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La gestion controversée du gouvernement face aux « incendies XXL »

Le Monde · 27/07/2026 · ← revue

Si les sapeurs-pompiers ont parfois semblé à bout de forces dans leur combat contre l’incendie monstre qui ravage la Gironde depuis le 22 juillet, le gouvernement et ses représentants n’ont, en revanche, jamais été à court de superlatifs pour le qualifier. Un « mégafeu », un « incendie XXL », un « ogre » : l’énormité du brasier n’a pas manqué d’être mise en avant par les autorités. « C’est une situation totalement inédite, décrivait ainsi le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, le 24 juillet, on n’avait jamais vu ça, un feu convectif de cette ampleur ». Face aux « incendies dévastateurs » en France et en Espagne, le pape Léon XIV lui-même a invité les fidèles, dimanche 26 juillet, à « prier pour les personnes touchées et pour le travail des secouristes ». De fait, le feu, qui a consumé 42 000 hectares et réduit en cendres 240 habitations – un bilan qui pourrait s’alourdir dans les jours qui viennent – apparaît d’ores et déjà comme l’un des plus importants recensés en France depuis la seconde guerre mondiale. A titre de comparaison, le grand incendie qui avait embrasé la forêt des Landes de Gascogne en 1949, le plus meurtrier jamais survenu dans le pays, avait brûlé environ 50 000 hectares. Emmanuel Macron a pris la mesure du sinistre dans la nuit du 23 au 24 juillet, annonçant, sur X, qu’il avait demandé l’activation du mécanisme de protection civile de l’Union européenne. « Nous allons pouvoir compter rapidement sur le renfort de deux Canadair croates, de deux Air Tractor portugais ainsi que de deux hélicoptères lourds Black Hawk tchèque et slovaque », se félicitait-il. La Roumanie, l’Allemagne, la Suède et la Suisse ont également répondu à l’appel, dépêchant dans le Sud-Ouest des moyens aériens ou humains pour combattre le feu. Vendredi, alors que les autorités locales s’inquiétaient pour Bordeaux, le chef de l’Etat demandait aux armées « de se mobiliser pour venir en renfort maximal de la sécurité civile » et au premier ministre, Sébastien Lecornu, d’activer la cellule interministérielle de crise. « Les incendies qui frappent notre pays ont atteint un niveau inédit, écrivait ce dernier sur X à l’issue de la réunion, les spécialistes de la sécurité civile n’avaient encore jamais été confrontés à un tel phénomène. » Le chef du gouvernement était décidé d’envoyer en Gironde 500 militaires supplémentaires, huit nouvelles unités de forces mobiles de la police et de la gendarmerie et 1,5 million de masques FFP2. Depuis, la cellule de crise se tient quotidiennement, réunissant les ministres de l’intérieur, des armées, de la santé, des transports et de l’environnement. « Face à une situation historique, la mobilisation est elle aussi historique », vantait Sébastien Lecornu le 25 juillet, précisant que « 1 400 pompiers, 1 500 militaires et 1 700 forces de sécurité intérieure sont désormais engagés » dans le Sud-Ouest.

La question des moyens aériens

Mais sur les chaînes d’information tournent en boucle les images de maisons calcinées et de « soldats du feu » impuissants, épuisés par une « lutte acharnée » contre les flammes. Comparé à l’incendie de Landiras en 2022, le troisième plus grand de l’histoire de France récente, celui-ci s’avère plus rapide et plus puissant. Le chef du gouvernement – et ancien ministre de la défense – sort alors de sa manche une nouvelle carte : l’A400M, un avion de transport militaire qui se transforme aisément en combattant du feu, au moyen d’un kit de largage développé par Airbus Espace. La décision d’un test grandeur nature avait été annoncée le 10 juillet, bien avant le début des incendies de Gironde, par le directeur de la sécurité civile, Julien Marion. A Matignon, Sébastien Lecornu « stresse toute la machine », rapporte un proche, pour que l’A400M soit opérationnel le 25 juillet. « Nous sommes allés chercher [le kit de largage] en Espagne », expliquait, dimanche, la ministre des armées, Catherine Vautrin, dans Le Parisien. Dès le 25 juillet dans la matinée, Sébastien Lecornu annonce que l’A400M sera déployé pour la première fois, l’après-midi même. Le largage de retardant sur le massif de résineux, spectaculaire, est retransmis en direct à la télévision. Une « première nationale, voulue et accélérée par le premier ministre », souligne le lendemain la préfète de la Gironde, Sophie Brocas. Mais qui relève, pour certains élus locaux, de l’opération de communication. « L’A400M à lui seul n’éteindra pas le feu, souligne la députée (Parti socialiste, PS) de Gironde Marie Récalde, membre de la commission de la défense à l’Assemblée nationale. Même si c’est le couteau suisse de l’armée de l’air, ce n’est pas le chevalier blanc ». « On ne communique pas sur un événement pareil », déplore pour sa part Laurent Peyrondet, maire de Lacanau, commune en lisière de l’incendie. L’avion militaire, qui devait de nouveau entrer en action dimanche, n’est pas réapparu dans le ciel girondin. Mais la polémique s’est surtout cristallisée sur les moyens aériens de la sécurité civile mobilisés sur cet incendie. Au total, quatre Canadair, deux Dash, huit avions Air Tractor et trois hélicoptères bombardiers d’eau ont été déployés en Gironde. « Au regard de l’ampleur qu’a pris cet incendie, il aurait fallu beaucoup plus de moyens aériens et beaucoup plus tôt », juge le président (PS) du conseil départemental, Jean-Luc Gleyze.

« Nous avons changé de monde »

Emmanuel Macron se targuait pourtant, le 16 juillet, au lendemain de l’incendie de Fontainebleau (Seine-et-Marne), d’avoir investi depuis 2017 « plus de 1,5 milliard d’euros pour renforcer les moyens de la sécurité civile ». « Deux nouveaux Canadair seront livrés en 2028 », puis « deux autres appareils » en 2032, assurait encore, samedi, Laurent Nuñez. Mais il est apparu que sept Canadair sur douze sont aujourd’hui opérationnels sur le territoire français, les cinq autres étant en maintenance. « On fait de la maintenance pour sécuriser nos pilotes », justifiait dimanche soir M. Nuñez sur France 2, ajoutant que « 95 % des feux se combattent de manière terrestre » et que le « taux de rotation des Canadair a été multiplié par trois par rapport à l’an passé ». « Mais il faudra sans doute adapter au fur et à mesure la doctrine, convenait le ministre. Ce qui change tout, c’est l’étalement géographique des feux », avec un risque incendie qui concerne désormais l’ensemble du territoire hexagonal. « Le dérèglement climatique produit des phénomènes nouveaux, nous avons changé de monde, analyse également M. Gleyze. Ces incendies vont devenir de plus en plus fréquents et surdimensionnés. » Leurs conséquences également. Le gouvernement réunira, lundi 27 juillet, en urgence les professionnels du tourisme, de l’énergie, des télécoms et des assurances autour des ministres de l’économie, Roland Lescure, et du commerce, Serge Papin, pour « faire un premier point de situation, identifier les besoins prioritaires et assurer la continuité de l’activité économique dans les territoires touchés », a annoncé Bercy. « Nous reconstruirons, nous réparerons et nous serons présents aussi longtemps qu’il le faudra », promettait, samedi, Emmanuel Macron. Il présidera lui-même ce lundi la quatrième cellule de crise consacrée à cet incendie.