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« Nouvelle France » : Bally Bagayoko, le maire LFI qui entend faire de Saint-Denis un laboratoire politique - Les Echos

Les Échos · 12/08/2026 · ← revue

Par Alain Piffaretti

En raflant dès le premier tour des municipales de mars dernier la mairie de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, face au maire socialiste sortant Mathieu Hanotin, Bally Bagayoko, 53 ans, a offert à La France insoumise (LFI) sa plus grande ville en France. La commune compte plus de 140.000 habitants depuis sa fusion avec sa voisine Pierrefitte-sur-Seine, en 2025. Si le scrutin est une surprise au niveau national, le nouvel édile de la deuxième plus grande commune d'Ile-de-France, après Paris, n'est pas un inconnu localement. Adjoint de plusieurs maires communistes de Saint-Denis, entre 2002 et 2020, Bally Bagayoko s'est lancé en politique, à la fin des années 1990 avec l'appui de Patrick Braouezec. Ce dernier est alors l'emblématique maire PC de Saint-Denis.

Entraîneur d'une équipe de basket

C'est un proche de Patrick Braouezec, Jacques Marsaud, le directeur général des services de la ville à l'époque, qui a repéré Bally Bagayoko. Ce dernier, âgé d'une trentaine d'années, est encore le charismatique entraîneur d'une équipe de basket de la ville, dont faisait partie le fils de Jacques Marsaud, Fabien, plus connu sous son nom de chanteur Grand Corps Malade. Chaleureux et à l'aise, Bally Bagayoko, devenu élu local, entretient des relais dans tous les quartiers de la ville. « Que de chemin parcouru, en quelques mois, à rythme soutenu ! », se réjouit aujourd'hui Bally Bagayoko, également président de la puissante intercommunalité Plaine Commune qui regroupe 8 villes et 460.000 habitants. Sa campagne, installée sur une promesse de changement radical, a fait mouche auprès des électeurs.

Une succession de mesures symboliques

A peine installée, la nouvelle mairie confirme sa volonté de rupture par une succession de mesures symboliques : lancement prochain d'une mutuelle communale, distribution d'un kit de rentrée scolaire, création de nouveaux espaces de participation citoyenne, attribution d'un ensemble vélo et casque gratuit aux élèves de 15 ans ou en dernière année de collège… ou encore réouverture du centre jeunesse Gabriel Péri, fermé par la précédente municipalité pour « questions de sécurité ». La nouvelle équipe municipale de Saint-Denis Pierrefitte réclame par ailleurs un audit des finances. Elle soutient avoir hérité d'une situation budgétaire dégradée, notamment d'une ardoise de 1,6 million d'euros d'heures supplémentaires pour les policiers municipaux et d'une autre de 2 millions d'euros pour l'ajustement des salaires de fonctionnaires entre Saint Denis et Pierrefitte.

Réorganisation de la police municipale

« Bally Bagayoko est avant tout un très bon communiquant. Il travaille sur les symboles, mais n'approfondit pas vraiment les dossiers », s'agace la conseillère municipale d'opposition, Cathy Bontinck (PS), ancienne première adjointe de Mathieu Hanotin. Elle reproche au nouveau maire de revendiquer une rupture, tout en poursuivant plusieurs politiques engagées par l'ancienne majorité, notamment en matière de rénovation urbaine. Sur le plan sécuritaire, elle dénonce une nouvelle ligne politique qui « démantèle progressivement la police municipale d'intervention ». Le nouvel exécutif a engagé une réorganisation de la police municipale, tandis qu'une trentaine de policiers municipaux ont démissionné après les élections municipales. Et remis en place le directeur de la sécurité, nommé sous l'ancienne municipalité communiste, après le départ, volontaire, de l'actuel. « Les mesures concrètes se sont déjà accumulées », défend Sofia Boutrih, maire adjointe communiste à la culture, qui récuse les critiques de « surcommunication » adressées à Bally Bagayoko.

Un discours qui dépasse Saint-Denis

« C'est l'énormité des critiques et du racisme » auxquels Bally Bagayoko a été confronté, qui justifient, poursuit Sofia Boutrih, la surmédiatisation de l'actuel maire de Saint-Denis. Invité plusieurs fois par les médias à répondre à des insultes à son encontre, Bally Bagayoko incarne pour certains le nouveau visage de la lutte antiraciste. Ce dernier, qui vient de faire l'objet d'une plainte d'AC !! Anti-Corruption pour des soupçons de détournement de fonds publics et d'emploi fictif, projette de faire de Saint-Denis un véritable laboratoire national de la « Nouvelle France » promue par LFI. « N'attendez pas de moi que je ne sois qu'un observateur lors de la prochaine présidentielle », prévient l'Insoumis, qui assume désormais un discours qui dépasse Saint-Denis. « Le local dit ce qui peut être la France que nous appelons de nos voeux », affirme-t-il, tout en appelant l'Etat à « remplir sa promesse républicaine ». Le nouveau maire estime être la cible d'une surveillance particulière de la part de la préfecture. « Le préfet a, par exemple, déposé un recours contre la délibération du conseil municipal nommant les adjointes et les adjoints. Le tribunal administratif a, du coup, annulé leur élection. » Ce conflit s'est noué autour d'un problème d'interprétation juridique entre les règles régissant les communes nouvelles et celles sur la parité. « Ce couac est une illustration de l'amateurisme et du manque d'organisation qui règne à la mairie », tacle Katy Bontinck. « Je suis certain que le Conseil d'Etat nous donnera raison », affirme pour sa part Bally Bagayoko. Les autres épisodes de notre série « Leurs premiers mois de nouveaux maires » :

Alain Piffaretti