Revue de presse

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« Les moyens des pompiers sont à bout de souffle » : pour augmenter le financement de la sécurité civile, les collectivités locales appellent à trouver de nouvelles ressources

Le Monde · 31/07/2026 · ← revue

« Il faut tout de suite préparer le jour d’après. C’est ça, être maire », pose l’édile (Parti socialiste, PS) de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), Karim Bouamrane. Avec la présidente (Les Républicains) de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, le candidat à la présidentielle tenait une conférence de presse, jeudi 30 juillet, afin de mobiliser les élus pour soutenir la Gironde en proie aux flammes depuis le 22 juillet. Outre l’appel aux dons lancé par l’Association des maires de France et des présidents d’intercommunalité, Karim Bouamrane et Valérie Pécresse proposent aux villes franciliennes de s’engager dans un accompagnement durable de celles du département du Sud-Ouest. Le maire de Saint-Ouen a promis 100 000 euros et la présidente 500 000 masques FFP2. Concernant les moyens dans sa région, Mme Pécresse a aussi annoncé allouer 2,8 millions d’euros supplémentaires aux sapeurs-pompiers, en plus des 8 millions déjà débloqués depuis 2016. Les services départementaux d’incendie et de secours (SDIS), en première ligne dans la lutte contre les feux, ne sont pourtant pas une compétence régionale. Mais « il y a un consensus très fort au sein de toutes les régions pour être au rendez-vous de l’urgence et ne pas laisser les départements tout seuls, a expliqué la présidente d’Ile-de-France. Le sujet, c’est donc d’aider en investissement sur les matériels ». La question des moyens fait polémique depuis plusieurs jours. « On fait un rapport chaque année à l’Assemblée nationale pour le dire : les moyens des pompiers sont à bout de souffle », déclarait le député PS de l’Eure Philippe Brun, sur Franceinfo le 27 juillet. Egalement candidat à la présidentielle, il prévient : depuis dix ans, « le nombre d’interventions des pompiers a augmenté d’un tiers », pas les moyens. Deux jours plus tard, sur la même antenne, le député (La France insoumise, LFI) du Nord Aurélien Le Coq dénonce « un gouvernement de cyniques et de menteurs qui a préféré faire des économies sur le dos des sapeurs-pompiers plutôt que les aider ». A droite, le ton est moins vif. « Après les grands incendies de 2022, l’Etat a mis sur la table des centaines de millions d’euros pour aider les départements à renforcer leurs moyens, rappelle au Monde le président (divers droite) du conseil départemental du Finistère, Maël de Calan. Il est faux de dire qu’on est dans une impréparation totale. Dans le Finistère, depuis 2022, j’ai effectué une hausse des moyens de la sécurité civile de 35 %, grâce aussi aux engagements de l’Etat. » En revanche, relève l’élu, « au niveau national, l’angle mort reste clairement celui des moyens aériens. Ils ont été renforcés significativement depuis 2017, contrairement à ce que disent LFI et le RN [Rassemblement national]. Mais les moyens restent clairement insuffisants au regard de l’évolution du climat ».

La Gironde en déficit

L’Etat assume une part du budget de la sécurité civile : de 450 millions d’euros en 2017 à 800 millions en 2026. Mais l’essentiel est porté par les collectivités locales : plus de 90 % des 5,6 milliards d’euros du budget des SDIS, dont les départements assument 60 %. Et ceux-ci ont doublé leur effort en moins de vingt ans. « Nous avons atteint un point de rupture », prévient l’association d’élus Départements de France dans un communiqué. Le doublement des crédits mobilisés par l’Etat est « une goutte d’eau absolument dérisoire », dénonce M. Le Coq, puisque, dans le même temps, « le nombre d’incendies a été multiplié par douze, le nombre de surfaces brûlées par sept ». Nous sommes dans « le monde d’après, un monde de crises violentes et régulières, abonde auprès du Monde Jean-Luc Gleyze, président (PS) du département de la Gironde. La nature ne se comporte plus comme avant [et] nos moyens ne sont plus adaptés ». Les élus départementaux rappellent en outre que leurs recettes s’affaiblissent alors que leurs dépenses, notamment sociales, augmentent. Avec un déficit de 100 millions d’euros, la Gironde a dû revoter son budget de 2026 sous le contrôle étroit de la chambre régionale des comptes. Laquelle veut « que l’on diminue la contribution au SDIS. Mais ce n’est pas une mesure de bon sens », euphémise M. Gleyze. Pour lui, il faudrait au contraire augmenter son budget de « 5 % à 10 % par an ». « Quand les risques du XXIe siècle sont financés avec les recettes du XXe siècle, c’est ignorer les conséquences du changement climatique », alerte Départements de France. Certes, rappelle Maël de Calan, « on est en train de faire la démonstration qu’on a quand même un des systèmes de sécurité civile les plus efficaces du monde, même lorsque de mégafeux se déclarent ». Pour autant, la tournure que prend le dérèglement climatique impose de nouvelles sources de financement pour les SDIS. L’association d’élus représentative des départements, qui souhaite un soutien de 1 milliard d’euros « pour accélérer le remplacement du matériel », l’attend. Et, il y a un an, à l’issue du Beauvau de la sécurité civile, lancé en 2024, le gouvernement d’alors avait admis la nécessité de nouvelles ressources. Des propositions existent, comme une taxe additionnelle sur le foncier bâti ou de la taxe de séjour, par exemple. Une autre piste serait d’augmenter les recettes issues de la taxe spéciale sur les conventions d’assurance. Le raisonnement est le suivant : sauver des flammes maisons ou voitures, c’est moins d’indemnisations à verser par les assureurs. « Je demande au gouvernement de réunir le Parlement et de faire ces modifications d’urgence », affirmait Philippe Brun sur Franceinfo. La fédération des assureurs reconnaît auprès du Monde qu’accroître les moyens des SDIS est « une nécessité ». Mais France Assureurs prévient : la hausse de la taxe « aurait un impact direct sur le pouvoir d’achat des Français ». L’organisation recommande plutôt aux départements de consacrer aux SDIS une part plus importante de la taxe spéciale sur les conventions d’assurance qu’ils perçoivent déjà, ou de répartir différemment cette recette entre eux. En tout cas, « on ne coupera pas à un nouvel effort budgétaire de l’Etat, notamment pour l’acquisition de moyens aériens », estime-t-on à Départements de France. « C’est un sujet au cœur des travaux budgétaires », répond-on dans l’entourage du premier ministre, Sébastien Lecornu.