Revue de presse

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Interruption du concert de Barbara Butch à Grenoble : la maire écologiste, Laurence Ruffin, dénonce la « stratégie d’intimidation » des « insoumis »

Le Monde · 21/07/2026 · ← revue

Tout est parti d’une délibération sur le prêt de racks à vélos. Le 26 mai, au milieu de sept longues heures de réunion, le conseil municipal de Grenoble doit statuer sur ce point très technique pour disposer de rangements adaptés aux deux roues pour les événements à venir de l’été, dont le festival Cabaret frappé, du 15 au 19 juillet. Les élus locaux de La France insoumise (LFI) saisissent l’occasion pour une intervention bien éloignée des préoccupations des cyclistes : l’appel au boycott de la DJ Barbara Butch, figure des luttes LGBT+, programmée au festival. Le mouvement de Jean-Luc Mélenchon lui reproche la signature d’une tribune dans Le Point, le 31 mars, qui défendait la controversée proposition de loi de la députée macroniste Caroline Yadan « visant à lutter contre les formes renouvelées d’antisémitisme ». LFI critique aussi l’artiste de 45 ans, juive, pour avoir donné un concert à l’ambassade de France à Tel-Aviv, le 12 juin 2025. Quelques semaines plus tard, à Grenoble, samedi 18 juillet, la DJ n’aura tenu qu’une vingtaine de minutes sur scène avant de devoir s’éclipser et que la mairie ne suspende le concert « afin de garantir la sécurité du public et des équipes ». Plus d’une centaine de militants propalestiniens étaient venus manifester contre sa présence, sous les sifflets et les doigts d’honneur. Selon l’artiste et la ville, des bouteilles en plastique et en verre auraient aussi été jetées sur scène et un câble électrique saboté.

« Complice du génocide »

La maire écologiste, Laurence Ruffin, indique au Monde qu’une plainte contre X devait être déposée, mardi 21 juillet. L’édile condamne fermement une « atteinte à la liberté d’expression et de programmation », dénonçant une « stratégie d’intimidation » depuis plusieurs semaines. Cela faisait quelques jours qu’un tract distribué par les militants isérois « insoumis » représentait Barbara Butch éclaboussée de sang, mixant devant un drapeau LGBT siglé de l’étoile de David. Elle y était qualifiée de « complice du génocide » à Gaza, tout comme la mairie de Grenoble. Sur ses réseaux sociaux puis sur France 24, le 23 mai, Barbara Butch avait publiquement pris ses distances avec la tribune et la proposition de loi, finalement retirée de l’agenda parlementaire en avril. « J’ai signé une tribune, je n’aurais pas dû le faire », avait-elle regretté, tout en rappelant l’antisémitisme dont elle souffre depuis l’enfance. L’artiste avait aussi été cyberharcelée par la droite et l’extrême droite sur fond de sexisme, d’homophobie et de grossophobie après sa prestation lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris en 2024. Les plus hautes figures de LFI lui avaient alors apporté leur soutien. Si les improbations quant à la méthode employée sont venues de tous les camps à l’échelle nationale, de son côté, Allan Brunon, élu « insoumis » à la mairie de Grenoble, se dit « extrêmement fier » d’avoir participé à ce rassemblement. Le conseiller d’opposition nie toute violence sur le moment. Il renvoie à « l’hypocrisie » de ses détracteurs faisant preuve, selon lui, d’un deux poids deux mesures quand il s’agit de défendre des événements pro-Palestine. « Avec l’équipe municipale en place, nous allons de renoncement en renoncement et cela devient difficile d’entrer en discussion avec eux, surtout sur le sujet principal de notre temps, le génocide en Palestine », ajoute-t-il.

« Volonté de cliver »

Au soir du premier tour des élections municipales de mars, Laurence Ruffin, donnée ultra-favorite à la tête d’une coalition d’une dizaine de partis de gauche, avait été contrainte de conclure un « accord technique » avec la liste LFI, les laissant former un groupe d’opposition, pour gagner la mairie. Depuis, la vie politique locale a été marquée par quelques clashs avec la formation dirigée par Allan Brunon. Deux de ses 13 colistiers ont démissionné mi-juillet, exclus pour absentéisme répété, selon le chef de file local ; parce qu’ils avaient dénoncé « un système bien rodé de violences » en interne, selon les deux purgés. « Cette stratégie s’inscrit dans la continuité d’une campagne municipale très mélenchoniste, axée sur les combats nationaux davantage que locaux et une volonté de cliver au prix de dérives inacceptables et dangereuses », considère l’ancien maire écologiste de Grenoble Eric Piolle. Certains élus prêtent à Allan Brunon des ambitions pour les prochaines législatives comme explication de ces coups d’éclat médiatiques. Pour la nouvelle édile, Laurence Ruffin, toute cette polémique ne se fait pas sur une question de fond. « Je me suis opposée à la loi Yadan, j’ai toujours exprimé mon soutien à la cause palestinienne et nous ne minimisons pas du tout le génocide en cours », défend-elle. L’élue rappelle qu’elle avait invoqué ce même principe de liberté d’expression en mai quand l’opposition municipale de droite lui avait demandé d’annuler un concert antifasciste organisé dans une salle de la ville. Les troupes « insoumises » prévoient de revenir à la charge lors du prochain conseil municipal de rentrée pour rompre le jumelage de Grenoble avec la ville israélienne de Rehovot. En réalité, ce jumelage est suspendu depuis 2014. « La politique actuelle du gouvernement israélien sur la Palestine et en particulier Gaza empêche tout lien institutionnel ou du comité de jumelage », précise le site de la mairie. Insuffisant pour Allan Brunon, bien qu’à Toulouse, par exemple, le candidat LFI aux municipales, François Piquemal, proposait, lui aussi, une simple suspension du jumelage avec Tel-Aviv dans son programme. « Nous avons réaffirmé le gel du jumelage mais nous considérons que c’est aussi une manière de garder un espoir entre les peuples pour le futur », justifie Laurence Ruffin. L’édile assure, dans le même temps, avoir renforcé le jumelage avec la ville de Bethléem, en Palestine.