« Le cœur à gauche, le portefeuille à droite » : dès 2018, un élu communiste épinglait la confortable rémunération de Bally Bagayoko

« Le cœur à gauche, le portefeuille à droite » : dès 2018, un élu communiste épinglait la confortable rémunération de Bally Bagayoko À la fin de la période 2011-2014, l’actuel maire de Saint-Denis cumulait un revenu annuel de 112.769 euros, soit environ 9400 euros par mois.
Bally Bagayoko, figure de la France insoumise (LFI) et actuel maire de Saint-Denis, est visé par une enquête du parquet national financier (PNF) pour «détournement de fonds publics, recel et concussion» après une plainte déposée par l’association «AC!! Anti-Corruption» que Le Figaro a pu consulter. Bally Bagayoko aurait cumulé simultanément un emploi de cadre à temps plein à la RATP depuis 2001 - qui lui aurait rapporté jusqu’à 6000 euros par mois -, tout en exerçant des fonctions d’élu local, en l’occurrence adjoint au maire de Saint-Denis, de 2002 à 2020, et vice-président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, de 2008 à 2015. Le parquet national financier souhaite «procéder aux vérifications utiles concernant les conditions d’emploi de Monsieur Bally Bagayoko au sein de la Régie Autonome des Transports Parisiens (RATP)». Selon la plainte d’AC!! Anti-Corruption, les infractions pénales susceptibles d’avoir été commises sont les suivantes : détournement de fonds publics, prise illégale d’intérêts et manquement à la probité. L’enquête du PNF dira si ce cumul est conforme à la loi et quelle était la réalité du travail de Bally Bagayoko à la RATP. Le maire de Saint-Denis reste présumé innocent à ce stade.
«Une question d’éthique et de morale»
Dès 2018, dans un post de blog toujours en ligne et intitulé «Le cœur à gauche et le portefeuille à droite», un élu communiste, Philippe Caro, épinglait la confortable rémunération de Bally Bagayoko. L’élu, qui n’évoquait pas la dimension légale mais plutôt l’aspect «éthique», se basait sur la déclaration d’intérêts signée par Bally Bagayoko en 2016. Le document, que Le Figaro a consulté, a été publié sur le site de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). À la fin de la période 2011-2014, Bally Bagayoko y déclarait la rémunération annuelle suivante : 51.447 euros émanant de la RATP, 45.500 euros du conseil départemental de Seine-Saint-Denis et 15.822 euros de la ville de Saint-Denis. Si l’on en croit cette déclaration, son revenu annuel à la fin de cette période s’élevait donc à 112.769 euros. Cela représente environ 9400 euros mensuels : 5100 euros en provenance de ses mandats électifs et 4300 euros de la RATP. Ces sommes sont vraisemblablement exprimées en net puisque le guide de la HATVP demande aux déclarants d’inscrire leurs revenus nets. «Peut-il y avoir un élu qui gagne annuellement plus de 110.000 euros, dont plus de 54% d’indemnités liées à un mandat électoral, dans une ville comme Saint-Denis ? La réponse est oui !», s’indignait Philippe Caro sur son blog, tout en relevant que le niveau de vie médian dans la commune est de 12.266 euros annuels. «Ce dont il est question ici c’est d’éthique et de morale. Car quand on gagne plus à être élu qu’à ne pas l’être, une question est légitime : pourquoi désire-t-on être réélu ? Pour le “bien public” ? Ou plus prosaïquement pour ne pas avoir une perte importante de ses revenus ?», questionnait encore l’élu communiste.
Doublement de l’indemnité d’élu municipal
En mars 2015, Bally Bagayoko perdait son indemnité de vice-président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis après sa défaite aux élections départementales. Une réévaluation des indemnités des élus arrive alors sur la table du conseil municipal de Saint-Denis. Le 25 juin 2015, le conseil municipal vote une augmentation des indemnités de ses élus, dont le quasi-doublement de celle de Bally Bagayoko. Cette hausse figure sur la déclaration d’intérêts de l’intéressé signée en 2016 : «L’indemnité initiale de fonction (maire adjoint de Saint-Denis, NDLR) en avril 2014 était d’environ 1583 euros brut. Depuis décembre 2015, l’indemnité a été revalorisée à environ 3183 euros brut mensuels», peut-on y lire. Contacté par Le Figaro, Philippe Caro indique avoir refusé de voter cette augmentation. Selon lui, le maire communiste d’alors, Didier Paillard, aurait décidé de «passer en force» pour faire adopter la hausse de l’indemnité municipale de Bally Bagayoko. La question aurait été abordée en toute fin de séance, vers 4 heures du matin. Mais le quorum n’aurait alors pas été atteint, ce qui a empêché le vote, selon Philippe Caro. La hausse de la rémunération de Bally Bagayoko est finalement intervenue un peu plus tard, en décembre, comme il l’indique lui-même dans sa déclaration d’intérêts. Quelques mois plus tard, en avril 2016, Philippe Caro, conseiller municipal PCF en charge du logement, perdra sa délégation, comme le relate à l’époque un article du Parisien . «Je pense qu’ils m’ont fait payer ma prise de position», estime-t-il avec le recul. En juin 2015, lors de son vote au conseil municipal, Philippe Caro savait que Bally Bagayoko était employé par la RATP. C’était alors un secret de Polichinelle à Saint-Denis. Mais il n’était pas au courant du montant de la rémunération annuelle de Bally Bagayoko. Il en prendra connaissance bien plus tard, en 2018, ce qui donnera lieu à la rédaction de son post de blog empreint d’indignation. «J’ai frémi en découvrant les chiffres. Quand on fait l’addition, ça fait beaucoup», se souvient-il. «Je n’ai aucun moyen de dire que c’était illégal. Je ne suis ni enquêteur ni juge. Mais pour moi, ce n’est pas acceptable d’un point de vue moral et éthique», persiste encore aujourd’hui Philippe Caro. «Il n’y a pas de raison de s’appauvrir en étant élu. L’indemnité est là pour compenser la perte de revenus dans son travail. Mais pour moi, on ne doit pas s’enrichir en étant élu. Étant de gauche, ça me choque d’autant plus», poursuit-il. Avant de conclure : «Quand je paie mon passe Navigo, c’est pour être transporté, pas pour financer des indemnités d’élus».