« On a commencé à muscler le jeu » : à Brest, le nouveau maire Stéphane Roudaut déploie sa police municipale - Les Echos

Il a réussi un exploit historique. A 48 ans, Stéphane Roudaut est parvenu, en mars dernier, à faire tomber Brest, bastion socialiste depuis près de quarante ans. Une victoire sans appel : 57,38 % des voix pour sa liste « Une nouvelle histoire pour Brest », contre 38,3 % pour celle du maire sortant François Cuillandre. A 71 ans, ce proche de François Hollande briguait un cinquième mandat. La candidature « de trop » pour beaucoup de Brestois, y compris de gauche, qui ont aussi mal vécu ses revirements, notamment son alliance de dernière minute avec LFI. En revendiquant son appartenance à une droite modérée, mâtinée de gaullisme social, Stéphane Roudaut s'est, lui, présenté comme une figure rassurante, plus intéressée par les affaires locales que par les stratégies florentines des partis.
Admirateur « critique » de Chirac
Non encarté, l'homme était un quasi-inconnu en dehors du Landerneau politique breton. Son CV militant était pourtant loin d'être vierge : natif du Finistère, ce diplômé en philosophie politique de la Sorbonne est passé par le secrétariat d'Etat aux Personnes handicapées, avant d'être nommé, en 2004, chef de cabinet du président du département de l'Yonne. Quatre ans plus tard, à son retour en Bretagne, Stéphane Roudaut a été élu maire de Gouesnou, une petite commune de la métropole brestoise, puis conseiller régional, au sein du groupe de droite « Hissons haut la Bretagne ». J'aime le terrain, c'est la base de tout. On n'y consacre jamais assez de temps.
Stéphane Roudaut, maire de Brest
Des fonctions qui ont permis à cet admirateur « critique » de Jacques Chirac d'affiner sa méthode. « J'aime le terrain, c'est la base de tout. On n'y consacre jamais assez de temps », confie le maire, également président de Brest Métropole. Durant la campagne, il a d'ailleurs largement battu le pavé. « Et je continue à le faire », revendique-t-il, chiffrant à « plus d'un millier » le nombre d'acteurs du sport, de la culture, de l'éducation, mais aussi du handicap, rencontrés depuis son élection. « On a signé un accord avec les syndicats de la collectivité sur l'organisation du travail et la complémentaire santé. J'y vois un excellent signe du dialogue qui s'instaure », avance l'élu.
Création d'une police municipale
Symbole de ce changement qu'il dit vouloir impulser : la sécurité. Jusqu'à présent, la cité du Ponant faisait figure d'ovni dans le monde des collectivités locales, Brest étant la dernière de plus de 100.000 habitants à ne pas avoir de police municipale. Sur le sujet, François Cuillandre, longtemps rétif à cette idée, avait, in extremis, infléchi sa position. Trop tard : Stéphane Roudaut avait déjà imposé la question au coeur de la campagne. Non seulement pour créer la rupture face aux socialistes, mais aussi pour court-circuiter un RN sans base militante locale, mais très offensif sur le sujet. « La victoire de Stéphane démontre que la droite parvient à faire barrage à l'extrême droite quand elle est au rendez-vous de ses valeurs, par exemple dans le champ de la sécurité ou de la défense du travail », analyse aujourd'hui Maël De Calan, le président du département du Finistère, « vieux complice » de Stéphane Roudaut.
« Des missions complémentaires »
Logiquement, le dossier a figuré au-dessus de la pile examinée lors des premiers conseils communaux. « On a commencé à muscler le jeu », illustre l'élu en bon supporter du Stade Brestois. D'ici à la fin du mandat, une ligne de fonctionnement de 7 millions d'euros doit être dégagée pour créer 150 postes de policiers. « Outre l'appui de l'Etat et du département, nous misons sur de nouvelles ressources liées à la dynamique du territoire, pour financer ce budget », avance Stéphane Roudaut. Bien qu'armés « pour leur propre sécurité », selon lui, ces agents ne seront pas les supplétifs des fonctionnaires nationaux. « Ils assureront des missions complémentaires », jure-t-il. Parmi elles : l'évacuation des quelque 1.800 véhicules « ventouses » recensés sur le territoire, l'encadrement de manifestations sportives ou des actions de prévention de la délinquance. « N'oublions pas qu'avec sa base navale, Brest joue un rôle militaire stratégique. Il est nécessaire, surtout dans le contexte actuel, de disposer des moyens d'en garantir la sécurité », ajoute le maire, qui dit aussi vouloir « mieux accompagner » les victimes.
Développement économique
Hormis sur ce sujet, le nouveau maire, décrit comme « moins clivant » que son prédécesseur, rechigne à critiquer le bilan socialiste. « Des choses ont été faites, notamment sur le plan économique », concède-t-il, rappelant qu'il occupait alors le poste de premier vice-président de l'agglomération. Stéphane Roudaut n'ignore pas non plus qu'il lui faudra travailler avec toutes les composantes de la région, historiquement ancrée à gauche, pour faire avancer les dossiers prioritaires. En particulier, ceux liés aux transports ou au développement économique. « Il faut concentrer les moyens sur les forces du territoire, le naval civil et militaire, mais aussi les énergies marines renouvelables », détaille l'élu. Reste à savoir comment faire de la place à de nouvelles activités dans une ville coincée par la mer. « Nous allons créer une foncière dédiée pour acquérir des terrains », annonce Stéphane Roudaut, qui a commandé deux audits sur les finances des collectivités. « Il s'agit de mieux mesurer nos marges de manoeuvre », note-t-il, s'avouant « inquiet » des économies imposées au bloc communal par les prochaines lois de finances. Les autres épisodes de notre série « Leurs premiers mois de nouveaux maires » :