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« Nous détectons plus de 95 % des départs de feu » : la start-up FireTracking au service de la lutte contre les incendies qui frappent la France

Les Échos · 29/07/2026 · ← revue

Par Paul Molga

La France enregistre une série d'incendies hors norme, notamment en Gironde. Une situation catastrophique qui mobilise les pompiers, militaires mais aussi des entreprises qui veulent participer à l'effort. La start-up FireTracking, spécialiste de la détection précoce des incendies de forêt, est évidemment à l'oeuvre. Après l'Indre-et-Loire l'an passé, la start-up vient de déployer ses équipements dans trois nouveaux départements : Bouches-du-Rhône, Côte-d'Or et Lozère. « Avec aussi Madagascar comme première référence internationale, nous dépassons à présent un million d'hectares de zones sensibles sous surveillance », résume son président et cofondateur, Jean-Simon Chaudier. La technologie mise au point par cette entreprise installée à Paris couple des caméras haute définition installées sur des points hauts (château d'eau, pylônes télécoms…) à une intelligence artificielle embarquée. 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, le système scrute, analyse et trie les images de ses webcams mieux que ne le ferait une armée d'opérateurs derrière leurs écrans. « Nous détectons plus de 95 % des départs de feu avec un taux de fausses alarmes de moins de 10 % », décrit l'entrepreneur.

Discrimination rapide

Ces « mirages » sont nombreux à tromper les vigies : le reflet d'un pare-brise, le passage d'un nuage, le vent qui agite les arbres, la brume matinale… « Notre modèle les discrimine sans délai, sur place, à partir des séquences vidéo traitées par une architecture informatique décentralisée, un edge computing maison », poursuit Jean-Simon Chaudier. En Indre-et-Loire, couvert à 27 % de forêts, 22 caméras avec 360 degrés de couverture ont été installées. « Vingt kilomètres à la ronde, elles dissocient la fumée d'un barbecue d'un départ de feu », décrit l'entrepreneur. Dans ce cas, une alarme se déclenche au centre opérationnel du service départemental d'incendie et de secours, comme le ferait une vigie humaine. « Grâce à ces détections précoces, nous pouvons mieux dimensionner les moyens face à des incendies plus nombreux, plus précoces, plus tardifs et plus fréquents », explique le lieutenant-colonel Desbois au micro d'Ici.

Caméras haute définition

L'investissement - 1,8 million d'euros sur cinq ans - en vaut la peine : au plus fort de la dernière canicule, six départs de feux potentiellement ravageurs ont été détectés quinze minutes avant le premier appel au 18. Près de Marseille, sur la Côte Bleue, les caméras haute définition de FireTracking ont repéré des départs d'incendies alors que leurs panaches de fumées émanant de fonds de vallons isolés avaient échappé aux vigies de chair et d'os. Le coût d'équipement et de gestion d'un site avec deux caméras pour un an monte entre 20.000 et 32.000 euros. A ce tarif, très loin des dégâts occasionnés par les feux et le coût des assurances, l'entreprise anticipe une forte montée en charge commerciale. Aux Etats-Unis, son principal concurrent, Pano, fondé en 2020, couvre déjà plus de 12 millions d'hectares de sites sensibles. En France, au moins 60 départements sont directement concernés et certains se sont déjà équipés de systèmes concurrents, comme la Sologne, la Gironde, le Finistère, le Maine-et-Loire ou l'Essonne. Selon plusieurs études, le nombre d'incendies extrêmes pourrait augmenter de 14 % d'ici à 2030.

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Paul Molga (Correspondant à Marseille)