Revue de presse

Copie archivée
📄 Copie archivéeBypass BPC (navigateur)Reformaté pour la lecture — sans pub ni fioriture.Ouvrir l'original ↗

Pourquoi Gérald Darmanin a préféré rallier Édouard Philippe plutôt que se lancer en 2027

Le Figaro · 17/08/2026 · ← revue

Pourquoi Gérald Darmanin a préféré rallier Édouard Philippe plutôt que se lancer en 2027 RÉCIT - Le garde des Sceaux réunira ses proches le 30 août à Tourcoing (Nord). Il s’agit désormais pour lui de réussir à « peser » dans la campagne du maire du Havre après avoir été bousculé au gouvernement par l’affaire Lyhanna.

Longtemps, Gérald Darmanin s’est imaginé aborder l’élection présidentielle tel un coureur du Tour de France. « Laissons tomber les gens qui sont devant avec le vent de face », aimait-il dire à ceux qui l’interrogeaient sur les stars de la discipline déjà élancées vers les Champs-Élysées. « Darmalin », comme certains le surnomment depuis qu’il a rejoint l’écurie macroniste il y a dix ans, se disait que sur un malentendu, la victoire pouvait être à sa portée. Même « sans avoir le plus beau vélo ». Combien de fois Nicolas Sarkozy raconte-t-il à ses visiteurs que Jean Robic a remporté la compétition en 1947 sans jamais avoir porté le maillot jaune avant le jour J ? « On est quatre, cinq vélos… On est dans l’Alpe d’Huez. Il reste 200 kilomètres. Il y a une petite échappée. Des gens seront pris pour dopage. D’autres tomberont. Là un mec avec un fanion va se mettre sur la route et va se prendre un coureur… », ont sans cesse entendu les interlocuteurs de Gérald Darmanin, au ministère de l’Intérieur puis à la Chancellerie. Prêts à se laisser convaincre par l’audace du Nordiste de 43 ans, qui a su devenir le ministre le plus populaire du gouvernement à mesure que Bruno Le Maire ou Gabriel Attal ont connu des désillusions dans les mêmes classements. Bien avant que n’éclate l’affaire Lyhanna, l’Alpe d’Huez s’est peu à peu évaporée des discussions dans les salons du ministère de la Justice. L’assassinat de la jeune fille par un homme qui faisait pourtant l’objet d’alertes ignorées a fini de clore l’hypothèse d’une candidature en 2027. « J’ai décidé de ne pas rajouter de la division, donc de ne pas me présenter et de soutenir Édouard Philippe », a acté lundi soir Gérald Darmanin à La Voix du Nord . « Il est lucide sur les moments politiques. Il comptera en 2027 », observe sa collègue au gouvernement Sabrina Roubache.

« Nous ne sommes pas de la même droite »

