Pas de grand soir et prudence revendiquée : à Nîmes, le nouveau maire communiste avance à pas comptés

Par Hubert Vialatte
En passant, le 22 mars, d'un règne LR long de vingt-cinq ans à un maire communiste, on pouvait s'attendre à un brutal changement de cap à la mairie de Nîmes. Il n'en est rien. Elu face au candidat RN Julien Sanchez (nommé depuis directeur de campagne de Marine Le Pen pour la présidentielle) et une union de la droite et du centre, Vincent Bouget observe et apprend. « Ce qui caractérise les premiers mois de Vincent Bouget, c'est une intéressante prudence. Il concerte beaucoup, et prend un soin considérable à jauger l'état des mentalités et des aspirations au sein du personnel communal et intercommunal (3.000 agents au total, NDLR), sans faire de chasse aux sorcières », décrypte le politologue Emmanuel Négrier.
Des échanges ouverts avec la population
« Se familiariser avec les grands dossiers de l'agglomération, s'emparer des questions liées à l'administration, faire le tour des investissements portés, ça prend du temps », assume Vincent Bouget aux « Echos ». Il affirme avoir découvert une administration « en souffrance après des années de pilotage politique compliqué. Or, si on arrive à manager correctement l'administration, elle devient un puissant levier de l'action publique. » Le style Bouget se caractérise par des échanges ouverts avec la population, à travers la série de réunions publiques « Bonjour Nîmes ! », organisée avant, mais aussi après, l'élection. Pas de grand soir politique, donc, pour cette gauche plurielle hors LFI, qui a gagné la troisième ville d'Occitanie dans un âpre combat face au RN. S'il adresse quelques cartes postales à l'électorat de gauche, comme la gratuité des transports publics urbains pendant la feria de Pentecôte ou l'affirmation de la laïcité en supprimant le financement de l'apéritif à la sortie de la messe dominicale des ferias, Vincent Bouget ne commence pas son mandat en déroulant le programme du parti. « Il se situe plutôt à l'échelle des intérêts généraux de la ville », souligne Emmanuel Négrier. Pour preuve : Arnaud Julien, marqué à droite, est toujours directeur de la communication de Nîmes Métropole. Olivier Fabregoul, maire de Caissargues, a même été reconduit à la stratégique vice-présidence développement économique.
Narcotrafic et changement climatique
Parmi les priorités à Nîmes, la lutte contre le narcotrafic. L'édile a tout de suite apporté son soutien à Christophe Rivenq, maire LR d'Alès, deuxième ville du Gard, menacé par la DZ Mafia marseillaise. Autre dossier cher aux Nîmois, le devenir du stade des Costières, désaffecté depuis plusieurs années après un projet avorté de démolition-reconstruction. « Le stade pourra être rénové par phases, pour moins de 20 millions d'euros. Il y a eu un mensonge caractérisé (par l'ancienne mairie, NDLR) sur les prétendus problèmes structurels du stade, pour justifier sa destruction. Nous visons un partenariat public-privé, avec une maîtrise publique sur la propriété du stade. » Dans un autre registre, la Rome française, très minérale, doit accélérer son verdissement, face à des canicules à répétition. « C'est l'une des priorités du mandat, affiche Vincent Bouget. La ville est l'une des plus chaudes de France. Beaucoup de choses ont été réalisées en matière de maîtrise du risque inondation, il faut à présent devenir un territoire pilote sur l'adaptation aux effets du réchauffement climatique. » Entre 5 et 6 écoles vont ainsi être rénovées chaque année, pour rattraper un gros retard - « En 2025, lors de la vague de chaleur, seuls 2 établissements n'avaient pas fermé. » « La quasi-absence de rénovation énergétique des équipements scolaires est une tache noire dans le bilan de la droite au pouvoir à Nîmes pendant un quart de siècle », tacle Emmanuel Négrier. Sont également prévus un plan de végétalisation, des espaces publics partagés.
« Eviter une urbanisation excessive »
Côté logements, Vincent Bouget lance la révision du PLU, avec l'ambition « d'éviter une urbanisation excessive, ce qui s'est fait les dernières années », tout en positionnant Nîmes « pour le troisième volet de l'Anru ». Il annonce aussi « la reprise du toit du Carré d'Art, qui devient urgente à cause de fuites, la rénovation du Théâtre de Nîmes et la réhabilitation de plusieurs voiries ». Le nouveau maire évoque aussi la création d'une agence de développement économique « la plus efficace possible, agissant comme un fer de lance pour promouvoir le territoire à l'extérieur », l'élaboration d'un schéma de développement économique « incluant l'économie sociale et solidaire » et des échanges avec la Chine. Les projets de nouvelles zones d'activités économiques - Magna Porta, Aéroport, Marché Gare… - sont remis à plat et vont être « priorisés ». Ce type d'aménagement pèse sur les finances de l'agglomération. Pour Magna Porta, il n'y a pas de compensations environnementales. « Sans présumer du projet économique, nous observons une certaine impréparation sur le sujet, s'inquiète Steeve Calligaro, président du Medef Gard. Mais l'identification de la création d'un 'guichet unique' pour les entreprises et porteurs de projets est un point positif. Il n'y a aucune fatalité à ce que plus d'un Nîmois sur cinq soit en dessous du seuil de pauvreté. » Tout cela dans un contexte budgétaire jugé sous tension. « Nîmes Métropole a très peu de marge financière. C'est l'agglomération la plus endettée de France dans sa strate. Il va falloir être inventif, lucide, trouver des partenaires et ne pas faire d'affichage », projette Vincent Bouget. Les autres épisodes de notre série « Leurs premiers mois de nouveaux maires » :