« Partage de la fraîcheur » : le Parti communiste français propose de réquisitionner les espaces climatisés pendant les canicules

« Chez moi, il fait 36 °C. Si je suis ici, c’est par obligation, pas par choix. » Installée dans la salle à manger climatisée de l’hôtel Ibis Styles du 18e arrondissement de Paris, Valérie (qui n’a pas souhaité donner son nom) a choisi de fuir la chaleur de son appartement. Mercredi 15 juillet, alors que la France sort tout juste de sa troisième canicule, ils sont encore quelques-uns à occuper le lieu. « Il y a quelques semaines, c’était archi plein. Il y avait des femmes enceintes, des personnes âgées, des gens qui venaient avec leurs animaux… », décrit Delphine, qui a, elle aussi, fait le choix de passer son après-midi au frais. Depuis trois ans, l’hôtel a décidé d’ouvrir ses portes l’été aux habitants du quartier. Les jours les plus chauds, ils sont jusqu’à une quarantaine de riverains à s’y presser. « Nos locaux ne sont pas utilisés en journée », explique son directeur, Norbert Imbert, jugeant avoir pris une décision « de bon sens ». D’autres établissements privés ont fait ce choix. Ces initiatives demeurent pourtant minoritaires, voire inexistantes, quand on les compare aux multiples lieux publics mis à disposition par les municipalités. Sur les sites Internet des villes de Lille ou Bordeaux, aucune mention de locaux frais mis à disposition par des acteurs privés. Seules quelques mairies d’arrondissements à Paris les répertorient. Le Parti communiste français (PCF) a ouvert son mythique siège, place du Colonel-Fabien, à Paris, le temps d’un week-end caniculaire, les 11 et 12 juillet. Avec succès, puisque en quarante-huit heures, près de 3 000 personnes s’y sont réunies, selon les décomptes du parti. A l’initiative de cette décision, Ian Brossat, sénateur et élu communiste à la mairie de Paris, explique au Monde avoir voulu « montrer l’exemple ». Indigné par les locaux climatisés vacants, il a aussi déposé une proposition de loi le 8 juillet pour permettre la réquisition de ces lieux en période de vigilance rouge canicule, et ainsi accueillir gratuitement en journée les publics les plus fragiles. « On a besoin de se poser la question d’un meilleur partage de la fraîcheur », affirme-t-il.
« L’Etat devra prendre sa part »
En parallèle, l’élu a présenté sa proposition au Conseil de Paris vendredi 17 juillet, dans l’espoir de rassembler derrière lui la majorité municipale. Cette mesure concernerait aussi les maires qui, aux côtés des préfets de département, pourraient en faire usage, « sans délai et dans les mêmes conditions », précise l’ébauche de texte de loi. La Mairie de Paris n’a, elle, pas attendu cette initiative pour lancer son propre chantier : un « réseau de solidarité climatique », réunissant des acteurs économiques prêts à mettre à disposition leurs locaux climatisés, sera achevé d’ici à 2027, promet Alice Timsit, adjointe chargée de la transition écologique. Fondé sur le volontariat, toutefois « l’Etat devra prendre sa part », précise l’élue au Monde, qui n’exclut pas des réquisitions au besoin. Mais occuper des locaux privés nécessite un encadrement, avertit Romain Laventure, président du Syndicat national des professionnels de l’hébergement d’entreprises (Synaphe), joint par Le Monde : « Ça dépend vraiment de la capacité d’accueil de chaque établissement : nous avons des obligations de sécurité, de vigilance incendie… On ne peut pas faire n’importe quoi. » S’il reste ouvert à l’idée, et formule même ses propres propositions, son syndicat plaide plutôt pour le « volontariat ». La décision de la mairie à l’issue du Conseil de Paris reste de l’ordre du symbole. « Pour pouvoir procéder à ce type de réquisition, il faut une modification législative », reconnaît Ian Brossat. Le combat se mènera donc au Sénat, où l’élu communiste compte faire étudier sa proposition de loi dans une prochaine niche parlementaire de son groupe. « Un coup politique, s’agace Max Brisson, sénateur Les Républicains (Pyrénées-Atlantiques). Notre pays est déjà doté des structures qui permettent à l’autorité publique de prendre des mesures en cas de situation extrême. » En attendant, l’idée a fait des émules à gauche, notamment chez Raphaël Glucksmann, cofondateur de Place publique. Le potentiel candidat à l’élection présidentielle de 2027 revendique un « droit à la fraîcheur » et propose une mesure pour ouvrir les lieux climatisés « quand la chaleur frappe ».