Présidentielle 2027 : depuis La Baule, fief de la droite, Edouard Philippe « envoie une carte postale » pour rassembler son camp

Edouard Philippe n'a pas encore troqué son jean et ses mocassins contre un maillot et des tongs, mais cela ne saurait tarder. Pour son dernier déplacement de campagne avant de partir en Italie recharger les batteries en famille, dans une semaine, le candidat à l'Elysée a mis le cap sur La Baule (Loire-Atlantique), samedi 18 juillet. La station balnéaire, fief historique de la droite, mène une course contre l'océan que l'ancien Premier ministre souhaitait constater de ses propres yeux. « Il ne faut pas faire les malins avec la nature », lâche-t-il d'emblée, sous un soleil de plomb, après avoir écouté le maire Les Républicains (LR) Franck Louvrier détailler les moyens mis en place par la commune face à l'érosion côtière.
Course aux ralliements
Arrivé en train depuis Paris, Edouard Philippe n'a pas pour autant de nouvelles propositions en matière de lutte contre le réchauffement climatique dans ses valises. « Beaucoup de gens considèrent qu'une campagne c'est dire, asséner. Moi, je préfère écouter ceux qui savent mener de grands projets », assure-t-il, les deux pieds plantés dans le sable. Gabriel Attal et Bruno Retailleau, en campagne permanente pour tenter de rattraper leur retard dans les sondages, apprécieront. S'il ne les citera jamais de la journée, sa présence sur les terres de Franck Louvrier est aussi liée à ses deux concurrents. Et notamment à Bruno Retailleau, le président de LR. L'édile baulois, ex-communicant de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, serait une prise de choix dans sa course aux ralliements. Le soutiendra-t-il en 2027 ? « Vous le lui demanderez ! Mais nous ne pourrons gagner la présidentielle que si nous faisons un large rassemblement de la droite et du centre », élude Edouard Philippe dès le début de sa visite. L'intéressé semble prêt à dire oui, mais souhaite attendre la rentrée pour entériner son choix. « J'envoie une carte postale à Bruno Retailleau pour qu'il arrête de ne parler qu'à sa famille politique et qu'il s'élargisse. Ce n'est que comme ça qu'on gagne une élection », tacle Franck Louvrier, le sourire aux lèvres. Comme de nombreuses figures LR en délicatesse avec la ligne de leur président (Jean-François Copé, Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez…), le maire de La Baule appelle au rassemblement derrière un candidat unique, qui pourrait très bien être Edouard Philippe. « Au-delà des sondages, les soutiens, les grandes voix, feront la dynamique de campagne », affirme de son côté le maire du Havre (Seine-Maritime), dont le pari est d'isoler Bruno Retailleau grâce à des ralliements pour ensuite mieux négocier le retrait de sa candidature derrière la sienne. Bien que sur tous les plateaux, l'ex-ministre de l'Intérieur continue cependant de jurer qu'il ira jusqu'au bout de sa campagne. Christelle Morançais, vice-présidente du parti Horizons et présente au déplacement, est confiante dans l'opération de son champion. « Je connais très bien Bruno Retailleau et je suis intimement convaincue qu'il finira par nous rejoindre », abonde celle qui a succédé au patron de LR à la tête de la région des Pays de la Loire en 2017. Retraite à 67 ans ? Tout du long de sa journée sur le front de mer, Edouard Philippe n'a rencontré que des badauds acquis, ou presque, à sa cause. L'occasion de multiplier les selfies et les poignées de main, ou de descendre deux verres de muscadet avant le déjeuner, puis une Corona en fin de journée. Le tout entouré de jeunes militants vêtus d'un tee-shirt blanc avec le nouveau slogan de campagne « Croire en nous », à côté duquel on aperçoit le candidat le poing levé. Seule Véronique, croisée au marché de Guérande, la ville voisine, a troublé cette parenthèse enchantée sur ces terres traditionnellement ancrées à droite. Elle a 59 ans, est secrétaire comptable, et lui explique qu'elle ne veut pas travailler jusqu'à 67 ans. Depuis qu'il a évoqué cette idée dans « Challenges » en 2021, Edouard Philippe est constamment ramené à cette proposition choc, qu'il aimerait bien faire oublier. « Il m'a dit que moi, c'était bon, comme j'ai commencé à travailler à 19 ans », se rassure la presque sexagénaire dans la foulée. « Ceux qui peuvent travailler plus longtemps, devront travailler plus longtemps, mais pas ceux qui ne peuvent pas », prolonge Edouard Philippe quelques minutes après, sans apporter davantage de précision sur la mesure d'âge qu'il souhaiterait mettre en place s'il est élu en 2027. Il faudra attendre la rentrée de septembre pour que le candidat précise sa pensée. Il est toutefois surpris quand Céleste, 21 ans, sauveteuse civile sur la grande plage de La Baule, lui confie travailler 6 jours sur 7. « Vous n'êtes pas cuits à la fin ? » demande-t-il à l'étudiante en école d'ingénieur, avant de lui conseiller de valoriser cette expérience « géniale » sur son CV.