Présidentielle 2027 : avec le soutien de Gérald Darmanin, Edouard Philippe veut amorcer un « grand rassemblement »

Par Hadrien Valat
Gérald Darmanin a pris le temps de l'été pour maturer sa décision. Tenter lui-même sa chance ? Ou rallier son ami Edouard Philippe, officiellement candidat à l'élection présidentielle depuis 2024 ? Lundi soir, auprès de « La Voix du Nord », le garde des Sceaux a coupé court au suspense. « J'ai décidé de ne pas rajouter de la division et donc de ne pas me présenter à l'élection présidentielle et de soutenir, et je souhaite que tout le monde fasse pareil, Edouard Philippe », a-t-il déclaré. « L'intérêt supérieur » du pays « n'est pas de multiplier les candidatures », affirme-t-il, alors qu'à 9 mois du scrutin, le centre et la droite restent divisés entre de multiples chapelles. « La confiance exprimée par Gérald Darmanin m'honore et me réjouit », c'est « un talent qui compte » avec « un regard différent », a réagi Edouard Philippe, mardi, sur X.
Décision attendue
Malgré les ambitions personnelles du locataire de la place Vendôme, l'annonce était attendue. Un peu plus tôt cet été, deux de ses proches avaient déjà indiqué soutenir le maire du Havre : la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, mais aussi le ministre délégué chargé de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre. Gérald Darmanin et Edouard Philippe partagent une trajectoire similaire : tous deux faisaient partie de « la bande du Bellota-Bellota », ces élus des Républicains qui ont basculé dans la macronie. Et c'est lors du passage du Normand à la tête du gouvernement que le sarkozyste devint ministre de l'Action et des Comptes publics. « Edouard Philippe est celui qui m'a permis d'être ministre et je peux assurer que c'est un homme qui a des qualités d'homme d'Etat, qu'il a l'expérience du pouvoir et, par ailleurs, c'est le mieux placé », a ainsi appuyé Gérald Darmanin.
« Peser sur la ligne »
Au-delà de son « esprit de loyauté », l'actualité récente a sûrement eu raison des projets élyséens du garde des Sceaux : Gérald Darmanin s'est retrouvé dans la tempête à la suite de la mort de Lyhanna, qui a mis en évidence les dysfonctionnements de la justice. C'est aussi que « Darmanin n'a pas de troupe, alors qu'Edouard Philippe a structuré un vrai parti politique », analyse un ponte socialiste. Qui devine qu'après avoir enchaîné les macarons ministériels depuis 2017 - Budget, Intérieur, Justice -, « il n'y a qu'un seul poste qui peut aujourd'hui intéresser Darmanin ». A savoir Premier ministre. « Gérald n'a négocié aucun poste, ne brigue aucun ministère, il n'a pas passé de deal », jure son entourage. Dans son interview à « La Voix du Nord », le garde des Sceaux plaide d'ailleurs pour un ticket Edouard Philippe-Xavier Bertrand. Ce qu'il cherche, c'est à « peser sur la ligne » du candidat d'Horizons, en infusant notamment la fibre sociale qu'il revendique. Quitte, donc, à ferrailler avec certains proches du candidat, très libéraux. « Il a déjà dit à Edouard Philippe qu'il était opposé à la retraite à 67 ans », souligne ce proche du ministre.
Duel avec Attal
Le soutien d'un poids lourd du gouvernement vient conforter l'ancien Premier ministre dans son duel à distance avec Gabriel Attal pour représenter le bloc central, alors que le président de Renaissance s'est démultiplié cet été sur le terrain pour rattraper son retard dans les sondages. Désormais, Edouard Philippe, qui patine dans les enquêtes d'opinion et dont l'accès au second tour pourrait être menacé par Jean-Luc Mélenchon, n'a pas intérêt à traîner pour rassembler sa famille politique. « Heureux de préparer la recomposition politique indispensable avec [Gérald Darmanin] ! Et résolument déterminé à construire, avec lui, le grand rassemblement politique dont notre République a besoin ! », ne s'y est pas trompé l'ancien Premier ministre, dans son message sur les réseaux sociaux.