Narcotrafic, menaces, corruption… Les maires en première ...
Il avait fait l’objet de menaces attribuées à la DZ Mafia. Le maire d’Alès (Gard), Christophe Rivenq, a été exfiltré de son domicile par le Raid dans la nuit de lundi 20 juillet à mardi 21 juillet. Une mesure « spectaculaire », mais relevant d’une tendance de fond de menaces subies régulièrement par les élus locaux, analyse Clotilde Champeyrache, économiste et spécialiste de la mafia. « Je poursuivrai avec la même fermeté le combat contre le narcotrafic et ceux qui veulent intimider la République », avait déclaré vendredi dernier Christophe Rivenq à l’Agence France-Presse. Le maire avait notamment reçu une enveloppe contenant deux balles de calibre 9 mm, signé DZ Mafia. L’élu a reçu de nombreux soutiens dans le monde politique. « On ne se laissera pas intimider », a réagi, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, qui promet que « toute la lumière sera faite ».
« Les menaces existent depuis longtemps »
Depuis la période du Covid-19 et les confinements successifs, « les trafiquants ont développé de nouvelles façons d'approvisionner les usagers, notamment en ligne. Ce qui a permis de toucher d’autres publics, y compris dans des villes secondaires et en milieu rural. La quantité de stupéfiants a aussi fortement augmenté ces dernières années », analyse Clotilde Champeyrache. « Les menaces existent depuis longtemps » , rappelle-t-elle. « Nous, maires, on est exaspérés, on est révoltés, mais on n’est pas surpris », déclare David Lisnard, maire de Cannes et président de l’Association des maires de France. « Cela fait des mois et des années qu’on alerte. » La maire d’Échirolles (Isère), Amandine Demore, avait par exemple vu son véhicule de fonction prendre feu à la mi-janvier. Au-delà de cette tendance de fond, Fabrice Rizzoli, enseignant à Sciences Po et à l’HEIP et président de l’association Crim’HALT, rappelle les spécificités de la DZ Mafia, le réseau originaire de Marseille qui aurait été à l’origine des menaces contre le maire d’Alès. « La différence, c’est que cette organisation criminelle très récente, dont on ne connaît pas encore grand-chose, est sans limite. Elle ose menacer là où avant le crime organisé faisait attention. » Le groupe serait notamment à l’origine d’attaques commises contre des prisons et des agents pénitentiaires. « Ce qui a changé, c’est ce caractère d’urgence, y compris dans la réponse publique », ajoute-t-il.
Les maires en première ligne
« Les maires sont les sentinelles du territoire » , relève Clotilde Champeyrache. Identifier des points de deal, relayer des soupçons sur des commerces utilisés pour le blanchiment d’argent : « Ils ont une vue très nette de ce qui se passe sur leur territoire », précise-t-elle. « S’ils dénoncent, s’ils luttent contre ces trafics, ils peuvent devenir la proie des organisations criminelles, par cette violence, mais aussi par des moyens de corruption des élus locaux », note Clotilde Champeyrache. David Lisnard évoque la récente loi narcotrafic, qui permet de faire fermer administrativement des petits commerces, soupçonnés d’activité fictive et utilisé pour le blanchiment : « C’est le maire qui va identifier et fermer ces petits commerces. Donc, pour les organisations criminelles, il est un obstacle. »
« Qu’est-ce qu’on fait après ? »
Les mesures de protection des maires ne « résolvent pas véritablement le problème, y compris pour le maire », souligne Clotilde Champeyrache : « Il est exfiltré et qu’est-ce qu’on fait après ? » Selon David Lisnard, « il est possible de régler le problème, mais ça nécessite une action constante et permanente, et non pas une action au coup par coup avec des effets d’annonce ». Selon lui, la réponse doit avant tout venir de l’État, « il y a des enjeux de maintien de l’ordre public avec un rôle du maire, mais qui ne bénéficie pas forcément de moyens suffisants », notamment dans des villes comme Marseille, « une des villes les plus pauvres de France à densité d’habitation », rappelle Fabrice Rizzoli.