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Municipales 2026 : à Avignon, l'état des finances contrarie les projets d'Olivier Galzi

Les Échos · 03/08/2026 · ← revue

Par Paul Molga

« Un champ de ruines. » Coutumier des punchlines, Olivier Galzi, l'ancien journaliste télé, qui a créé la surprise en ravisant Avignon à la gauche en mars dernier, n'a pris aucun détour pour présenter fin juin les conclusions de l'audit financier commandé, sitôt élu, au cabinet Michel Klopfer spécialisé dans les finances locales. « Habillage malhonnête des comptes, brouillés et peu lisibles », « dépenses connues non budgétées », « factures décalées », « envolée incontrôlée des charges de fonctionnement »… Lui qui, candidat divers droite soutenu par l'UDI et Horizons, faisait son mantra de la sécurité, de la propreté et de la circulation, admet désormais devoir composer avec des contraintes budgétaires inattendues, « pour éviter le naufrage », justifie-t-il.

Haro sur les dépenses

La ville est déjà endettée à hauteur de 200 millions d'euros, autant que son budget. En poursuivant la trajectoire actuelle, elle pourrait perdre sa capacité à emprunter et présenter un budget en déséquilibre l'obligeant à une mise sous tutelle dès 2028. Car il manquerait entre 15 et 23 millions d'euros d'épargne brute pour redresser les comptes, selon les différents scénarios établis par le cabinet d'audit. Sans être exclu, « le levier fiscal sera le dernier recours », promet le maire en pointant un encours de dette très supérieur aux moyennes régionale et nationale (2.124 euros par habitant, contre respectivement 1.738 et 1.318 euros). Haro donc sur les dépenses. « Il va y avoir des choix difficiles et des renoncements », prévient-il. Subventions, contrats, chantiers, tarifs municipaux, fonctionnement des services, éventuels transferts de compétences vers l'agglomération… « On ne va rien s'interdire. » Ce sera un mandat de sueur et de larmes pendant lequel chaque décision pèsera lourd : investir ou reporter, maintenir ou réduire.

Olivier Galzi, maire d'Avignon

L'édile a donné le ton dès le lendemain de la présentation de l'audit en revenant sur l'augmentation de 350 euros accordée en avril à ses adjoints pour rattraper le retard d'Avignon, située dans la tranche basse des villes de sa taille. Lui-même avait déjà pris l'initiative de réduire de 16 % ses indemnités. Il vient d'y ajouter une limite à ses frais de représentation. Sur les réseaux, beaucoup saluent le symbole. Mais il prévient : « Ce sera un mandat de sueur et de larmes pendant lequel chaque décision pèsera lourd : investir ou reporter, maintenir ou réduire, préserver les services ou revoir leur périmètre ? … ». Propreté, transports… Des arbitrages ont déjà été réalisés. « On peut faire beaucoup, très simplement, sans déployer d'énormes moyens », poursuit l'ancien présentateur de France 2, d'I-Télé et de LCI. En matière de propreté, la « simple » réorganisation des services aurait ainsi permis des progrès significatifs dans la collecte. Des caméras nomades ont été déployées et une équipe d'intervention rapide peut désormais prendre les pollueurs en flagrant délit sur les dépôts sauvages qui se remplissaient à nouveau sitôt nettoyés. Même coup de pied dans la fourmilière des transports en repensant le plan de circulation de la ville « par des ajustements ciblés » : suppression de sens interdits, création de double sens, inversion de circulation, suppression de boucle… « Place au bon sens », image le natif de la ville. Il a aussi rouvert le dossier de la rocade LEO (Liaison Est Ouest), un serpent de mer destiné à désengorger la ville, en mettant d'accord les élus des communes voisines.

Du bleu dans les rues

Même réorganisation côté sécurité : 105 policiers municipaux opèrent déjà, mais beaucoup restaient cantonnés dans la dizaine de commissariats de quartier créés par l'ancienne municipalité. Retour dans les rues. Seuls quatre postes d'îlotage vont subsister, les patrouilles de nuit ont été doublées, et des actions coup de poing ont été engagées contre les causes de troubles (épicerie de nuit, rodéos urbains, alcoolisme de rue, protoxyde d'azote…) grâce à une coopération renforcée avec le préfet et la procureure de la République. « Nous avons trouvé une ville qui manque de moyens, mais aussi d'organisation, de suivi et de reconnaissance interne », résume Olivier Galzi. En écoutant ceux qu'il appelle « les invisibles » en raison du manque de considération dont ils faisaient l'objet, le nouveau maire assure avoir permis en quelques semaines de décloisonner les services et de mieux faire circuler l'information pour retrouver un fonctionnement plus efficace de l'institution.

« Dramatisation politique »

« On a remis la machine en marche et pu rouvrir tous les chantiers en sommeil », salue l'édile qui avait fait de son passage à la tête du groupe d'ingénierie et de services Edeis (comme vice-président en charge de la stratégie et du développement) un argument central de sa capacité à manager un territoire. Depuis la présentation de l'audit financier, l'opposition voit dans son discours l'occasion d'une « dramatisation politique » et un moyen de justifier des coupes financières sévères dans une ville jugée socialement fragile.

Paul Molga (Correspondant à Marseille)