Revue de presse

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Mobilisation du 17 octobre : l’homme suspecté d’avoir mis le feu à la mairie de Limoges a été mis en examen pour tentative de meurtre sur des policiers municipaux

Le Monde · 24/10/2026 · ← revue

Les deux premiers suspects interpellés dans le cadre de l’incendie de l’hôtel de ville de Limoges ont été mis en examen, vendredi 23 octobre, et placés en détention provisoire, conformément aux réquisitions du parquet de Limoges. Ils sont soupçonnés d’avoir participé, à des degrés divers, à l’attaque du bâtiment et à sa mise à feu en marge de la manifestation du 17 octobre. Le principal suspect, Hodei C.-D., un homme de 34 ans travaillant dans le bâtiment, fiché « S » en raison de sa proximité avec l’écologie radicale, avait été interpellé mardi dans un hameau de la commune de Val d’Issoire (Haute-Vienne). Selon une source proche de l’enquête, il est soupçonné d’avoir allumé le feu au rez-de-chaussée de l’édifice en jetant à travers une fenêtre une poubelle contenant des objets enflammés, avant que l’incendie ne se propage dans les étages jusqu’à faire s’effondrer le campanile de 43 mètres de haut. Alors qu’il avait initialement été placé en garde à vue pour « destruction en bande organisée », un crime passible de vingt ans de réclusion, il a été mis en examen pour deux infractions supplémentaires : « association de malfaiteurs » et, surtout, « tentative d’homicide sur personne dépositaire de l’autorité publique », un crime passible de la réclusion à perpétuité. Cette infraction repose sur le fait que 13 policiers municipaux, attaqués par la foule alors qu’ils tentaient de protéger la mairie, s’étaient ensuite retranchés dans la salle d’où est parti l’incendie. Ses avocats, Henri Braun et Guillaume Laverdure, ont annoncé au Monde qu’ils allaient faire appel de la mise en examen de leur client et de son placement en détention provisoire, estimant qu’il n’existe pas suffisamment d’éléments graves et concordants et que les qualifications sont « en partie fantaisistes ». Ils visent notamment le chef de tentative de meurtre sur les 13 policiers municipaux. « Il faudrait dire qu’une poubelle n’est pas un cocktail Molotov et que même dans ce cas, ce ne serait pas une tentative de meurtre », font-ils valoir.

Forces de l’ordre absentes

L’enquête s’est en grande partie appuyée sur les témoignages de ces 13 policiers municipaux, ainsi que sur plusieurs vidéos. La principale, d’une durée de vingt-trois minutes, a été filmée par un drone de la police nationale. Une autre, tournée par un amateur et publiée par le quotidien Le Populaire du Centre, permet de comprendre, minute par minute, comment l’hôtel de ville a été attaqué avant d’être incendié, dans un déchaînement de violence devenu incontrôlable. A 17 h 48, alors que la manifestation rassemblant quelque 5 000 personnes, dont 700 individus « extrêmement violents », selon les autorités, était terminée, une foule de protestataires a afflué sur le parvis de la mairie. Complètement dépassées par les événements de la journée, les forces de l’ordre, à court de grenades de désencerclement et dont plusieurs véhicules avaient été incendiés, étaient absentes. Certains manifestants ont commencé à caillasser la façade, tandis qu’un sapin qui tenait la garde devant cet édifice inauguré en 1883 était incendié aux cris de « ACAB » (« All cops are bastards », « tous les policiers sont des bâtards »). A 17 h 53, une fenêtre est enfoncée. Sur la vidéo amateur, on aperçoit alors deux hommes affairés autour d’une poubelle devant cette fenêtre ouverte. Selon une source proche de l’enquête, Hodei C.-D. est justement accusé d’avoir mis le feu au bâtiment en jetant une poubelle. L’incendie a pris au rez-de-chaussée quelques minutes après ces images, dans la salle du service d’état civil où s’étaient réfugiés les policiers municipaux. Le second suspect identifié à ce stade de l’enquête est un homme de 66 ans, interpellé jeudi dans un hameau creusois situé au cœur du plateau de Millevaches. Il a été mis en examen pour « destruction en bande organisée » et « association de malfaiteurs ». Selon les informations du Monde, il était présent à la manifestation, et les enquêteurs lui reprochent notamment d’avoir appelé Hodei C.-D. au moment où l’incendie se déclarait dans l’hôtel de ville.

Compteurs Linky et 5G

Ce n’est pas la première fois que ce hameau se retrouve au cœur d’une enquête pour des faits d’incendie criminel en lien avec l’activisme violent. En juin 2021, l’interpellation et le placement en garde à vue de la directrice de son école maternelle avaient fait grand bruit dans la région. Elle était soupçonnée par la sous-direction antiterroriste d’être impliquée dans une série d’incendies contre des véhicules d’Enedis à Limoges et des antennes dans la commune des Cars (Haute-Vienne). Ce sabotage avait privé de télévision et de radio près de 1,4 million d’habitants pendant dix jours. La directrice d’école avait finalement bénéficié d’un non-lieu, mais le père de Hodei C.-D. avait, lui, été reconnu coupable dans cette affaire et condamné à trois ans de prison avec sursis. Ces actes de sabotage, revendiqués par des courriels envoyés à la presse locale, visaient à lutter contre les compteurs Linky et la 5G, et plus généralement contre le capitalisme et la destruction de la nature. Les rapprochements effectués entre ces deux affaires d’incendies criminels ne vont pas aider les habitants et les élus locaux du plateau de Millevaches, attaqués de toutes parts par des responsables politiques de droite depuis l’incendie de la mairie, à restaurer l’image de leur territoire. Dès le 18 octobre, Guillaume Guérin, le maire (Les Républicains) de Limoges, avait accusé « l’ultragauche française, celle qui vit toute l’année pour partie repliée dans les localités du plateau de Millevaches ». Le 20 octobre, le maire de Cannes (Alpes-Maritimes), David Lisnard, candidat de droite à la présidentielle, était allé plus loin sur RTL en évoquant la présence de « camps d’entraînement de terroristes » dans cette zone située à cheval entre la Corrèze, la Creuse et la Haute-Vienne. A l’en croire, des « zadistes » et des « black blocs » venus de l’étranger s’y « entraînent à la guérilla urbaine, acquièrent du matériel lourd d’attaque contre les policiers, se préparent à la garde à vue et donc à de la lutte urbaine ». Depuis les années 1970, ce territoire rural d’environ 10 000 habitants a, de fait, attiré nombre de militants anticapitalistes, anarchistes ou écologistes, en quête de modes de vie alternatifs. Mais s’il a ainsi constitué, au fil des décennies, un refuge pour des personnes désirant vivre en marge de la société dans un style de vie communautaire, et s’il a pu, aussi, abriter des activistes plus violents, aucune trace de camps d’entraînement n’y a encore jamais été détectée.