion dans les branches et avec les partenaires sociaux, parce que quand on travaille avec un marteau-piqueur sur la voie publique ce n’est pas pareil que quand on travaille dans un bureau ». Le président des Républicains s’inscrit ainsi dans la continuité du programme de Valérie Pécresse de 2022, laquelle proposait un « relèvement progressif de l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans à horizon 2030, avec la prise en compte de la pénibilité et des carrières longues ». La pénibilité au travail a toutefois été une des principales pommes de discorde entre le patronat et les syndicats lors du « conclave » sur les retraites ouvert par François Bayrou en 2025, conduisant à son échec. » LIRE AUSSI - CSG, «zéro cotisation»... Comment les candidats à la présidentielle comptent rapprocher le salaire brut du net L’emploi des seniors est par ailleurs un enjeu important pour assainir les finances publiques. Selon l’OCDE, aligner le taux d’emploi de la France sur celui de l’Allemagne pourrait générer 15 milliards d’euros de recettes publiques supplémentaires et 5 milliards de dépenses sociales en moins. Souhaitant « encourager le travail », Bruno Retailleau propose de « supprimer les cotisations retraite et chômage » pour le salarié qui a toutes ses annuités à 62 ans mais qui souhaite continuer à travailler. « Pour l’employeur c’est un coût du travail réduit et pour lui ce sera 14 % à 15 % de salaire net supplémentaire », promet le candidat des Républicains.
« Un psychodrame tous les dix ans »
Pour éviter « un psychodrame tous les dix ans », le sénateur de Vendée souhaite enfin qu’il y ait « un lien direct entre les 65 ans et l’espérance de vie ». Dès lors que celle-ci augmentera, « le pilier de l’âge bougera ». En tenant sa promesse d’oser parler d’âge légal, Bruno Retailleau s’écarte de ses deux challengers de la droite et du centre, devenus plus timorés sur ce sujet. Gabriel Attal propose en effet de supprimer l’âge légal et de ne garder que la durée de cotisation - une façon d’éviter de parler du sujet qui fâche, tout en instaurant une durée minimum de travail conduisant de facto à un départ à la retraite plus tardif. Édouard Philippe, un temps partisan de la retraite à 67 ans, devait annoncer son programme en la matière ce jeudi, mais l’annonce d’une allocution d’Emmanuel Macron sur la situation internationale a bousculé son agenda, offrant une voie de passage à Bruno Retailleau. Il existe toutefois un point sur lequel les trois candidats de la droite sont d’accord : l’ajout d’une part de capitalisation au système actuel de répartition. Bruno Retailleau propose que celle-ci soit « pour les jeunes ». Avec ce levier, l’argent prélevé sur les salaires ne servirait plus à payer les pensions des retraités actuels mais serait placé dans des actifs financiers, pour être ensuite reversé au cotisant au moment de sa retraite, avec une part des intérêts engrangés. « Je veux que dans un premier temps, cela représente à peu près un quart, soit 25 % à 30 % des retraites des jeunes qui entrent sur le marché du travail. » » LIRE AUSSI - Bruno Retailleau au Figaro : « En France, la seule cour suprême, c’est le peuple. Je lui donnerai le dernier mot » Avec ses propositions, Bruno Retailleau table sur une économie de « 40 milliards environ sur 5 ans cumulés », soit 8 milliards d’euros par an. Une somme à ramener aux dépenses annuelles de retraite, qui s’élevaient à 422 milliards d’euros en 2025, soit 14,1 % du PIB. Selon le Conseil d’orientation des retraites, ces dépenses devraient rester globalement stables (en pourcentage de PIB) jusqu’en 2045, avant de progresser jusqu’en 2070. Les recettes pour financer le système risquent quant à elles de diminuer, notamment à cause du vieillissement de la population, car les Français en âge de travailler (et donc de cotiser) sont de moins en moins nombreux par rapport aux retraités. Le solde financier global du système est d’ores et déjà dans le rouge (5,1 milliards d’euros en 2025, soit 0,2 % du PIB) et cette situation ne devrait faire que s’aggraver, pour atteindre 2,5 % du PIB en 2070.