L’annonce intervient en amont de son rassemblement annuel à Tourcoing, dont la quatrième édition se tiendra le 30 août prochain. Édouard Philippe y assistera, comme une cinquantaine de parlementaires proches du garde des Sceaux et un millier de personnes. La présidentielle va « colorer les discussions », s’enthousiasme son amie la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon. « C’est le moment pour lui de rappeler ses convictions, ses principes, ses attentes », observe-t-on dans son sillage. Car Gérald Darmanin ne s’en est jamais caché : quoique ami de longue date du maire du Havre, il cultive aussi ses différences. La position de l’ancien premier ministre sur la retraite à 67 ans n’a jamais été sa tasse de thé, pour ne citer que cet exemple. « Il n’a pour l’instant pas changé d’avis, mais j’espère le convaincre sur ce point comme sur d’autres », met en garde Gérald Darmanin lundi auprès de nos confrères en évoquant le programme régalien du candidat qu’il veut durcir. « Je ne suis pas issu du même milieu social qu’Édouard, je ne suis pas élu du même territoire, je n’ai pas le même âge. Nous ne sommes pas de la même droite », a-t-il parfois expliqué en privé à un de ses visiteurs. « Moi, je suis d’une droite bonapartiste gaulliste sociale. Lui est plus libéral », a-t-on entendu place Vendôme. À n’en pas douter, il fera vibrer cette corde devant l’ancien premier ministre, comme pour lui signifier que son soutien l’oblige. « Tourcoing, c’est un levier politique. Il va montrer qu’il sait rassembler. À voir ensuite ce qu’il voudra en faire », avance Sabrina Roubache alors que le garde des Sceaux a refusé d’être le directeur de campagne d’Édouard Philippe. Il avait trouvé la proposition indigente, au regard de son parcours ministériel depuis 2017. « Ces dix ans l’ont fait politiquement. Il fait partie des poids lourds qui ont émergé et duré pendant cette période. Ils ne sont pas si nombreux », plaide Maud Bregeon en ce sens. Il n’a réclamé aucune fonction dans l’organigramme de campagne de l’ancien premier ministre pour mieux le « challenger » de l’extérieur. « C’est ce qu’a fait Philippe Séguin lors de la campagne de Jacques Chirac. Il n’avait pas de place officielle dans la campagne mais il a été la cheville ouvrière de la fracture sociale et de sa victoire », aime-t-on rappeler du côté du Tourquennois. Sa ligne sociale, Gérald Darmanin a un temps espéré la porter dans une primaire de la droite et du centre. Édouard Philippe n’en a jamais voulu et sa réélection facile lors des municipales a empêché ses poursuivants d’insister davantage. « Je regrette qu’on n’ait pas organisé cette primaire qui nous aurait permis d’avoir une seule candidature dès septembre, car le danger Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon au second tour est très important. C’est trop tard pour l’organiser », constate le ministre auprès de La Voix du Nord.

Les cicatrices de l’affaire Lyhanna

En réalité, ces derniers mois ont progressivement mené le garde des Sceaux à amoindrir ses ambitions après un début de quinquennat mené tambour battant - dont l’acmé fut l’organisation réussie des Jeux olympiques depuis le ministère de l’Intérieur. Son retour au gouvernement en décembre 2024 dans le gouvernement Bayrou, après une courte traversée du désert imposée par Michel Barnier, ne lui a pas permis de rattraper son retard sur ses concurrents du bloc central. Son activisme à la Chancellerie (prisons de haute sécurité pour les narcotrafiquants, coopération internationale renforcée) a été mis au pas par l’un de ses intimes, Sébastien Lecornu. Nommé à Matignon alors que Gérald Darmanin a longtemps rêvé du poste, son témoin de mariage et parrain d’un de ses fils l’a forcé à faire une croix sur la politique partisane pour conserver son maroquin. Quitte à ce que le ton monte entre eux. Son mouvement Populaires !, lancé à l’automne 2024, a vu son développement être stoppé net. « Il s’est beaucoup concentré sur son activité ministérielle ces derniers mois. C’est là qu’il doit délivrer, moderniser, avec des objets concrets et lisibles pour les Français. On ne comprendrait pas que face à de telles urgences, il ne soit pas à la tâche », remarque son proche collègue, Mathieu Lefèvre. D’autant que l’affaire Lyhanna a laissé des traces dans l’opinion. Du RN à LFI, les appels à la démission ont fait vaciller le ministre. Des manifestants ont scandé son nom sous les fenêtres de son bureau. « Ça a été un moment difficile comme tous les élus de premier plan en vivent », glisse Maud Bregeon alors qu’un courrier du garde des Sceaux adressé cet été au ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, faisant état des manquements des forces de l’ordre, a relancé la polémique. De Nicolas Sarkozy, il a retenu l’art de la contre-attaque et de l’offensive pour sortir de l’impasse. « À grands hommes politiques, grands problèmes. À petits hommes politiques, petits problèmes », aime à le rassurer l’ancien président, qui l’a vu éclore politiquement. Mais Gérald Darmanin, qui compare parfois la politique à un taureau mécanique duquel il ne faut pas tomber, s’est fait peur. « Pour résister à ça, il faut avoir de sacrés ressorts. C’est le plus solide du gouvernement », insiste Sabrina Roubache. « Même s’il a été brûlé, il sortira quand même renforcé s’il arrive à transformer ce ministère. Les gens me disent “C’est pas fastoche pour lui” », estime le député MoDem Richard Ramos, un fidèle de tous ses rassemblements tourquennois. Las, l’élu peine à retrouver chez le ministre la niaque des débuts. Comme d’autres le remarquent, les SMS n’appellent plus toujours de réponses : « Depuis un an, c’est silence radio. » S’il ira l’écouter dans son fief du Nord, il espérait que le garde des Sceaux se garde d’annoncer si vite un soutien formel à Édouard Philippe. « Ça serait une erreur. Je ne dis pas qu’à la fin il ne faudra pas le faire, mais Gérald Darmanin doit se mesurer », arguait le parlementaire ces derniers jours, en louant sa singularité face à l’approche plus « techno » du patron d’Horizons. Une amie proche du ministre de la Justice avance aussi à tâtons : « Ne pas aller à Tourcoing, ça n’existe pas. Mais je serais emmerdée si ça devait acter un simple ralliement ».

