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« Je me projette » : derrière les provocations, les nouvelles ambitions de Bally Bagayoko

Le Figaro · 02/10/2026 · ← revue

« Je me projette » : derrière les provocations, les nouvelles ambitions de Bally Bagayoko INFO LE FIGARO - En première ligne du mouvement lycéen, le maire LFI de Saint-Denis-Pierrefitte se dit « en campagne permanente » et n’exclut rien pour l’avenir, y compris d’incarner l’après-Mélenchon.

Le poing levé et le sourire éclatant, Bally Bagayoko est porté à bout de bras par la foule de lycéens en délire, comme une rock star au milieu de ses fans. « Bally ! Bally ! Bally ! », acclament-ils. Les téléphones brandis enregistrent la scène et diffusent le plébiscite en direct sur les réseaux sociaux, où de nombreux internautes le proclament « meilleur maire du monde ». Ce lundi, le premier édile de Saint-Denis et Pierrefitte-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) s’est rendu devant le lycée Paul-Éluard de sa ville. L’établissement est bloqué par des élèves qui s’offusquent de la vétusté des lieux et du manque de personnel, prenant part à un mouvement de contestation national qui a marqué la semaine qui s’achève. « Je suis venu pour apporter mon total soutien aux revendications légitimes, en phase avec les valeurs de la République », clame l’élu de La France insoumise. Bally Bagayoko ne se contente pas d’une brève visite et puis s’en va. Toute la semaine, le quinquagénaire en costume-cravate s’interpose physiquement entre les forces de l’ordre et les manifestants pour essayer de calmer les ardeurs. « On est là pour participer à faire en sorte que tout se passe au mieux. On sait que les esprits se sont un peu échauffés. J’ai moi-même pu constater des débordements de part et d’autre, y compris venant de la police nationale. (…) Il en amène à chacun d’entre nous d’appeler bien sûr à l’apaisement », explique-t-il lundi devant le lycée. L’aisance naturelle de l’ancien éducateur sportif au milieu des adolescents attire à lui les grands médias nationaux qui se sont pressés à Saint-Denis. À l’appel de Jean-Luc Mélenchon, des dizaines d’autres élus Insoumis ont suivi l’exemple de Bally Bagayoko les jours suivants. » LIRE AUSSI - Blocage des lycées : aux avant-postes de la contestation, le jeu trouble de Bally Bagayoko et des Insoumis Les hasards du calendrier avaient déjà mis en scène l’élu dionysien trois jours plus tôt, au Stade de France, le soir de la venue du pape Léon XIV. Toutes les caméras étaient braquées sur cet événement historique. Le maire a pu rencontrer le souverain pontife et assister à la veillée des jeunes depuis les gradins. C’était la seule grande personnalité de gauche à avoir manifesté son enthousiasme lors de cette visite. « Je suis ému d’entendre des mots comme “solidarité”, lorsque le pape évoque la situation difficile dans laquelle les gens sont. La question de la fraternité en toutes circonstances, cela me parle », a déclaré l’élu Insoumis dans une intervention remarquée sur BFMTV. « J’ai grandi avec des chrétiens, des musulmans, des juifs. C’est mon histoire et ce n’est pas parce que je suis entré en politique et que je suis maire d’une grande ville que je vais renoncer à cette histoire. Je déteste les postures politiques », indique-t-il au Figaro.

Symboles républicains passés à l’as

Derrière les beaux discours et les images idylliques, Bally Bagayoko s’illustre aussi par quelques ambiguïtés. Devant le lycée, mardi, l’Insoumis explique que « la violence peut être légitime ». L’élu précise tout de go que « chaque fois qu’on peut l’éviter, c’est mieux », mais le mal est fait. Le préfet de police de Paris a saisi la justice pour « provocation à commettre un délit », dans un contexte où les violences se multiplient aux abords des lycées bloqués, tandis que la classe politique s’indigne. Avant l’été, une autre sortie hasardeuse lui avait valu un tombereau de reproches, cette fois au sujet de l’hymne national. « Siffler La Marseillaise quand la France se déshonore par ses actes à l’international, c’est un droit à la réplique populaire », avait affirmé l’Insoumis dans la presse. Face aux critiques, il avait tenté de justifier sa position : « Expliquer un phénomène n’a jamais signifié l’encourager. Chercher à comprendre pourquoi, dans certaines circonstances exceptionnelles, La Marseillaise est sifflée relève de l’analyse et de la réflexion, pas de l’incitation. » Un argument qui ne convainc pas l’un de ses homologues. « C’est oublier qu’il est élu de la République et pas un intellectuel », tance ce maire de droite, qui rappelle une sortie de Bally Bagayoko sur « l’insurrection populaire », ou son geste consistant à décrocher le portrait du président de la République dans son bureau, autre symbole républicain passé à l’as. Je ne suis pas de la génération de Jean-Luc Mélenchon. Je n’étais pas au Parti de gauche. Je n’étais pas là à la création du mouvement

