Le maire d'Alès, Christophe Rivenq, exfiltré de son ...

Le maire d’Alès, Christophe Rivenq (Les Républicains, LR), sous protection policière depuis vendredi 17 juillet à la suite de menaces du groupe criminel DZ Mafia, a été exfiltré de son domicile lundi soir en raison de la remontée d’une nouvelle menace, a appris Le Monde mardi 21 juillet de source proche du dossier, confirmant une information du Parisien et de l’Agence France-Presse (AFP). « Nous nous sommes saisis des faits commis le 16 juillet [graffitis et cartouches retrouvées] et de l’exfiltration de cette nuit aux fins de protection de cet élu », a annoncé le Parquet national anticriminalité organisée. Le maire avait reçu jeudi dans une enveloppe deux balles de calibre 9 mm, signée du groupe criminel marseillais DZ Mafia, et des tags menaçants ont été écrits sur les murs de la clôture de sa maison. « C’est un acte d’intimidation du maire d’Alès mais, au-delà, de tous ceux qui luttent contre le narcotrafic, et on ne se laissera pas intimider », a assuré le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, qui s’exprimait en marge des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale. « C’était une menace d’action violente », a répété le ministre, soulignant qu’« il sera fait toute la lumière sur cette menace ». Lundi soir, des mesures de protection renforcées du maire avaient été prises, à la suite de menaces réitérées, à la demande de Laurent Nuñez, a déclaré au Monde et à l’AFP l’entourage du ministre. Ni le maire d’Alès ni le procureur de la ville du Gard n’ont répondu mardi aux sollicitations de l’AFP. Interrogé par l’AFP sur les intimidations de la semaine dernière, M. Rivenq avait confié n’avoir « jamais reçu des menaces de ce niveau ». « Cela montre que les actions que nous portons contre la DZ et le trafic de stupéfiants portent leurs fruits », avait estimé le maire, assurant : « Je ne me laisserai pas intimider. » Le service communication de la ville d’Alès a fait savoir à l’AFP que Christophe Rivenq ne souhaitait pas s’exprimer mardi. Il a ajouté que « la sécurité autour des bâtiments communaux a été renforcée ». Laurent Nuñez avait déclaré lundi « prendre très au sérieux les menaces visant l’élu », jugeant « très probable » qu’elles émanent effectivement de la DZ Mafia. « Alès, c’est un territoire qui est très convoité » par ce groupe criminel qui contrôle le narcotrafic à Marseille, avait ajouté le ministre sur France Inter. Il avait précisé qu’une protection du maire avait été mise en place, dont un bouton d’alerte qui lui permet de prévenir les forces de sécurité en cas de besoin. « Ce qui s’est passé est très grave, être un élu de la République c’est difficile (…). Alès n’est pas très loin de Marseille, quand les dealers ont épuisé Aix, puis Avignon, ils s’attaquent désormais à Nîmes puis Alès et après il y aura les petits villages. La justice et la police n’ont pas assez de moyens », a réagi l’ex-député du Gard et ex-maire d’Alès Max Roustan (LR), auprès de l’AFP.
Nombreux messages de soutien
Christophe Rivenq a reçu le soutien de nombreux élus de toute la France. Interrogé par Le Parisien, l’adjoint au maire de Marseille Amine Kessaci, lui-même vivant sous protection policière pour son militantisme antinarcotrafic l’exposant à des menaces, a assuré avoir appelé M. Rivenq pour exprimer son soutien. « Ce que cela dit, c’est qu’un groupe mafieux, un groupe de narcotrafiquants, s’en prend aujourd’hui à notre démocratie. On est dans une véritable guerre de démocratie », a-t-il estimé. Pour le président de l’Association des maires de France et des présidents d’intercommunalités, David Lisnard, « le combat contre le narcotrafic est une priorité absolue ». « Notre pays en est là : une mafia omniprésente, des maires en première ligne, voire en danger extrême », a-t-il déploré. Le candidat des Républicains à la présidentielle, Bruno Retailleau, a souligné sur X le « courage exemplaire » du maire LR, et appelé à ce que « la France entière » fasse « bloc face à la menace que constituent ces groupements mafieux ». « Soutien absolu au maire Christophe Rivenq. Reconnaissance à nos policiers qui sont intervenus et qui se mobilisent, tous les jours, toutes les nuits, pour éradiquer ce fléau », a pour sa part réagi le candidat Renaissance, Gabriel Attal. « Ce que vit aujourd’hui le maire d’Alès, Christophe Rivenq, doit faire prendre conscience à chacun de l’extrême gravité de la situation », a écrit Marine Le Pen sur X. A gauche, Raphaël Glucksmann (Place publique) a exprimé, toujours sur X, son « soutien total » à Christophe Rivenq. « En le ciblant, les narcotrafiquants s’attaquent à toute la République », a-t-il estimé, appelant à mener « une lutte de tous les instants » contre « ces mafias qui pourrissent nos villes et nos vies ». Message similaire du candidat « insoumis », Jean-Luc Mélenchon : « Le maire d’Alès mérite notre soutien au-delà des appartenances politiques. Le narcotrafic se positionne dans le monde entier comme un contre-pouvoir utilisant toutes les failles pour mettre la main sur le pouvoir », a-t-il écrit en appelant à « faire reculer l’offensive » en France. Devant la presse, le porte-parole du groupe socialiste à l’Assemblée, Arthur Delaporte, a plus largement exprimé son « soutien » à « l’ensemble des élus qui sont menacés par le courage et les convictions qu’ils tiennent, ou simplement dans le cadre de leur fonction, dans le maintien de la paix civile sur le territoire ». Depuis l’été 2025, la DZ Mafia a fait irruption à Alès, où elle tente, comme ailleurs, de supplanter les réseaux locaux. Au début de juin, un jeune homme de 18 ans a été tué par balle dans le quartier des Près-Saint-Jean, gangrené par le trafic de stupéfiants. C’est déjà dans ce quartier qu’à la mi-janvier un homme de 54 ans avait été tué par balle et un trentenaire blessé, près d’un point de deal. Quelques jours plus tôt, quatre jeunes arrivés de Seine-Saint-Denis avaient été la cible d’une rafale d’arme automatique dans le même quartier. L’un d’entre eux, âgé de 15 ans, avait reçu une balle dans la jambe. En octobre 2025, un Arlésien de 22 ans avait été tué sur le parking d’un fast-food à l’entrée de la ville, dans le cadre d’un règlement de comptes.