Revue de presse

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Présidentielle 2027 : face à Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, les candidats de la droite et du centre persistent dans la fragmentation

Le Monde · 15/09/2026 · ← revue

Edouard Philippe trébuche, Gabriel Attal saisit la balle au bond, pour le plus grand plaisir de Bruno Retailleau. Il aura suffi d’une vidéo tronquée du candidat du parti Horizons dissertant sur l’hypothèse d’« un système dans lequel le président est élu en mai et prend ses fonctions en septembre », pour que ce dernier soit pris à partie. « Je ne dis pas qu[e le président élu] doit prendre trois mois de vacances mais franchement, une semaine, deux semaines, ça ne fait pas de mal avant de repartir », a déclaré l’ancien premier ministre dans un podcast de l’entrepreneuse Pauline Laigneau mis en ligne le 7 septembre. Trois jours plus tard, le Rassemblement national (RN) a profité de la viralité de l’extrait pour attaquer le prétendant à l’Elysée le mieux placé de la droite et du centre, en lui accolant le surnom d’« Edouard le Flemmard ». Son challenger Gabriel Attal ne s’est pas privé d’enfoncer le clou. « Moi, je considère que la France n’a plus une minute à perdre (…). Faut que ça bouge, tout de suite ! », a appuyé le secrétaire général de Renaissance, le 11 septembre, lors de la rentrée des Jeunes Agriculteurs à Metz. Le lendemain, au même endroit, Edouard Philippe a feint l’indifférence. « Moi, je ne suis pas du tout dans l’excitation, je ne suis pas du tout dans l’agressivité », a-t-il répondu, sous-entendant que son cadet trentenaire était un « homme trop pressé ». Cette acrimonie qui s’enracine entre les deux ex-chefs du gouvernement n’a pas échappé au camp Retailleau. « Attal a plus ou moins les mêmes électeurs que Philippe. Ces derniers risquent de ne pas apprécier son agressivité », relève un proche du président des Républicains (LR). Ainsi va la campagne présidentielle de la droite et du centre qui voit concourir ses trois principaux chefs de partis (Horizons, Renaissance et LR) : depuis le printemps, ces prétendants à la succession d’Emmanuel Macron sont engagés dans une guerre de position qui pourrait durer jusqu’en début d’année prochaine. Pendant que les deux anciens locataires de Matignon subissent leur duel, l’ancien ministre de l’intérieur estime, lui, avoir le champ libre pour occuper le créneau d’une droite radicale qui lorgne l’extrême droite. « Que les candidats du bloc central s’arrangent entre eux, mais moi je ne suis pas centriste », a asséné Bruno Retailleau, ce week-end, auprès du Journal du dimanche. Ce climat de division inquiète les cadres et les élus de ces formations politiques. « Gabriel Attal et Bruno Retailleau sont de plus en plus éloignés par leurs positionnements. Pour les ramener dans le même périmètre qu’Edouard Philippe, il va falloir un sacré électrochoc », alerte le chef de file des sénateurs centristes, Hervé Marseille. Ce danger de la fragmentation à droite et au centre est confirmé par l’enquête électorale française réalisée du 3 au 9 septembre pour Le Monde par Ipsos BVA-CESI Ecole d’ingénieurs, en partenariat avec le Centre de recherches politique de Sciences Po, la Fondation Jean Jaurès et l’Institut Montaigne. Edouard Philippe a beau bénéficier d’une avance notable sur ses concurrents, oscillant entre 14 % et 21 % des intentions de vote au premier tour, son socle reste bien plus friable que ceux des candidats du Rassemblement national et de La France insoumise (LFI). Sans union, la menace d’un second tour entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon – tous deux se présentent pour la quatrième fois – devient tangible.

Attal « va-t-en-guerre »

