Midterms : Abdul El-Sayed, le gauchiste qui monte, élu sénateur dans le Michigan

Par Solveig Godeluck
Après l'avoir appelé « Mohammed », « Abdullah », « le djihadiste », Donald Trump avait trouvé un nouveau sobriquet pour Abdul El-Sayed. Mais le candidat du Michigan pour le Sénat ne s'est pas laissé démonter, lui qui a servi d'épouvantail gauchiste pour le camp républicain tout au long de la campagne des midterms et qui va devenir le premier sénateur musulman du pays. « Il m'a appelé Abdul Ramadan », a déclaré le démocrate lors d'un meeting de campagne, vêtu d'un T-shirt noir, arborant un fin collier de barbe, une moustache et une série de bracelets. « Faire ses courses au supermarché est devenu si cher que je ne serais pas surpris s'il disait : écoutez, on pourrait tous faire ramadan ! » Enfonçant le couteau dans la plaie du pouvoir d'achat, il a brodé sur les promesses non tenues de Donald Trump. Alors que le chef de l'Etat a insinué qu'Abdul El-Sayed devrait se soumettre à un détecteur de métaux pour pénétrer dans le Sénat, le candidat a publiquement promis de s'y plier… à condition que le président accepte lui-même de « passer au détecteur de mensonges » !
Il n'adhère pas aux « démocrates socialistes »
Abdul El-Sayed est la nouvelle sensation de la gauche du Parti démocrate. Cet épidémiologiste de 42 ans, né dans le Michigan de parents originaires d'Egypte, a battu la candidate centriste Haley Stevens à la primaire. Sa radicalité a effrayé certains électeurs, mais elle ne l'a pas empêché de gagner avec une marge confortable (7 points d'avance à 94 % de bulletins décomptés). Ce médecin marié à une psychiatre et père de deux enfants avait concouru sans succès en 2018 pour la primaire démocrate au poste de gouverneur du Michigan, l'Etat où il est né et a fait ses études. Il inspire ceux qui rêvent d'un nouvel élan socialiste aux Etats-Unis. Quelques mois après la victoire électorale de Zohran Mamdani à la mairie de New York, un autre jeune homme, musulman et télégénique, émerge sur l'aile gauche. A l'instar du sénateur gauchiste du Vermont Bernie Sanders, Abdul El-Sayed n'adhère pas au DSA (Democratic Socialists of America), le micro-parti démocrate socialiste à l'intérieur du Parti démocrate. Mais il défend l'assurance-maladie universelle, l'impôt sur la fortune et il s'oppose au financement électoral par les entreprises.
Controverses autour d'Israël et de la Palestine
C'est sur le volet de la politique étrangère qu'il est le plus scruté. Abdul El-Sayed, défenseur de la Palestine, a dénoncé un « génocide » mené par Israël et réclamé un embargo sur les ventes d'armes à l'Etat hébreu. Sa proximité avec le youtubeur controversé Hasan Piker, son militantisme et celui de sa mère et de son beau-père suscitent des rumeurs et inquiètent la communauté juive. Ainsi, son opposant républicain, Mike Rogers, un ancien du FBI, l'a accusé d'avoir écrit une lettre de soutien aux Frères musulmans, une organisation qui vient d'être reconnue comme « terroriste » aux Etats-Unis. En 2012, Abdul El-Sayed a bien cosigné une pétition adressée au président égyptien démocratiquement élu Mohamed Morsi, réputé proche de cette organisation. Dans la foulée du Printemps arabe, les 46 signataires appelaient juste à purger l'administration après une phase autocratique. Abdul El-Sayed a démenti tout lien avec les Frères musulmans. Sur une ligne plus modérée, la rivale déçue d'Abdul El-Sayed lors de la primaire démocrate, Haley Stevens, a choisi son camp dimanche : elle a apporté son soutien au républicain Mike Rogers, arguant qu'Abdul El-Sayed laisserait fleurir l'antisémitisme dans son entourage et négligerait l'électorat afro-américain. Sa communication a cependant été si maladroite que ce retournement spectaculaire pourrait nuire davantage à sa carrière politique qu'à celle d'Abdul El-Sayed.