Revue de presse

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Municipales 2026 : à Carcassonne, Christophe Barthès, figure d'un RN décomplexé

Les Échos · 05/08/2026 · ← revue

Par Hubert Vialatte

Des débuts retentissants. Tout au moins sur la forme. Le nouveau maire RN de Carcassonne (47.000 habitants), Christophe Barthès, 59 ans, ex-député (deux fois élu, en 2022 et 2024) et conseiller régional, multiplie, depuis mars, les coups de communication. A plus de quatre mois de mandat, la liste est déjà longue : projet de délogement des syndicats de la Bourse du travail, arrosage de manifestants avec un tuyau depuis le balcon de l'hôtel de ville fin juin, réinstallation d'une statue de Jeanne d'Arc sur le parvis de la cathédrale Saint-Michel, arrêté anti-mendicité, retrait du drapeau européen, suppression des accords commerciaux avec le groupe de presse « La Dépêche du Midi » (propriétaire de « L'Indépendant », couvrant l'actualité locale)… Autant de décisions retentissantes, assorties de sa phrase fétiche : « C'est terminé. » De quoi ravir sa base électorale de celui qui avait été élu maire à 40 %, remplaçant le LR Gérard Larrat et qui s'était présenté sans étiquette partisane.

« Une rhétorique brutale »

« Christophe Barthès prend la suite d'une série de mandats de maires de droite. Au lieu de poser le bilan de l'existant, de réfléchir à étendre l'emprise du RN auprès de la droite classique, il adopte la stratégie inverse du bastion, avec une rhétorique brutale, analyse le politologue Emmanuel Négrier. On va plus loin que l'outrance, à grands coups d'annonces débridées ciblant le coeur de son électorat. » « J'aimerais qu'on parle positivement de cette ville », appuie Carole Delga, présidente PS de la Région Occitanie, et qui organise chaque mois de septembre à Bram, commune voisine de Carcassonne, ses « Rencontres de la gauche ». Les prochaines, très attendues avant la présidentielle de 2027, sont prévues le 19 septembre. Ces premiers pas décomplexés, dans une préfecture rongée par un taux de pauvreté de 28 %, contrastent avec la stratégie de Louis Aliot, autre maire RN d'une grande ville d'Occitanie, Perpignan, élu en 2020 et réélu en mars. « Louis Aliot a brossé l'électorat local dans le sens du poil, a maintenu l'offre culturelle que la droite fréquente, et n'a pas brutalisé les acteurs ayant un rayonnement, pour concentrer son hégémonie sur l'ensemble de l'électorat de droite, et pas que sur celui du RN », décrypte Emmanuel Négrier. Cette normalisation lui a permis de remporter la présidence de Perpignan Méditerranée Métropole en avril, après un échec en 2020.

Grand écart entre agglomération et ville-centre

A l'inverse, Christophe Barthès - qui n'a pas répondu aux demandes d'interview des « Echos », « du fait de son agenda » -, a échoué à prendre la présidence de Carcassonne Agglomération, conservée par Régis Banquet, maire d'Alzonne et vice-président d'Intercommunalités de France. Ce dernier estime que « Carcassonne est dévalorisé par les sorties médiatiques du nouveau maire. Tout le monde se moque de nous. A Intercommunalités de France, mes collègues me taquinent : 'Alors, quelle est la dernière frasque du maire ?' C'est déplorable. » Détenant l'essentiel du pouvoir local - tourisme, développement économique, mobilités, habitat… - à l'échelle de Carcassonne, Régis Banquet affirme que le remuant édile de la ville-centre « sera obligé » de travailler avec lui. « C'est le sens de l'histoire », lance-t-il, même s'il a pour l'instant « très peu de relations » avec Christophe Barthès. Christophe Barthès n'est pas préparé au mandat de maire, et applique les recettes historiques : faire des buzz

Un acteur économique

Ce grand écart entre agglomération et ville-centre porte préjudice : « C'est barré des deux côtés, alerte un entrepreneur. La directrice de l'office de tourisme est partie, quand sera-t-elle remplacée ? Les deux offices de tourisme devaient fusionner, pour avoir une force de frappe plus importante, et cela ne va pas se faire. Le directeur du Festival de Carcassonne va partir, alors que la culture joue un rôle clé ici dans l'économie et le tourisme. » Les rôles respectifs de la ville et de l'agglomération dans le syndicat mixte régional qui gère l'aéroport de Carcassonne sont également en suspens.

Maigre bilan

« Il n'est pas préparé au mandat de maire, et applique les recettes historiques : faire des buzz, qui remontent sur les réseaux sociaux avec les algorithmes », grince un acteur économique. Au-delà des annonces fracassantes, reprises avec gourmandise par la presse nationale, le bilan de Christophe Barthès est pour l'instant maigre. « Il fait beaucoup de terrain, et dit « oui » à tout. Au final, on verra ce qui est fait de façon effective », poursuit cet entrepreneur. Les enjeux de fond ne manquent pourtant pas, entre gestion de la ressource en eau, revitalisation du centre-ville, adaptation des bâtiments aux effets du réchauffement climatique, ou encore attractivité touristique avec 2,5 millions de visiteurs, chaque année, dans la cité médiévale. Reste que Christophe Barthès peut s'appuyer sur une base solide dans son fief : 40,4 % au second tour, contre les candidats Horizons (30,8 %) et PS (28,7 %). Son style risque-t-il de l'isoler politiquement ? « Il va continuer et durcir le ton, car il est idéologiquement persuadé d'être dans le juste, confie un élu local. Il est convaincu que le département de l'Aude - dont toutes les circonscriptions ont été gagnées par le RN en juillet 2024 - va basculer au RN en 2028, et qu'il est un précurseur. »

Hubert Vialatte (Correspondant à Montpellier)