Revue de presse

Copie archivée
📄 Copie archivéeAbonné (cookies session)Reformaté pour la lecture — sans pub ni fioriture.Ouvrir l'original ↗

Le maire RN d'Orange annule un spectacle consacré au ...

Le Monde · 20/07/2026 · ← revue

« Je suis fou de rage pour mes choristes. Ce sont des passionnés, des bénévoles qu’on doit respecter. On n’annule pas un tel projet d’un simple claquement de doigts, c’est inadmissible ! » David Hardit ne décolère pas depuis que la mairie d’Orange (Vaucluse) a décidé d’annuler le spectacle « Queen Forever », qu’il devait produire le 4 septembre dans le Théâtre antique de la ville. Le producteur et fondateur de DH Management avait un rêve audacieux : sortir 650 choristes amateurs de leurs salles des fêtes habituelles pour les propulser sur l’une des plus prestigieuses scènes de France. Au programme, un hommage grandiose à l’énergie rock de Freddie Mercury (1946-1991), chanteur du groupe Queen et icône gay. Pour faire aboutir ce projet de stade, David Hardit s’était tourné il y a un an vers Yann Bompard. Un homme qui n’a franchement rien d’un enfant de chœur. Héritier politique du fief d’extrême droite bâti par son père, Jacques Bompard, le maire de l’époque gouverne la ville d’une main de fer, traînant au passage son propre lot de démêlés judiciaires. Condamné fin janvier 2026 à dix-huit mois de prison avec sursis et cinq ans d’inéligibilité pour avoir occupé un emploi fictif de collaborateur parlementaire, il ne pouvait pas se présenter aux municipales de mars. Déjà séduit par l’escale de la tournée « The Voice », produite par David Hardit, en 2025 au Théâtre d’Orange, Yann Bompard avait donné son accord sans hésiter : « Banco, ça va être génial, et gratuit pour tout le monde ! », rembobine le producteur. Un accord avec la ville est signé en février. Le contrat fixe le montant dû au producteur à 41 145 euros.

Raisons budgétaires

Mais entre-temps, le casting municipal a changé. Porté au fauteuil de maire, Jean-Dominique Artaud, l’ancien colistier de Yann Bompard investi par le Rassemblement national (RN), a décidé fin juin d’annuler l’événement en invoquant des raisons budgétaires, sans autres précisions. Après avoir tenté en vain de trouver d’autres solutions, David Hardit a contre-attaqué en saisissant en référé le tribunal administratif de Nîmes, qui tranchera le litige lors d’une audience fixée au 27 juillet. « Ces choristes bénévoles ont été mobilisés depuis plusieurs mois, ils ont participé à la préparation artistique et ont engagé, pour un grand nombre d’entre eux, des frais de transport, d’hébergement et de restauration », fait valoir David Hardit. Sur la base d’une estimation moyenne de 150 euros par choriste, les frais exposés ou susceptibles d’être perdus par les participants seraient évalués à ses yeux à 97 500 euros. Le contrat prévoyait certes différentes hypothèses de suspension, résolution ou résiliation liées notamment à la force majeure et à des circonstances empêchant la représentation. « Les raisons budgétaires invoquées par la commune ne figurent pas dans cette liste et ne constituent pas, en elles-mêmes, un cas de force majeure », précise David Hardit. Le nouveau maire d’Orange, Jean-Dominique Artaud, qui n’a pas répondu aux sollicitations du Monde, invoque dans La Provence une importante chute de pierres qui bloque une route de la ville depuis des mois et des travaux de déblaiement dont le coût s’élèverait à plus de 300 000 euros. Pour David Hardit, l’argument économique avancé par la nouvelle municipalité ne tient pas.

Message politique

Et de brandir une attestation signée que lui a fournie Yann Bompard début juillet. « Le spectacle produit par M. Hardit ne menace absolument pas les finances publiques de la ville d’Orange », écrit l’ancien élu, faisant valoir d’un excédent de près de 2 millions d’euros pour 2025 et une trésorerie de près de 10 millions d’euros. « Vu l’excédent budgétaire de la ville, je n’y crois pas. On ne parle pas d’un spectacle à 200 000 euros, mais à tout casser d’un coût de 80 000 euros pour la ville. J’ai dit au directeur de cabinet que j’étais prêt à trouver des solutions, y mettre de ma poche, raconte-t-il. C’est une décision arbitraire, prise sans passer par le conseil municipal. » Lui ne veut pas croire que la décision soit idéologique, motivée par l’homosexualité du chanteur Freddie Mercury. En sabrant à la dernière minute un événement hérité de l’ancienne équipe, la nouvelle majorité adresse néanmoins à ses yeux un message politique. « Je n’avais aucun a priori sur le RN, maintenant j’en ai un, dit David Hardit. Pour un parti qui s’appelle “rassemblement”, ça fait plus démembrement… » Les déprogrammations culturelles deviennent une habitude assumée dans les mairies administrées par le parti à la flamme. On l’a vu en avril avec le festival Jazz à Vauvert (Gard), privé de subventions par le nouveau maire RN, Nicolas Meizonnet, et contraint de se replier dans la commune voisine de Vergèze. On le voit à nouveau à Castres (Tarn), où le nouveau maire, Florian Azéma, vient d’annuler la pièce Passeport, d’Alexis Michalik, récit de parcours d’exilés. L’ironie de l’histoire ? Florian Azéma vient tout juste de nommer comme directeur de cabinet un certain Xavier Fruleux… un homme qui a fait ses armes auprès du clan Bompard à Orange.