Le député LFI Sébastien Delogu dénonce un « harcèlement » après le dépôt d’une plainte pour outrage par des policiers

Plainte contre plainte. Sébastien Delogu, député « insoumis » des Bouches-du-Rhône, a saisi le procureur de la République de Marseille, mardi 25 août, dénonçant des faits « potentiellement qualifiables de violences volontaires » commis par une personne « se présentant comme un fonctionnaire de police ». Parallèlement, une plainte pour des faits d’outrage a été déposée par des agents contre le parlementaire marseillais, dont les relations avec les forces de l’ordre sont notoirement tendues. Le parquet a confirmé au Monde le dépôt de plainte par trois policiers contre Sébastien Delogu pour outrage, une enquête de flagrance a été ouverte. Les faits se sont déroulés lundi 24 août en début d’après-midi dans l’immeuble qu’habite Sébastien Delogu depuis près de deux ans dans le 2e arrondissement de la cité phocéenne. Le député rentrait chez lui après un déjeuner au restaurant avec son père. Dans sa plainte, il affirme qu’une personne se présentant comme un policier, mais refusant de montrer sa carte de fonctionnaire, l’a insulté et bousculé. Au Monde, il dénonce un « comportement bizarre et agressif ». Auditionné à son retour de mission, un des policiers assure de son côté que le parlementaire a fait obstruction à leur opération d’interpellation d’un voleur présumé « logé » dans la résidence, en « s’interposant physiquement » tout en les traitant de « fatigués » et de « trous du cul ». Le hall d’entrée de l’immeuble où habite l’élu de La France insoumise (LFI) est sous vidéosurveillance vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Les images enregistrées lundi, que le député a fait extraire et que Le Monde a pu consulter, ne montrent qu’une partie de l’événement. Un des trois policiers, arrivé à trottinette, est sur les lieux dès 14 h 55, selon l’horodatage vidéo. Tee-shirt noir, casquette portée à l’envers, lunettes de soleil et sac à dos, l’homme ne porte aucun signe distinctif de sa qualité. Il bloque le verrou électrique de la porte de la résidence trois minutes plus tard, en profitant de la sortie d’un habitant de l’immeuble. On le voit ensuite montrer un brassard rouge, extrait de sa poche, à un couple de personnes âgées visiblement peu rassuré par sa présence. Puis il patiente, téléphone portable en main. Sébastien Delogu n’apparaît que vingt minutes plus tard, à 15 h 16, portant un ordinateur. Un deuxième policier puis un troisième semblent arriver derrière lui. Le député s’apprête à refermer les deux volets de la porte restée ouverte lorsque le fonctionnaire, toujours statique à proximité de l’entrée, s’interpose. S’ensuit un dialogue d’apparence calme au début, mais qui se tend par la suite, si l’on en croit la gestuelle des deux hommes.
Des versions contradictoires
Les trois policiers pénètrent dans l’immeuble à la suite de Sébastien Delogu, qui disparaît de l’image. Dans sa plainte, le parlementaire explique alors avoir été victime d’insultes et de violences de la part d’un des agents. « Devant ses collègues, il m’a dit que j’étais “une merde”, que je “puais de la gueule” et qu’il était “normal que tout le monde me déteste”. (…) Il a alors appuyé son poing fermé contre ma poitrine et exercé une poussée violente », décrit-il dans son courrier à la préfète de police déléguée des Bouches-du-Rhône, Corinne Simon, qu’il dit avoir alerté par téléphone dès 15 h 22. Un appel que les services de la préfète ne confirment pas, au motif que l’enquête est confiée au parquet de Marseille. Côté policier, la version diffère. L’attitude du parlementaire LFI, qui « s’emporte verbalement », aurait poussé l’agent à « tendre le bras afin de garder une distance de sécurité ». « Pour calmer la situation, nous avons laissé M. Delogu prendre l’ascenseur », explique l’agent auditionné. L’incident ne semble toutefois pas avoir perturbé les trois policiers. Sur les images de la caméra de vidéosurveillance, on les voit ressortir sans précipitation, aller garer leur trottinette, et rester bloqués un temps à l’extérieur, car la porte s’est refermée derrière eux. Puis, étonnamment, ils prennent le temps d’aider une jeune femme à porter une télévision jusqu’à l’ascenseur, avant de monter avec elle dans les étages. A 15 h 31, ils quittent l’immeuble tranquillement, encadrant un quatrième homme. Un second extrait vidéo, filmé cette fois par Sébastien Delogu et diffusé par BFM-TV, montre un moment plus tendu, qui se serait déroulé dans l’intervalle. Dans le couloir menant à son appartement au 14e étage, le député interpelle l’agent avec qui il a échangé au rez-de-chaussée, et l’avertit qu’il a prévenu la préfète de police. Ce dernier semble le traiter de « trou du cul », puis referme brutalement une porte devant le parlementaire, qui le poursuit en réclamant qu’on lui montre une carte de police. Un des trois agents s’exécute. La suite des échanges n’est pas visible. Selon les policiers, l’interpellation du suspect, dans l’appartement voisin de Sébastien Delogu, s’est ensuite déroulée sans incident. Ils n’ont plus eu affaire à l’élu, rentré à son domicile.
« Tout est fait pour me salir »
« Les images de surveillance montrent qu’un des policiers était devant le bâtiment vingt minutes avant mon arrivée. Des voisins m’ont averti qu’ils étaient déjà présents à mon étage le matin. Pourquoi m’ont-ils attendu pour entrer dans l’immeuble et intervenir ? », interroge l’ancien candidat à la mairie de Marseille. « Tout est fait pour me salir, alors que j’essaie d’être le plus discret possible et de me concentrer sur mon travail de député. C’est du harcèlement », s’indigne-t-il. Pour le responsable de la zone sud du syndicat Unité-Police-FO, c’est l’ancien candidat à la mairie de Marseille qui est venu « faire son show ». « Il savait que des policiers étaient là, car une voisine lui a passé au téléphone un des collègues qui faisaient l’enquête de voisinage, le matin », assure-t-il. Un fait que Sébastien Delogu confirme : « Je lui ai dit que cela ne me concernait pas et que j’étais ravi qu’il fasse son travail. Et j’étais passé à autre chose. » Pour expliquer son attitude, l’élu rappelle qu’il est régulièrement menacé de mort. « On peut comprendre que je me montre méfiant avec trois hommes qui sont dans mon hall et ne veulent pas s’identifier comme policiers », détaille-t-il. En juillet, un ancien militaire a été condamné à un an de prison dont six mois ferme parce qu’il avait promis sur Instagram d’administrer au député « la rouste de sa vie ». L’événement ajoute un épisode au long feuilleton des incidents judiciaires touchant le député marseillais. En février 2025, il a été condamné à 5 000 euros d’amende, jugé coupable d’avoir assené un coup de pied à un proviseur adjoint lors d’un blocage de lycée. En mai 2026, le parquet de Marseille a ouvert une enquête pour violences aggravées contre un automobiliste qui aurait menacé le parlementaire à un feu rouge. En octobre, Sébastien Delogu doit comparaître devant le tribunal correctionnel pour recel de vol de documents dans une affaire au sujet de laquelle il dit avoir simplement dénoncé des malversations, comme son statut de député l’impose. Mise à jour du mardi 26 août à 19 h 25 : ajout de la réaction du parquet concernant le dépôt de plainte par des policiers contre Sébastien Delogu