Revue de presse

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Présidentielle 2027 : cette partie du bloc central qui lorgne la gauche sociale-démocrate

Le Monde · 18/07/2026 · ← revue

La multiplication des ambitions pour 2027 n’est pas l’apanage du bloc central. Alors que la gauche réformiste connaît une floraison de candidatures à l’Elysée, une partie du camp présidentiel surveille avec attention ce qui s’y passe. Peu convaincus par les candidatures de Gabriel Attal et d’Edouard Philippe, et effrayés à l’idée d’un second tour entre le Rassemblement national et La France insoumise, des élus de l’aile gauche du parti macroniste comme du MoDem vont jusqu’à affirmer qu’ils seraient prêts à soutenir dès le premier tour un prétendant social-démocrate s’il était le mieux placé… Qu’il s’appelle Raphaël Glucksmann, Bernard Cazeneuve et même François Hollande. A condition de créer une coalition des forces « progressistes », rassemblant jusqu’à la droite modérée. C’est le cas de la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, des ex-premiers ministres Elisabeth Borne et François Bayrou, des anciens ministres Eric Lombard et Clément Beaune, ou encore de l’eurodéputé Pascal Canfin. Au sein de l’aile gauche historique macroniste, qui s’est largement rétrécie depuis 2017 au gré des revers électoraux et des durcissements de la ligne du camp présidentiel en matière de sécurité et d’immigration, plusieurs figures ont acté ces dernières années un retour à gauche. Ex-membre de la « bande de Poitiers » artisane de la campagne victorieuse d’Emmanuel Macron en 2017, le député de la Vienne Sacha Houlié a quitté Renaissance en 2024 avant de rejoindre Raphaël Glucksmann. Tout comme l’ancien directeur de cabinet d’Elisabeth Borne et ministre de la santé, Aurélien Rousseau. La députée de Maine-et-Loire Stella Dupont a quitté le groupe présidentiel à l’Assemblée (Ensemble pour la République, EPR) à la même période. Non inscrite, elle est aujourd’hui engagée aux côtés de Bernard Cazeneuve.

« Le mieux placé à ce stade »

Soutien de la première heure d’Emmanuel Macron aux côtés de Richard Ferrand, le député des Côtes-d’Armor Eric Bothorel a lui aussi pris position en faveur du Normand et rejoint son comité politique. Il demeure pour autant apparenté au groupe EPR, rien d’antinomique à ses yeux : « Je serai fidèle au président de la République jusqu’au bout. Mais cette présidentielle sera comme les autres, une élection de recomposition et d’alternance. Et Bernard Cazeneuve est pour moi celui qui pose le diagnostic le plus fin sur l’état du pays. » La plupart de ses collègues macronistes affichant une fibre sociale-démocrate demeurent à ce stade dans l’expectative. Tant par prudence que par circonspection face à la multiplicité des prétendants dans cet espace. Peu jugent viable une candidature de Raphaël Glucksmann. Ils estiment que l’eurodéputé Place publique s’est aussi fait piéger par Olivier Faure, en se retrouvant quasiment contraint de participer à une primaire du Parti socialiste à l’automne. Tout en refusant de sous-estimer l’habileté de François Hollande à s’imposer comme le candidat de la gauche non mélenchoniste, une majorité de macronistes ne croit pas à ses chances d’accéder à nouveau à l’Elysée. Quant à Bernard Cazeneuve, qui s’est presque déclaré candidat vendredi 17 juillet dans une missive de plus de 80 pages adressée aux Français, sa faculté à créer une dynamique n’est pas sans soulever des questions. L’ex-premier ministre socialiste est celui qui cultive le plus activement ses réseaux au sein du bloc central. Il rencontre depuis plusieurs mois de nombreux parlementaires, lors de petits déjeuners et déjeuners organisés par Stella Dupont, dont le dernier en date remonte au 8 juillet. Parmi les élus du camp présidentiel ayant participé récemment figurent le député de la Manche Stéphane Travert, ou ses collègues du MoDem Pascal Lecamp (Vienne) et Erwan Balanant (Finistère). « Sur cette équation du “ni Le Pen ni Mélenchon” dès le premier tour, Bernard Cazeneuve est à ce stade le mieux placé. Il a de l’expérience, une posture d’homme d’Etat et est capable de dialoguer avec toutes les forces démocrates et républicaines de ce pays », fait valoir le secrétaire général adjoint du MoDem, assumant sa préférence malgré la volonté de son parti de ne pas prendre encore position. En quête d’un candidat « troisième voie », François Bayrou échange régulièrement avec son « ami » Bernard Cazeneuve, qui avait été acclamé à l’université de rentrée du MoDem il y a deux ans. Tout comme avec François Hollande. Mais le démocrate chrétien ne veut pas encore monnayer le soutien du MoDem, ni voir ses troupes se disperser. Lors d’un dîner le 8 juillet, il a d’ailleurs conclu avec Elisabeth Borne et Hervé Marseille, président de l’Union des démocrates et indépendants, l’idée d’un accord pour les législatives de 2027 entre les partis centristes et le souhait de rester unis d’ici au choix d’un prétendant. De son côté, Gabriel Attal est lui aussi attentif à ce qui se passe dans cet espace. Le candidat de Renaissance ne voit pas la gauche sociale-démocrate dépasser ses querelles et prospérer, ce qui arrangerait ses affaires, jugent ses soutiens. Même si l’aile gauche de son parti doute de sa capacité à incarner une telle ouverture.