« Je serai ton premier matelot » : à Tourcoing, Gérald Darmanin et Edouard Philippe mettent en scène leur alliance pour la présidentielle

Des frites, quelques gouttes de pluie et un invité vedette. Pour sa traditionnelle rentrée politique à Tourcoing, Gérald Darmanin a reçu dimanche Edouard Philippe dans son fief du Nord. C'est la première fois que les deux hommes s'affichaient ensemble depuis le soutien apporté mi-août par le ministre de la Justice au candidat Horizons à l'Elysée. « Aujourd'hui, la seule personne qui peut gagner l'élection présidentielle et avoir une majorité parlementaire, c'est Edouard Philippe », a déclaré Gérald Darmanin après avoir enfilé un tablier et servi des frites aux côtés du maire du Havre (Seine-Maritime). Le ralliement du garde des Sceaux à ce dernier est une pierre de plus au grand rassemblement de la droite et du centre censé conduire l'ex-Premier ministre à la victoire en 2027. Mais son soutien n'est pas un chèque en blanc, a tenu à rappeler Gérald Darmanin, qui souhaite faire entendre sa ligne sociale pour peser sur une ligne trop libérale à son goût.
Pas d'immigration zéro
Amis de longue date, le Normand et le Nordiste cultivent certaines différences programmatiques. Dans un entretien accordé à « La Voix du Nord », Gérald Darmanin avait notamment invité Edouard Philippe à « être plus à l'écoute de la frustration sociale et des difficultés sociales de nos compatriotes ». Il avait aussi rappelé son opposition à un recul de l'âge de départ à la retraite à 67 ans, une possibilité évoquée par l'ancien Premier ministre, et à durcir le ton « sur les questions de sécurité et d'immigration ». « Ces réformes et ces efforts, il faut les faire en écoutant les émotions populaires. C'est le peuple qui doit comprendre pourquoi il fait ces efforts », a affirmé dimanche Gérald Darmanin face à un millier de personnes, selon son mouvement Populaires, dont une soixantaine de parlementaires et plusieurs membres du gouvernement ralliés à Edouard Philippe. « Il n'y a pas d'opposition entre le travail et la solidarité », a-t-il aussi ajouté. VIDEO - Comment les candidats de la présidentielle financent-ils leurs campagnes ? « J'ai entendu tes attentes, cher Gérald », lui a répondu Edouard Philippe. « Tu peux en être convaincu, mon projet retraite sera responsable pour tous », a-t-il insisté, sans s'attarder davantage sur le sujet. « Je pense qu'il faut reprendre le contrôle de nos frontières. Je ne promets pas l'immigration zéro, sauf là où c'est nécessaire, comme à Mayotte », a également déclaré Edouard Philippe, alors qu'il avait affirmé la veille s'opposer à un moratoire général sur l'immigration légale, rejetant ainsi une proposition-phare de Gérald Darmanin.
Recomposition politique
« Avoir des avis différents, c'est sain dans une équipe. C'est sain dans une famille. C'est sain en démocratie », a ensuite avancé Edouard Philippe, louant « la richesse intellectuelle » des différentes droites (gaullistes, bonapartistes, sociales ou libérales). « Cette diversité est une chance. A condition de savoir rassembler », a-t-il ajouté, visant en filigrane le candidat des Républicains, Bruno Retailleau, à la peine dans les sondages, qu'il aimerait bien voir le rejoindre. Dans l'ensemble, la tonalité du discours de l'ex-Premier ministre était davantage tournée autour de la nécessité d'un rassemblement de la droite et du centre. Une manière de mieux valoriser la récente série de ralliements en sa faveur - ce dont ne bénéficie pas son rival Gabriel Attal -, tout en continuant d'apparaître comme celui susceptible de fédérer autour de sa candidature. Depuis le jardin botanique de Tourcoing, Edouard Philippe a ainsi de nouveau expliqué vouloir opérer une « recomposition politique » en 2027. « Nous devons construire le rassemblement de ceux qui partagent les valeurs auxquelles nous sommes fondamentalement attachés », a-t-il déclaré, évoquant entre autres « l'attachement à la construction européenne », « le choix d'une économie de marché », « l'école du mérite » ou « le respect de l'Etat de droit ». « Tous ceux qui se retrouvent dans ces idées simples, tous ceux-là doivent se rassembler pour que nous ne basculions ni dans la soi-disant 'nouvelle France' de LFI, ni dans l'identitarisme nationaliste et gauchisant de Madame Le Pen », a lancé le candidat à l'Elysée. « L'enjeu du rassemblement, c'est à court terme de se qualifier au premier tour, à moyen terme de gagner le second, et à long terme de pouvoir gouverner pour conduire des réformes », prolonge l'ex-ministre et maire d'Angers (Maine-et-Loire) Christophe Béchu, qui dirige sa campagne. Sans « refaire l'UMP », le président d'Horizons a aussi indiqué son souhait de construire un « nouveau parti » ou une « nouvelle confédération de partis » qui doit permettre « à tous ceux qui veulent unir leurs forces au service du pays de gouverner ensemble », avec des « candidats uniques » aux législatives. Gérald Darmanin aura « un rôle central » dans cette recomposition, a-t-il ajouté. Filant la métaphore autour du maire du Havre, cité portuaire, Gérald Darmanin a de son côté qualifié Edouard Philippe de « capitaine de bateau » qui allait « nous amener au port ». « Je serai heureux d'être ton premier matelot ! », a conclu le garde des Sceaux sous les applaudissements des siens.