« Je passe la matinée à la radio » : la double vie d'Olivier Fabre, maire de Mazamet et mordu des ondes - Les Echos

Son agenda est chargé et son organisation au cordeau. « Je passe la matinée à la radio et je fais mon activité d'élu de la mi-journée au soir tard en travaillant douze heures par jour, et je suis au contact des habitants le week-end », raconte Olivier Fabre, président de 100 % Radio et maire LR de Mazamet,une ville de 10.000 habitants dans le sud du Tarn, depuis 2014. Cet homme enjoué de 53 ans préside aussi depuis le 20 avril la communauté d'agglomération de Castres Mazamet. Car l'élection d'un maire RN à Castres, Florian Azéma, a provoqué l'union des 13 autres municipalités pour éviter qu'il préside l'agglomération. Le maire de Mazamet a donc été élu, de peu, à la tête de cette intercommunalité de plus de 78.000 habitants. C'est la première fois que Castres, qui concentre 55 % des habitants, ne la préside pas. Olivier Fabre s'attache à rassurer les Castrais et laisse une grande autonomie aux vice-présidents.
Un million d'auditeurs
Mais sa première passion reste la radio. « Enfant, j'étais plus intéressé par les postes que par les camions de pompiers », dit-il. Ce mordu des ondes a créé sa première radio au lycée et fait des remplacements de journaliste sur RFM pendant ses études à Sciences Po Toulouse entre 1992 et 1996. A la sortie, il a préparé son dossier de candidature à une fréquence FM. Trois ans plus tard, il a pu créer en 2000 avec son associé Jacques Irribaren « 100 % Radio, les tubes et l'info », une radio musicale au contenu généraliste local sur le bassin de Castres Mazamet. Les deux fondateurs ont investi leurs économies dans le matériel et attiré 20.000 auditeurs la première année, accédant à la publicité nationale des Indés Radio. 100 % Radio a obtenu ensuite d'autres fréquences à Carcassonne, Albi, Tarbes, Montauban, Auch, Foix, Pau, Agen… Elle a changé de taille en rachetant Radio Catalogne Nord en 2017 et en s'implantant à Toulouse en 2018. Le réseau revendique un million d'auditeurs par mois sur 40 fréquences FM et 6 DAB + dans 15 départements du Sud-Ouest. Il a réalisé un chiffre d'affaires de 5 millions d'euros en 2025 et emploie 40 salariés en mutualisant les programmes. Pendant treize ans, Olivier Fabre a animé la tranche matinale en alternant les informations et l'animation. Il a arrêté en 2013 pour se présenter à l'élection municipale à Mazamet. Mais il fait toujours la programmation musicale et gère les relations avec l'Arcom, le régulateur, pour obtenir des fréquences. Pourquoi est-il entré en politique ? « J'ai trouvé les études à Sciences Po passionnantes, raconte-t-il. Puis j'ai été sollicité pour me présenter à la mairie parce que la ville était en train de s'endormir et je n'ai pas pu me résoudre à la voir décliner. »
Seul candidat
Mazamet a perdu 5.000 emplois et 6.000 habitants entre 1970 et 1990 avec la chute du délainage. Pour endiguer le déclin, Olivier Fabre a fait campagne sur le thème de « Mazamet ville vivante » et a été élu dans une quadrangulaire. Deux mandats plus tard, il assure que « la ville a rebondi ». « Nous avons redonné vie au centre-ville, attiré des commerces, aménagé une halle et sécurisé le centre avec des caméras et la police municipale », plaide-t-il. Son aménagement phare est la construction, en 2008, d'une grande passerelle piétonne reliant Mazamet au village médiéval de Hautpoul, au-dessus de la gorge de l'Arnette, qui attire 120.000 visiteurs par an. « Ça a changé l'image de la ville », jure-t-il. Le travail en entreprise m'a aidé à être plus efficace à la mairie et la vie publique m'a apporté une capacité à gérer les dossiers.
Olivier FABRE, maire de Mazamet
A tel point qu'Olivier Fabre a été le seul candidat aux municipales de 2020 et 2026, alors que le RN a obtenu 37,5 % à Mazamet aux européennes de 2024. « Nous avons un bon bilan et nous avons fait un travail consensuel », avance l'édile, qui assure ne pas s'être servi de la radio pour mener campagne. « Les opposants à l'autoroute A69 Toulouse-Castres ne peuvent pas se plaindre de 100 % Radio », affirme ce défenseur de l'autoroute. Il juge ses deux activités complémentaires : « Le travail en entreprise m'a aidé à être plus efficace à la mairie et la vie publique m'a apporté une capacité à gérer les dossiers ». Olivier Fabre consacre plus de temps à la politique depuis qu'il préside la communauté d'agglomération, où il se familiarise avec les dossiers d'économie et d'aménagement du territoire. Il doit gérer la survie de l'aéroport car l'Etat et la région Occitanie ne financeront plus la ligne unique Castres-Paris à partir d'octobre. Il lui reste peu de temps pour ses loisirs, la course à pied et les week-ends à la mer avec sa compagne. Ce nouveau mandat lui donne d'autres ambitions : « Je ne m'interdis pas de me présenter à Castres dans six ans car je ne peux pas me désintéresser de la ville en tant que président de l'agglomération… »