Primo-maires en Saône-et-Loire : Isabelle Louis assume le doute pour mieux rassembler - Les Echos

Par Lucile Meunier
L'ascension d'Isabelle Louis à la mairie de Montceau-les-Mines, puis à la présidence de la communauté urbaine du Creusot-Montceau, était une surprise. « Ça m'est vraiment tombé dessus le 22 mars », confesse la maire PS. Elue au second tour, avec 33,7 % des voix, au coude-à-coude avec la maire sortante, Marie-Claude Jarrot (Horizons), Isabelle Louis et son équipe d'union de la gauche ont été plongés dans le suspense jusque dans les dernières minutes du dépouillement. Mais, depuis sa prise de fonction, la femme politique n'est pas dépaysée. « J'ai occupé des postes de direction dans l'éducation nationale, donc j'ai l'habitude de diriger des équipes, et j'ai aussi beaucoup appris en tant qu'élue d'opposition », dit-elle aux « Echos ». Pourtant, les premiers jours à la tête de la municipalité lui ont laissé une impression de « flottement ». « Je crois que je n'imaginais pas à quel point j'allais être reconnue dans la rue. À l'échelle d'une ville comme Montceau-les-Mines [qui compte un peu plus de 16.000 habitants, NDLR], on ne peut pas passer incognito. Mais j'ai aussi compris que je prenais beaucoup de plaisir à être interpellée, à entretenir ce contact avec les habitants », ajoute-t-elle.
Faire tomber le mythe du sachant
La fonction reste jonchée de symboles. Au-delà des dossiers sensibles et prioritaires, le maire est aussi garant d'une certaine proximité. « Le premier mariage que j'ai célébré m'a beaucoup marquée. Au début, je ne connaissais pas le protocole, donc j'avais peur de me tromper : c'est quand même un moment unique pour les futurs époux, donc il faut être à la hauteur », admet la maire de Montceau-les-Mines. L'élue de 62 ans nous confie ses questionnements car elle assume vouloir démystifier la fonction. « Les élus entretiennent souvent une image de sachant, qui prennent des décisions de manière détachée. On est comme tout le monde : on doute, on n'a pas toujours de plan de carrière, cela n'enlève rien à nos compétences. Je crois que cela tient au fait que les élus sont sans cesse attaqués, leurs décisions contestées, donc une carapace se construit. J'aimerais impulser l'inverse », lance-t-elle.
Faire des compromis
Cette démystification passe aussi par une plus grande coopération avec les habitants. Pour structurer cette démarche, la municipalité s'appuie sur une ressource rare à cet échelon : un sociologue, intégré aux services de la ville, et une adjointe à la démocratie participative et à la citoyenneté, qui ont rapidement dû travailler sur le dossier sensible du projet de crématorium, décrié par les personnes habitant à proximité. « Nous en étions presque à l'étape de la signature. Dans un premier temps, nous voulions organiser une réunion publique pour expliquer le projet aux voisins. Mais on l'a finalement suspendu en avril, le temps de reconstruire un dialogue », annonce l'élue. Pourtant, elle reconnaît que l'application de la démocratie participative reste à définir. « Nous voulons tendre vers cet objectif, mais il faudra du temps pour évaluer les bonnes pratiques et arriver à mobiliser au-delà des citoyens les plus engagés », ajoute la maire de Montceau-les-Mines. Pour garder la confiance des habitants, Isabelle Louis devra redoubler d'efforts durant à ce mandat, élue à la tête d'une ville endettée à plus de 30 millions d'euros.