Revue de presse

Copie archivée
📄 Copie archivéeAbonné (cookies session)Reformaté pour la lecture — sans pub ni fioriture.Ouvrir l'original ↗

Présidentielle 2027 : Edouard Philippe, en campagne à La Réunion, met au point sa « mécanique de rassemblement » de la droite et du centre

Le Monde · 26/08/2026 · ← revue

Edouard Philippe apprécie. D’abord la « qualité » de ce rhum arrangé piment, ananas, goyavier. Mais aussi cette visite, lundi 22 août, à la distillerie Isautier, à La Réunion, où il effectue un déplacement de trois jours après Mayotte. A la suite d’une table ronde avec les acteurs économiques de l’île, le candidat Horizons se fait expliquer, entre tonneaux et alambics, les secrets de la distillation et de la maturation avant embouteillage. De quoi le conforter dans sa stratégie politique. Le maire du Havre (Seine-Maritime) en est convaincu : une campagne présidentielle est comparable à un processus de distillation. Face aux questions sur les derniers sondages et sa course à distance avec ses deux concurrents, Gabriel Attal et Bruno Retailleau, l’ancien premier ministre (2017-2020) en revient aux bienfaits du temps : « Les choses doivent se décanter. » L’essentiel est de travailler avant tout à une capacité d’incarnation afin d’imposer un leadership. A La Réunion, Edouard Philippe est venu décliner localement cette stratégie nationale de rassemblement ou de vote utile, afin de s’imposer dans un espace politique allant « de la droite conservatrice à la gauche sociale-démocratique ». Une union indispensable, théorise-t-il, pour capter un électorat jugé « mobile » au sein de cet arc idéologique. « Il existe un besoin de rassemblement que tout le monde ressent », décrit encore l’ancien premier ministre après une rencontre organisée avec des agriculteurs au milieu de champs de canne à sucre. Seule voie pour éviter, ajoute-t-il, le « duel mortifère entre les deux extrêmes » personnifié par les leaders du Rassemblement national (RN) – Marine Le Pen – et de La France insoumise (LFI) – Jean-Luc Mélenchon.

La droite locale disloquée

Dans l’île la plus peuplée des outre-mer (plus de 911 000 habitants), Edouard Philippe estime qu’il existe un réservoir de voix déterminant. D’autant plus que la droite locale a été laissée en jachère depuis des années par Les Républicains (LR), courant qui a pourtant structuré pendant des décennies la vie politique. Lors de la dernière élection présidentielle, une partie des électeurs de droite a nourri les scores de Marine Le Pen (24,73 % au premier tour, puis 59,56 % au second), ou, lors des législatives de 2024, ceux de candidats du RN pourtant quasi inconnus. La droite, qui conserve pourtant des bastions dans plusieurs communes, n’a en outre jamais surmonté ses querelles internes et autres rivalités de personnes. « Notre camp n’a pas assez travaillé sur une vision, a perdu sa boussole et souffre d’un manque de colonne vertébrale », diagnostique, dépité, un cadre de la droite locale. Après avoir déjà passé six jours à La Réunion en février 2024, Edouard Philippe travaille, à travers cette « mécanique de rassemblement », à la réveiller. Le candidat s’appuie sur le président du conseil départemental, Cyrille Melchior, qui a lancé Nouvel R’, un parti local ayant la même ambition de rassembler. Si l’élu est encarté LR, sa binôme élue au département est la référente locale d’Horizons. « L’union est le gage de victoire », martèle Cyrille Melchior, qui, en mars, a échoué à ravir la deuxième ville de La Réunion, Saint-Paul, à la gauche, faute d’accord avec son rival de droite, Didier Robert. S’il a passé beaucoup de temps avec Edouard Philippe, le président du département n’a pas affiché publiquement de soutien officiel. De nature prudente et pour ne pas se mettre à dos Bruno Retailleau, il privilégie un appel à une « candidature unique » découlant d’un accord entre les trois candidats du « socle commun ». Lors d’un petit déjeuner de Nouvel R’, Cyrille Melchior se serait toutefois un peu plus avancé en lançant, selon un participant : « Edouard Philippe, ça me va très bien. » La veille au soir, lors d’une réunion publique avec un peu plus de 150 personnes dans une rondavelle, face au lagon de Saint-Leu, il a fendu l’armure en qualifiant le candidat d’Horizons de « futur président de la République ». « Ti pas, ti pas [pas à pas, selon une expression réunionnaise] pour un grand pas », observe, satisfait, un militant d’Horizons.