Un soulagement dans le camp Philippe

Attendue de longue date, l’arrivée de Gérald Darmanin aux côtés d’Édouard Philippe est en revanche un soulagement dans le camp du Havrais. « Son soutien et sa confiance apportent quelque chose de précieux à ma campagne : une complémentarité utile, un regard différent, une fibre sociale qui l’anime depuis qu’il s’est engagé », a réagi le candidat sur le réseau social X. D’autant que la rumeur d’une candidature de Sébastien Lecornu sème le doute (les trois amis ont appartenu à la célèbre bande qui aimait se réunir avant 2017 au Bellota-Bellota). « L’axe Philippe-Darmanin-Lecornu est moins tangible même s’il y a toujours des relations interpersonnelles. Ils se méfient tous des uns des autres comme de la peste », rapporte une ministre qui côtoie les trois hommes. L’arrivée du Nordiste auprès du Normand, c’est une voix en moins qui appellera à la recherche d’un plan B. « Sa France populaire va faire du bien. Je me sentirai moins seule face à la tronçonneuse de Christelle Morançais (la très libérale présidente des Pays de la Loire, NDLR) », constate également une huile d’Horizons, qui est parfois mal à l’aise avec les élans libéraux de ses amis. « Il a une constance : sa défense d’un gaullisme social, du partage de la valeur et le refus de l’État nounou. C’est quelqu’un de créatif, qui a des idées », note Mathieu Lefèvre. Gérald Darmanin aime à dire qu’il sera celui qui évitera à Édouard Philippe la faute de goût « chemise jaune sur cravate jaune et veste jaune ». Reste à savoir à quel prix Gérald Darmanin s’arrime au patron d’Horizons. S’il entend rester au gouvernement jusqu’à la fin, il va multiplier les initiatives pendant la campagne. En préparation de longue date, son livre Au cœur du réacteur (le titre est provisoire) pourrait être publié à l’automne. Celui qui arrive dans l’écurie philippiste avec de nombreux proches (dont la nouvelle communicante du candidat Hanna Sebbah) n’a pas l’intention de se faire petit. Il n’exprime aucune volonté à vouloir rester ministre ou à s’installer à Matignon en cas de victoire d’Édouard Philippe (il pousse plutôt Xavier Bertrand à se saisir de l’opportunité de former un ticket). Mais, déjà, il prévient qu’il pourrait être la mouche du coche, prêt à s’exprimer si l’ancien chef du gouvernement ne reprenait pas ses attentes programmatiques. Surtout, il s’intéresse à ce que devrait être une majorité autour du patron d’Horizons. « Heureux de préparer la recomposition politique indispensable avec lui ! Et résolument déterminé à construire, avec lui, le grand rassemblement politique dont notre République a besoin ! », a d’ailleurs souligné le maire du Havre. « Il a toujours dit qu’il voulait peser. Sa ligne aura quoi qu’il arrive de la valeur pour la suite », prévient Mathieu Lefèvre.