Bally Bagayoko

Tant pis si ses prises de position radicales lui valent d’être particulièrement ciblé, l’Insoumis s’accommode des rançons de sa gloire nouvelle. « Bally Bagayoko, personne ne le connaissait avant les municipales ! LFI a ce don de raconter une histoire qui parle de la vie des gens », observe une écologiste pas franchement mélenchonâtre. Le maire de Saint-Denis, s’il apporte un soutien plein et entier au candidat Mélenchon dans la campagne présidentielle, ne correspond pas du tout à l’archétype du cadre Insoumis. Une position dont il se réclame. « Je ne suis pas de la génération de Jean-Luc Mélenchon. Je n’étais pas au Parti de gauche. Je n’étais pas là à la création du mouvement. Je suis à LFI depuis 2017, surtout par opportunité, parce que le PCF, dont j’étais l’allié, ne m’a pas donné ma chance », assumait-il dans un entretien au Monde après son élection. Presque un crime de lèse-majesté dans un mouvement au fonctionnement monarchique. Une façon aussi de marquer sa différence, alors que la question tabou de la succession de Jean-Luc Mélenchon se pose de façon de plus en plus pressante.

Méfiance pour les baronnies

« Bagayoko est aujourd’hui beaucoup plus médiatique que Mélenchon, qui apparaît souvent tendu et raide. Le maire de Saint-Denis montre, au contraire, de la décontraction et de la spontanéité. Il provoque la sympathie. Mais LFI ne peut rien faire. C’est la conséquence de leur instrumentalisation de ces figures de leur “Nouvelle France”. Ils font image, mais cette image a son autonomie », décrypte un ancien compagnon de route du fondateur de LFI. À ceux, nombreux, qui l’imaginent déjà président de la République en 2027, Bally Bagayoko répond par la prudence. « Je n’ai pas les compétences pour devenir président de la République et être candidat à moins de moins huit mois de l’élection. Je ne vais pas m’inventer de vie, je suis pragmatique, mais je sais pouvoir mettre mon énergie, ma vision, ma détermination au service du candidat pour qu’il puisse gagner », assure-t-il. À plus long terme, en revanche, l’étoile montante du mouvement ne s’interdit rien : « Je veux être prêt au moment où l’opportunité se présente. Du coup, je me projette, je suis en campagne permanente. » » LIRE AUSSI - «La cocotte-minute bout très fort» : Jean-Luc Mélenchon se présente en porte-voix de l’«exaspération» des Français Pour entretenir sa bonne cote, le maire de la deuxième plus grande ville d’Île-de-France après Paris n’hésite pas à reprendre à son compte les méthodes de son aîné, avec qui il échange régulièrement. Bally Bagayoko a par exemple lancé sur ses réseaux sociaux l’émission « Allô Bally », pastichant le format « Allô Mélenchon », pour répondre aux questions des internautes. « Mélenchon se méfie de tout le monde par nature, mais j’imagine qu’il a un œil particulièrement vigilant sur Bagayoko », indique une personnalité qui le connaît bien. Le fondateur de LFI a conservé de ses trente années au Parti socialiste une méfiance vis-à-vis des barons locaux, toujours prompts à se rebiffer contre le pouvoir central. Raison pour laquelle il a longtemps rechigné à s’investir pleinement dans les élections municipales. L’exemple de Bally Bagayoko, au crépuscule de sa carrière publique, pourrait bien donner raison à la prudence du Sioux.