Revue de presse

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Présidentielle 2027 : Gabriel Attal mène une campagne estivale frénétique, labourant les thématiques de droite pour faire de l’ombre à Edouard Philippe

Le Monde · 07/08/2026 · ← revue

L’avantage d’être seul en piste, c’est d’avoir les projecteurs braqués sur soi. Le risque, c’est de concentrer toutes les critiques. Pendant que ses principaux concurrents d’Horizons, Edouard Philippe, et des Républicains, Bruno Retailleau, lèvent le pied, Gabriel Attal occupe tous azimuts le terrain médiatique. Une frénésie estivale destinée à faire décoller sa campagne. Déambulation de plusieurs jours en Bretagne, séance photo dans un refuge SPA des Yvelines contre l’abandon des animaux, tour du lac d’Annecy à vélo pour parler changement climatique, visite à l’aube du marché de Châteaurenard (Bouches-du-Rhône)… Assumant sa position de challenger pour 2027, le candidat alterne depuis le début de l’été les « séquences » cartes postales. En parallèle, il multiplie les interviews et apparitions à la télévision afin de marteler ses quatre axes prioritaires de campagne (école, salaires, frontières et intelligence artificielle) et égraine ses propositions « radicales », parfois teintées d’une bonne dose de populisme. Après la suppression de 100 000 postes de fonctionnaires, la mise en place de quotas d’immigration ou encore la promesse d’un déficit de 0 % à l’horizon 2037, le trentenaire a labouré, mardi 4 août, les terres de ses concurrents de droite, dans un style sarkozyste. Depuis Saint-Jean-de-Monts (Vendée) où il s’est rendu pour dénoncer l’occupation illégale de terrain par des gens du voyage, il a défendu l’adoption de sanctions plus fermes à leur encontre par l’instauration d’un « délit de maintien illicite » et le renforcement des pouvoirs des préfets. Avant d’avoir un échange musclé avec certains occupants devant les caméras suivant sa déambulation. Relayée sur les réseaux sociaux, la scène lui a valu de nombreuses critiques à gauche et des moqueries de la droite. Dans une passe d’armes sur X, le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a conspué son approche de « ce type de conflits d’usage » par des « fanfaronnades publicitaires ».

Nuée de réprobations

L’ancien premier ministre avait déjà suscité une nuée de réprobations, en accordant une interview de trois pages au Journal du dimanche (JDD), propriété du milliardaire Vincent Bolloré, deux jours auparavant. Lors de cet entretien, le candidat n’a pas eu un mot au sujet de leur chroniqueuse Xenia Fedorova, sommée de quitter le territoire français quelques jours plus tôt pour avoir abondamment relayé la propagande du Kremlin. Dans le même numéro, plusieurs articles étaient même publiés pour prendre sa défense. Un choix d’autant plus étonnant que Gabriel Attal a fait de la cause ukrainienne l’un de ses marqueurs politiques. Cette initiative a d’ailleurs été peu appréciée par une partie du camp macroniste, divisé sur la question du boycott du groupe (CNews, Europe 1, Le JDD). Rêvant d’imposer sa candidature dans les sondages, Gabriel Attal préfère ne négliger aucune forme de publicité. Depuis 2025, le secrétaire général de Renaissance s’est donc attelé à soigner ses relations avec la galaxie Bolloré, estimant ne pas pouvoir se passer de tels relais durant sa campagne présidentielle. Il a plutôt profité de son interview en bonne place pour y faire des annonces et promettre « la plus grande réforme institutionnelle depuis 1958 » s’il accède à l’Elysée. Pour mieux renouer avec l’esprit originel du macronisme tout en prenant ses distances avec Emmanuel Macron, le chef du parti présidentiel a repris à son compte les promesses déçues de 2017 : réduction du nombre de parlementaires, « spoils system » pour laisser au chef de l’Etat le pouvoir de nomination aux postes stratégiques de l’administration, recours au référendum… Gabriel Attal a même poussé la promesse de rupture en défendant une modification de la Constitution pour y inscrire un « principe de rapidité » afin que l’administration réponde à tout porteur de projet dans « un délai maximal de deux mois ». « L’attalisme est donc un autoritarisme subversif et surexcité (…) parce qu’il ne croit pas aux règles (…) et [que] ces propositions ouvrent à une pratique très verticale » du pouvoir, a vilipendé en réaction l’ancien premier ministre (2005-2007) Dominique de Villepin sur X. Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a déploré le choix de prendre la parole dans « Le JDD de Bolloré pour se lancer dans un concours de démagogie ». Quand le très libéral maire de Cannes (Alpes-Maritimes) et candidat à la présidentielle, David Lisnard, l’a accusé de lui avoir volé ses idées.

« Comme Nicolas Sarkozy en 2007 »

Peu importent les critiques, le député des Hauts-de-Seine y voit la preuve que sa campagne émerge. Et tant pis si quelques coups de communication échouent en route, à l’instar du rejet de sa saisine visant à interdire au Rassemblement national d’utiliser le terme « renaissance ». Cible d’une nouvelle campagne d’ingérence russe, le secrétaire général de Renaissance a saisi l’occasion pour monter au créneau et tenter de faire oublier son passage dans les pages du JDD. « Que ce soit à visage découvert via Mme Federova ou via des comptes anonymes, [les Russes] multiplient les ingérences. La responsabilité de la France, dans ce contexte, est de défendre sa démocratie », a-t-il réagi, jeudi 6 août, sur X, après la déclaration de Moscou dénonçant « une persécution » contre la propagandiste russe. Dans l’espoir de coiffer au poteau Edouard Philippe dans les sondages d’ici à la rentrée et d’échapper aux pressions de certains cadres de son parti qui voudraient le débrancher, le cadet des candidats déclarés prévoit de continuer à se déplacer deux à trois fois par semaine. Pour l’heure, l’entourage du maire du Havre (Seine-Maritime) continue, de son côté, d’afficher sa sérénité. « Faire une campagne blitzkrieg comme Nicolas Sarkozy en 2007, ça ne colle plus à l’époque. Edouard Philippe en a, lui, encore beaucoup sous le pied », assure le porte-parole d’Horizons, Arnaud Péricard.