« Accueillir n’est pas soutenir »

La majorité des élus de droite et du centre reste toutefois attentiste, entretenant le flou. Le petit déjeuner de Nouvel R’ organisé à Saint-Denis, mardi 25 août, n’a pas réuni tout le monde pour une grande photo de famille, ce qui aurait constitué une grande démonstration de force. Les plus avancés dans leur choix restent Jeannick Atchapa, maire de Bras-Panon, et le sénateur de l’Union des démocrates et indépendants (UDI) Stéphane Fouassin, qui préfèrent dire qu’il y a « de très très fortes chances » qu’ils soutiennent Edouard Philippe. Les sondages confirmant son avance au sein du bloc central, mais aussi les perspectives de second tour opposant Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, vont « clarifier les choses et ouvrir les ralliements », veut croire un élu local. Avant de se prononcer, beaucoup assurent vouloir passer au tamis les propositions des trois concurrents pour La Réunion et les outre-mer. « Chacun se positionnera aussi en fonction de [sa] capacité à prendre en compte des orientations pour notre territoire », insiste le centriste Serge Hoareau, maire de Petite-Ile et président de l’Association des maires de La Réunion. Conseiller départemental divers droite, Rémy Lagourgue en veut encore à Valérie Pécresse, candidate LR en 2022, « qui n’avait pas mis les pieds à La Réunion ». Avec, finalement, le pire score du parti dans l’île : 2,81 %. « Il est indispensable de venir ici et de s’imprégner des problématiques locales, souvent spécifiques », tranche l’élu. Raison pour laquelle la maire de Saint-Louis, Juliana M’Doihoma (centriste), a conduit Edouard Philippe au bout d’une piste forestière d’une dizaine de kilomètres, à la Fenêtre des Makes (1 587 mètres d’altitude). Face à la vue époustouflante sur le piton des Neiges et le cirque de Cilaos, l’élue a souhaité démontrer l’« aberration » de la « loi littoral ». Celle-ci s’applique à sa commune rurale, étendue loin sur les hauteurs de l’île, en empêchant le développement de nombreux quartiers. Soutiendra-t-elle Edouard Philippe, qui l’a écoutée et a proposé une autre solution ? « Accueillir ne veut pas dire soutenir, dialoguer ne signifie pas s’engager », formule cette figure montante de la politique locale. Son message au candidat d’Horizons est direct : « La prise en compte des outre-mer par les derniers gouvernements s’est traduite par un échec. Il faut travailler à de nouvelles relations. » Quelques élus de droite et des militants enthousiastes retiennent plutôt son « côté gaullien » avec une plaidoirie, mardi soir, lors de son rassemblement à Saint-Leu, pour « rendre la grandeur à la France ». « Conquise », Aline, « vieille militante LR » souhaitant rester anonyme, voit « une ressemblance avec Jacques Chirac », le dernier chef d’Etat qui, dans la mémoire collective de l’île, « a aimé La Réunion et les outre-mer ». Dans un département où le taux de pauvreté atteint 36 % et où l’une des principales préoccupations de la classe moyenne reste la vie chère, la présidentielle de 2022 a montré une cassure encore plus grande avec Emmanuel Macron, arrivé en troisième position avec 18,04 % des voix, loin derrière Jean-Luc Mélenchon (40,26 %) et Marine Le Pen. Longtemps considérés comme « contestataires », ces choix électoraux peuvent aussi être regardés comme des votes d’adhésion – les dernières législatives l’ont montré. Le scrutin des municipales s’est traduit par une victoire des candidats alliés de LFI et par une poussée inédite du RN à un scrutin purement local.