Présidentielle 2027 : Bruno Le Maire tente un retour en misant sur une transformation radicale

Par Isabelle Ficek
Il l'assure, il n'est pas candidat. Du moins pas encore. Ce n'est « pas son calendrier » a martelé Bruno Le Maire ce mercredi sur RMC/BFMTV. Il n'a pas « vocation à être influenceur », non. Mais l'ex-ministre de l'Economie et des Finances « participe au débat public » avec ses « trente ans d'expérience » dont les deux dernières années, souligne-t-il, « en retrait de toute activité publique ». Il n'empêche… Il a repris la plume et la parole en cette rentrée et ce mercredi, à la REF du Medef. Alors que la primaire sauvage entre Gabriel Attal et Edouard Philippe, tous deux en baisse dans les sondages, inquiète dans les rangs de cet espace politique, l'ancien ministre de l'Economie prévient qu'il n'y a « aucune chance de desserrer l'étau de LFI et du RN par un combat de coqs ». « La seule façon d'écarter ce spectre […] poursuit-il sur BFM, ce n'est pas d'être contre, c'est d'être pour. Ce n'est pas de faire un catalogue de mesures, mais de proposer une vision globale. » De quoi donc sous-entendre que ceux en lice, n'en ont pas… VIDEO - Comment les candidats de la présidentielle financent-ils leurs campagnes ?
Minuit moins cinq
Mais, assure aussi Bruno Le Maire, « il n'y aura pas de sauveur, c'est une équipe qui gagnera ». Autour d'une vision, donc ? Lui justement vient de publier sur un site dédié un « Manifeste pour une autre France ». En exergue, des citations de Gaulle, Richelieu et le général Kurt von Hammerstein - « la peur n'est pas une vision du monde ». En tête, une rupture, comme en 1958 et la conviction qu'il sera impossible de se passer de transformation radicale. En interrogation sous-jacente, pour celui qui décrit aussi comment le pays en est arrivé là - il en prend sa part -, la question de savoir si la France peut changer hors du désastre. En clair, s'il est possible d'entraîner les Français vers un nouveau modèle sans passer par la case destructrice pour lui de LFI ou du RN. Il veut croire qu'il existe encore pour 2027 un passage mais n'a de cesse de répéter en privé qu'il est minuit moins cinq. Les priorités de cette « autre France » ? Prospérité, autorité, souveraineté, écrit-il. Une obsession aussi pour ce grand brûlé de la politique et des finances publiques, reprendre le contrôle du déficit, moteur de la dette. Il envisage un retour sous les 3 % en cinq ans, mais ne voit pour cela qu'un seul frein d'urgence possible : la désindexation des retraites (à l'exception « des minima les plus fragiles »), des prestations sociales, du barème de l'IR que chaque année le Parlement réévaluerait. Cela irait aussi, « par esprit de justice », avec le maintien de la surtaxe d'IS et celle sur l'IR tant que l'objectif des 3 % n'est pas atteint. « Par esprit de justice » également, Bruno Le Maire veut demander, sur le modèle de ce qui a été fait pour la reconstruction de Notre-Dame, une contribution exceptionnelle aux grandes fortunes - qui ne toucherait pas à l'outil de production… - et qui financerait la rénovation des hôpitaux, des universités…
Big bang
Parallèlement, l'ex-ministre promet la suppression totale des impôts de production - CVAE et C3S. Et une baisse de 50 milliards d'euros de charges - pour rapprocher le net du brut - financée par une hausse de 2 à 3 points de TVA, une taxe sur les importations et les produits polluants. Autre big bang, l'indemnisation du chômage garantirait un « filet de sécurité autour du salaire médian » (2.000 euros). Au-delà ? A ceux qui le souhaitent de s'assurer. La Sécurité sociale ? Elle garantirait « la protection totale contre les risques les plus graves » - cancers, Alzheimer… mais aux mutuelles et assurances de se charger du reste. De quoi, pour l'Etat, dégager des marges de manoeuvre afin d'investir dans l'adaptation et la lutte contre le réchauffement climatique, la sécurité et les nouvelles technologies. Le big bang ne se limiterait pas à ces domaines, puisque Bruno Le Maire propose de revenir sur la limitation à deux du nombre de mandats successifs pour le président de la République, de supprimer le 49.3, mais aussi le droit d'amendement - sauf autorisation - sur le budget. Et lui qui vient d'intégrer le « Rhine Group » de Mario Draghi, sorte de think tank pour réformer l'Europe, plaide pour une « fédération d'Etats-nations à 6 ». « Last but not least », le ministre de l'Economie aurait un droit de veto sur « toute décision de dépenses de ses ministres », y compris le premier d'entre eux… Fustigeant ce mercredi la proposition de Jean-Luc Mélenchon sur la « congélation » d'une partie de la dette, Bruno Le Maire s'est immédiatement attiré les critiques en retour. « Ceux qui crient sont les auteurs de la dette et ils donnent des leçons », a grincé sur X Jean-Luc Mélenchon. Et maintenant ? Le conseiller spécial du géant européen des semi-conducteurs ASML va voir si son manifeste percole. A moins qu'il ne soit pour lui déjà minuit passé.