Midterms 2026 : à Los Angeles, la victoire de Nithya Raman à la mairie illustre la montée en puissance d’une nouvelle gauche aux Etats-Unis

La bataille pour la mairie de Los Angeles fut très serrée, jusqu’au jour du scrutin, qui se déroulait mardi 3 novembre, en même temps que les élections parlementaires de mi-mandat. Deux démocrates, deux femmes non blanches, deux générations : jeudi, la balance a clairement penché en faveur de Nithya Raman. A 45 ans, cette urbaniste née en Inde, diplômée du Massachusetts Institute of Technology et de Harvard, a devancé la maire sortante de Los Angeles, Karen Bass, 73 ans (52 % contre 48 % après 76 % des votes comptabilisés). Cette femme politique chevronnée, qui a reconnu sa défaite et a appelé son adversaire pour la féliciter pour sa victoire, était pourtant soutenue par tout « l’establishement » du Parti démocrate, en Californie comme à Washington. Mais c’était sans compter la volonté de changement, et l’insatisfaction croissante des habitants de la métropole. Elue au conseil municipal, Nithya Raman n’a cessé de dénoncer, pendant la campagne, la gestion déficiente de la ville et de ses services publics, et celle des sans domicile fixe, dont le nombre a explosé ces dix dernières années à Los Angeles. Karen Bass, depuis son arrivée à la tête de la municipalité, en 2022, avait pourtant fait de ce sujet une priorité, avec de coûteux programmes de relogement dans des motels, qui se sont avérés peu efficaces à long terme. Le nombre impressionnant de personnes qui vivent dans des tentes, des camping-cars ou des voitures est devenu un sujet majeur pour les habitants, qui associent leur présence à une forme d’insécurité mais se soucient aussi de leur détresse. Selon des chiffres officiels publiés durant l’été, le nombre des sans-abri est reparti à la hausse à Los Angeles, alors qu’il diminuait depuis deux ans. Outre la dénonciation d’une mauvaise gestion de la ville, qui a permis à Nithya Raman de conquérir des voix à droite, la candidate a séduit la « génération Z » et les milléniaux. Membre des Democratic Socialists of America (DSA), une formation à la gauche du Parti démocrate – comme le maire de New York, Zohran Mamdani –, Nithya Raman a été soutenue par ce mouvement, avec lequel elle n’était pourtant pas totalement alignée, notamment sur la question du boycott et de sanctions à l’égard d’Israël. Elle partage toutefois largement l’agenda du DSA, de plus en plus populaire auprès des jeunes qui vivent une forme de déclassement social générationnel. Même si elle n’a pas le charisme d’un Zohran Mamdani, Nithya Raman appartient au même creuset : celui d’une « nouvelle gauche », qui, au sein des démocrates, veut insister sur les politiques sociales. Comme Zohran Mamdani, à l’occasion de ce scrutin, elle a axé sa campagne sur l’accès au logement, une préoccupation majeure à Los Angeles. Elle a dénoncé le manque criant de nouvelles constructions et accusé les locations de courte durée (du type Airbnb) de déstabiliser le marché locatif, alors que Karen Bass s’était montrée très conciliante en la matière.
Mauvaise pente
Comme toutes les métropoles américaines, Los Angeles a vu les prix des logements s’envoler. Selon les données publiées le 30 octobre par la California Association of Realtors, seuls 15 % des ménages ont les moyens d’en acquérir un au prix médian – 958 450 dollars (850 000 euros) – dans le comté. La ville est sur une mauvaise pente : sa population vieillit et diminue. La capitale mondiale du cinéma est aussi rudement mise à l’épreuve par la baisse du nombre de productions dans la ville, alors que les équipes fuient la Californie, en raison des coûts de tournage excessifs et des taxes. Les licenciements se multiplient dans les studios. Des milliers d’habitants ont perdu leur emploi dans l’industrie du cinéma ces derniers mois. Karen Bass était certes soutenue par les principaux syndicats de la région, dont celui, très puissant, de la police. Forte de ses réseaux à Washington, elle avait aussi l’appui des barons démocrates californiens – des figures comme Kamala Harris, ex-vice-présidente des Etats-Unis, ou Gavin Newsom, le gouverneur du « Golden State ». Mais elle incarnait peut-être de manière trop évidente cette vieille garde. Elle était devenue, au cours des derniers mois, de plus en plus impopulaire. Elle a aussi payé la gestion des incendies. En janvier 2025, une grande partie de Pacific Palisades, l’un des quartiers les plus riches de Los Angeles, a été la proie des flammes et rayée de la carte. De nombreuses habitations attendent d’être reconstruites presque deux ans après les événements. Des électeurs reprochent à Karen Bass d’avoir restreint le budget alloué aux pompiers et d’avoir été absente pendant la catastrophe : elle était en visite diplomatique au Ghana. En plus d’avoir à gérer une ville tentaculaire comme Los Angeles, la nouvelle édile, mariée à un scénariste, devra préparer les Jeux olympiques de l’été 2028. Un événement mondial dont Nithya Raman critiquait le coût exorbitant en tant qu’élue locale, et l’impact pour les habitants. Elle a dû mettre ces critiques de côté pendant sa campagne, assurant qu’elle allait « accepter cette réalité ».