Comme dans un jeu de vases communicants, la dynamique électorale espérée par le candidat Horizons dépend du retrait de Gabriel Attal et, dans une moindre mesure, de celui de Bruno Retailleau. « L’enjeu pour Edouard, c’est d’être identifié par les électeurs de la droite et du centre comme un candidat utile », résume un membre de l’équipe de campagne du maire du Havre (Seine-Maritime). Un ministre compare le choix pour Edouard Philippe à un « vote d’élimination » : « Voteront pour lui ceux qui ne veulent pas d’Attal, pas de Retailleau… Philippe est aujourd’hui le moins mauvais des candidats. » Mais ces sondages, qui auraient dû asseoir son leadership, ne suffisent pas aujourd’hui à le légitimer auprès de sa famille politique. Ces doutes ont redonné du souffle aux partisans de l’organisation d’une primaire. Face à la formation de ce front anti-Philippe, le Havrais s’efforce d’incarner une figure rassembleuse. Il a ainsi proposé une rencontre à la Toussaint, conviant des ténors de la droite et du centre, du président du Mouvement démocrate, François Bayrou, au président du parti Nouvelle Energie et maire de Cannes (Alpes-Maritimes), David Lisnard, lui aussi candidat. C’est une nouvelle brique dans son entreprise de réunification après son appel à la construction d’un « parti unique » ou d’une « confédération », fin août. « Même pas en rêve ! », a tonné Gabriel Attal en privé, multipliant les appels auprès de ses homologues. Pour barrer la route à Edouard Philippe et marquer son antagonisme avec Bruno Retailleau, le secrétaire général de Renaissance prône depuis peu un rassemblement « de la droite républicaine à la gauche » à l’instar de François Bayrou. Les deux hommes partagent la conviction que la seule union du centre et de la droite « c’est trop étroit pour gagner, trop étroit pour gouverner. » Dans l’entourage d’Edouard Philippe, on se méfie de plus en plus du député des Hauts-de-Seine et de ses proches jugés « capables de tout » et « va-t-en-guerre ». En se démultipliant comme « un lapin Duracell » de foires estivales en bistrots, avec des propositions toujours plus « radicales », Gabriel Attal joue son va-tout, observe un membre de l’exécutif qui juge le contraste saisissant avec la campagne mesurée du maire du Havre : « Si on ne fait pas du judo avec l’actualité, on ne décolle pas ». Le déploiement tous azimuts du chef de file de Renaissance ne lui a pas permis de décoller dans les sondages. Mais il a, comme souhaité, bousculé son prédécesseur à Matignon.

« Asphyxier Retailleau »

Edouard Philippe, qui a renoncé à dévoiler son « projet massif » promis au printemps, égraine désormais au compte-goutte les mesures de son programme. Fin août, il avait choisi Mayotte afin de préempter le sujet migratoire. Après l’éducation et la lutte contre le narcotrafic, il présentera, jeudi, sa vision de la lutte contre le changement climatique. Et dévoilera, d’ici à la fin du mois, sa réforme des retraites, qui suscite nombre d’interrogations. « Quand vous êtes un candidat sérieux, vous ne restez pas dans l’ambiguïté pour en dire le moins possible afin de garder votre avance », critique le porte-parole de Bruno Retailleau, Othman Nasrou. Mais les partisans d’Edouard Philippe sont soucieux de maintenir des relations cordiales. Même lorsque le candidat de LR marche sciemment sur les plates-bandes du RN, y compris sur l’Etat de droit, le candidat d’Horizons manie les circonvolutions pour le ménager. « L’idée, c’est d’abord d’asphyxier Retailleau », glisse un stratège philippiste qui assume de mener une campagne de premier tour focalisée sur les préoccupations de la droite – immigration, sécurité, orthodoxie budgétaire. En parallèle, les ralliements en faveur de l’ancien secrétaire général de l’UMP doivent esseuler le Vendéen au même titre que Gabriel Attal, dont les campagnes reposent sur de petits cercles de fidèles. Convaincu que la nécessité de l’union prévaudra, Edouard Philippe ne s’offusque pas des rebuffades essuyées après sa main tendue. « Ce serait coupable de ne pas réfléchir avec qui on gouverne, pourquoi, et sous quelle forme. Ce sont des choses qui ont été sous-estimées ces dix dernières années », appuie son codirecteur de campagne, Gilles Boyer. A l’heure où le désir de rupture domine dans l’opinion en vue de 2027, chaque candidat cherche d’abord à se défaire du stigmate macroniste au risque de voir la campagne cannibalisée par cet enjeu. De quoi brouiller encore un peu plus l’identité du bloc central, qui peine à se définir par lui-même. « Macron a généré cette situation, accuse le maire (LR) de Meaux, Jean-François Copé. En gouvernant selon le “en même temps”, en détruisant systématiquement tous ceux qu’ils promouvaient, en provoquant la dissolution et en négligeant d’organiser la majorité présidentielle. » Edouard Philippe, qui préfère parler de son propre bilan à Matignon en invisibilisant le président de la République, se projette dans une recomposition politique à même de rétablir le clivage traditionnel entre la gauche et la droite. Gabriel Attal, lui, revendique sa filiation avec « le dépassement », mais allonge chaque jour la liste des « échecs » et des « angles morts » des deux quinquennats – réformes institutionnelles, des retraites, politiques de la jeunesse, régaliennes, du logement… – en signe de repentance. Enfin, Bruno Retailleau s’échine à renier son expérience gouvernementale sous Emmanuel Macron. Mais pour le président (LR) du groupe Droite républicaine à l’Assemblée nationale, Laurent Wauquiez, aucun des trois candidats n’échappera à « un devoir d’inventaire du macronisme », une des conditions « préalable au rassemblement ».