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Parc Dragon-Ball : les élus locaux du Val-d'Oise partagés entre enthousiasme et méfiance

Les Échos · 07/09/2026 · ← revue

Par Hugo Robert

L'annonce de la création de trois parcs d'attractions sur la friche Mirapolis à Courdimanche pourrait bien changer le visage du Val-d'Oise. Face à l'ampleur du projet porté par le fonds souverain saoudien via sa filiale Qiddiya Investment Company, estimé à 6 milliards d'euros et qui devrait créer 22.000 emplois, la classe politique locale est en émoi. Entre rêves de retombées économiques, d'amélioration des transports mais aussi craintes d'un nouveau mirage et des conséquences environnementales, les réactions sont vives. Ces trois parcs d'attractions dont l'un serait consacré à l'univers du manga « Dragon Ball » de Akira Toriyama, viendraient redonner vie à l'éphémère expérience Mirapolis. L'ancien parc à thème dédié à la littérature française, ouvert en 1987, n'avait jamais trouvé ni son public ni son modèle économique et avait fermé ses portes en 1991. Devenue une friche de 55 hectares, elle avait fait l'objet d'un regain d'intérêt des élus locaux en 2024 grâce au projet du groupe Oceanis de bâtir un complexe associant hébergements touristiques et logements étudiants.

VIDEO - Mauvaise surprise pour le parc Dragon Ball

Levier d'attractivité

C'est la surprise et l'optimisme qui ont dominé chez les élus après la signature d'un protocole d'accord entre l'Elysée et l'Arabie Saoudite. La présidente du département du Val-d'Oise, Marie-Christine Cavecchi (LR) salue « une excellente nouvelle pour le Val-d'Oise et une formidable opportunité pour notre territoire », notamment pour les 16.000 jeunes qui entrent chaque année sur le marché du travail dans le département. Pour les élus de Cergy-Pontoise, ce projet est perçu comme l'opportunité de répondre à des problèmes structurants de transports et d'emplois sur l'agglomération. « Il faudra plus de RER A, qu'on avance sur le sujet du T13 qui permettra de relier Cergy-Pontoise à Versailles et Saint-Germain-en-Laye, sans compter la RN84 et l'autoroute A15 qui devra fortement évoluer », illustre Jean-Paul Jeandon, le président (PS) de la communauté d'agglomération de Cergy-Pontoise. Les représentants du monde économique voient le potentiel de développement. Le patron de la CCI départementale Pierre Kuchly salue un « rayonnement mondial pour notre territoire qui le mérite et attend ça depuis tant d'années ». Ces dernières années, le département a déjà fait l'objet de grandes promesses de développement économique et de visibilité internationale laissées lettre morte comme le projetEuropacity sur le Triangle de Gonesse.

Associer les élus au débat

Si les chiffres annoncés par l'Elysée donnent le tournis aux élus, ces derniers ont tout de suite plaidé pour être associés de près au projet. « Ce projet ne peut se réaliser sans les élus locaux et sans les concitoyens. Il faut qu'on puisse le coconstruire avec l'Etat », appuie Jean-Paul Jeandon. « Il faudra que ce projet respecte la façon dont cette agglomération s'est construite avec 35 % d'espaces verts et un cadre de vie agréable », ajoute-t-il. Ce projet ne peut se réaliser sans les élus locaux et sans les concitoyens. Il faut qu'on puisse le coconstruire avec l'Etat Jean-Paul Jeandon, président (PS) de la communauté d'agglomération de Cergy-Pontoise. La mairie de Courdimanche, petite ville de 7.300 habitants première concernée, a de son côté sobrement « pris acte » de la décision qui « ouvre de réelles perspectives de développement et d'emplois ». Or elle regrette surtout de n'avoir été mis au courant de rien. « Ni le périmètre ni le contour du projet n'ont été partagés », assure la ville. La municipalité appelle au lancement d'une concertation sans délai avec les élus locaux et les habitants. Du côté de la société civile, une association de riverains baptisée « Collectif Mirapolis aux habitants » désireuse de suivre le dossier de près, vient d'être créée.

De questions en suspens

Or des voix s'élèvent déjà pour pondérer l'enthousiasme général. « Un projet de cette ampleur soulève des inquiétudes légitimes quant à ses conséquences sur la biodiversité locale, la consommation d'espaces naturels et agricoles, la ressource en eau, les besoins énergétiques et trafic routier », soulignait Aurélien Taché, le député (LFI) de la circonscription de Cergy, qui avait interrogé le gouvernement dès le 18 août, alors que projet n'en était qu'au stade de la rumeur. De fait, un équipement d'une telle ampleur ne sera pas neutre sur le territoire bordant le parc naturel (PNR) du Vexin Français. Des terres agricoles devront être artificialisées alors que les objectifs du ZAN et le Sdrif-E tendent vers leur préservation. Se posera également la question du relogement des centaines de membres de la communauté des gens du voyage habitant sur place et ayant leurs enfants scolarisés dans le secteur. En parallèle, les associations écologistes sont déjà vent debout. Les Amis de la Terre dénoncent ainsi un projet « aberrant ». « On s'apprête donc à détruire des centaines d'hectares de terres agricoles et de zones naturelles, accroître le trafic routier et aérien, le tout pour des promesses d'emploi précaires financés par une dictature », tâclent-ils.

Hugo Robert