Revue de presse

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« Les questions que pose une famille qui veut s’installer, c’est : “Où est l’école et où peut-on se faire soigner ?” » : dans les Vosges, les maires essaient d’attirer les jeunes couples

Le Monde · 16/08/2026 · ← revue

Assise à la grande table du conseil municipal, dans une salle blanche relevée d’un buste de Marianne, de deux drapeaux tricolores entrecroisés et des portraits de présidents de la République, Manon Deliot n’en revient toujours pas. « Il n’y aura aucune entrée en petite section en 2026, lâche la maire (Les Républicains, LR) du village d’Hennezel. Voilà, c’est ça, le choc démographique. Je ne pense pas que ce soit déjà arrivé ici. Et c’est alarmant. » La commune vosgienne de 390 habitants regroupe 13 hameaux et deux écoles. Vingt enfants, en tout. « L’effectif a été divisé par deux en vingt ans, entre l’époque où j’étais élève et aujourd’hui », relève l’édile de 27 ans, élue en mars. A ce rythme, s’inquiète-t-elle, « l’école va fermer en 2027 ou l’année suivante ». A Hennezel comme ailleurs, les nouveaux maires découvrent les effets concrets de la baisse démographique. « La prise de fonction est un moment important qui ressemble souvent à un moment de fête, note Dominique Peduzzi, président de l’Association des maires des Vosges. Les nouveaux maires sont en phase d’atterrissage, et pas toujours en douceur. » Le choc démographique, c’est une France où les décès sont plus nombreux que les naissances, où la population vieillit avant, à terme, de diminuer. Le département des Vosges pourrait perdre un tiers de ses habitants. « Les Vosgiens sont 350 000, détaille le préfet, Blaise Gourtay. Ils seront 250 000 en 2070. Des chiffres assez effarants. » Ici, l’industrie a longtemps généré de l’emploi, drainé et « fixé » la population. « Depuis les années 1970, c’est l’inverse », poursuit-il. L’une des conséquences les plus sensibles de cette atrophie démographique est la fermeture d’écoles. La France va perdre 1,7 million d’élèves d’ici à 2035. Les Vosges seront parmi les départements les plus touchés, avec une baisse s’échelonnant de 29,3 % à 19,5 %. A Hennezel, Manon Deliot ne veut pas se retrouver « au pied du mur, avec l’éducation nationale qui [lui] dit : “On ferme” ». La maire a écrit au président de la République. Pas de réponse. « On va peut-être en arriver à couper l’électricité, le soir, pour inciter les couples à faire des enfants », plaisante l’élue. En attendant, il faut agir. D’autant, dit-elle, qu’« une vraie compétition » se répand entre les maires : tout est bon pour attirer chez soi les élèves du voisin. Aux abois, Manon Deliot voudrait proposer une bourse de 500 euros pour tout nouvel écolier, sans être totalement sûre de sa légalité : 100 euros par enfant et par année scolaire. En contrepartie, les familles s’engageraient à rester cinq ans, selon l’avancement dans la scolarité, bien entendu. « On a voté 10 000 euros de crédits », annonce la maire.

Miser sur le cadre de vie

Partout dans le département, les élus ont une cible : le jeune couple. « Il faut renforcer l’attractivité de notre département et inciter les familles à venir s’installer », lance le président (LR) du conseil départemental, François Vannson, en reconnaissant que la démographie est « le talon d’Achille » du territoire. Xamontarupt est situé dans une jolie vallée de moyenne montagne, dans les premiers contreforts du massif des Vosges. La commune a tout pour attirer des familles éprises de nature. Pourtant, le maire, Emmanuel Parisse (sans étiquette), se fixe un objectif modeste : la population du village stagne à environ 150 habitants depuis vingt ans, selon l’Insee. Et le nombre des plus de 70 ans a doublé quand celui des enfants a fondu. « On n’arrive plus à monter, admet l’élu. On voudrait au moins stabiliser : que des jeunes s’installent quand les anciens partent. Surtout, on voudrait éviter les volets fermés. » Xamontarupt compte un tiers de résidences secondaires. « Ça ne nous intéresse pas, poursuit le maire. Ce n’est pas ça qui fait vivre le village. » Emmanuel Parisse compte sur le cadre de vie. Mise en valeur de l’identité du village, enfouissement des câbles, sentier photographique, animation, embellissement… Xamontarupt est fière de son label de commune fleurie. Les boutures poussent dans une serre, derrière la mairie. A 40 kilomètres de là, le maire (sans étiquette) Philippe Perrein parie, lui aussi, sur l’attractivité de sa commune, Bouxières-aux-Bois. Dès 2014, pour redynamiser le village, l’élu a commencé par des travaux sur l’assainissement collectif. « Ça ne se voit pas, dit-il. Mais c’est indispensable pour inciter des jeunes couples à s’installer. » « Voilà ! » : par la baie vitrée de la mairie, il montre un quartier tout neuf, avec cinq maisons. « Des jeunes couples se sont installés, se réjouit-il. Et j’ai eu cinq naissances en 2025, dont quatre ici ! Sans eux, on serait en déclin. » Philippe Perrein donne de sa personne, qu’il s’agisse de permettre à des jeunes de construire en leur vendant un terrain et en rasant la vieille écurie qui s’y trouve, ou de confectionner un char pour défiler à Epinal, lors de la fête de Saint-Nicolas. « La dynamique que l’on impulse, elle tient à cinq ans, souffle-t-il. On peut vite replonger. » De fait, prévient le préfet, « tout tourne autour de la question de l’équilibre économique ». Rien n’est possible s’il n’y a pas suffisamment d’habitants pour faire vivre le boulanger, le tabac-presse ou justifier un poste d’enseignant. C’est l’un des aspects sur lesquels travaille le laboratoire de la ruralité, instance créée en 2021 par la préfecture et l’Association des maires ruraux de France. Objectif : définir des solutions et expérimenter. « Les maux de la ruralité sont essentiellement liés au choc démographique », souligne Blaise Gourtay. Le conseil départemental, lui, aide les familles qui envisagent de s’installer dans les Vosges. Emploi, logement, éducation… « On a instruit 300 dossiers par an depuis 2024, assure François Vannson. Une centaine de familles se sont installées et 200 sont sur le point de le faire. On va essayer d’accélérer. » Le département a également lancé un plan santé en 2019, pour attirer des professionnels. D’ores et déjà, 95 médecins ont posé leurs bagages dans les Vosges, assure le président : « On n’est pas sortis du roncier, mais on a évité la catastrophe. » « On a des médecins avec plus de 2 000 patients ici ! », souligne la maire d’Hennezel, quand la moyenne nationale est d’environ 1 000 pour un généraliste. Dans un département vieillissant, la question de la santé est aussi sensible que celle de l’école. « Les questions que pose une famille qui veut s’installer, c’est : “Où est l’école ? Où peut-on se faire soigner ?” », témoigne Jenny Willemin, maire (divers droite) de Martigny-les-Gerbonvaux (120 habitants). Pourtant, là aussi, il faudra composer. « Il y a encore beaucoup d’établissements de santé dans les Vosges, souvent en grande difficulté financière, car l’activité est trop réduite, relève le préfet. Il va falloir réorganiser, en maintenant la qualité de service. »