Insécurité à Nantes : les chiffres de la délinquance battent-ils en brèche la mauvaise réputation de la ville ?

Insécurité à Nantes : les chiffres de la délinquance battent-ils en brèche la mauvaise réputation de la ville ? Souvent pointée du doigt pour son insécurité, Nantes vient de dévoiler son nouveau baromètre de la délinquance. Une étude qui permet de confronter la réputation de la ville à la réalité des chiffres.
« Est-ce que Nantes est pire qu’ailleurs ? Non. Bien au contraire, on le voit dans les chiffres », a assuré Denis Talledec, délégué métropolitain à la sécurité et à la prévention de la délinquance, lors d’une conférence de presse jeudi 29 octobre. L’élu nantais, par ailleurs adjoint au maire, a présenté l’édition 2026 du baromètre de la tranquillité publique lancé il y a trois ans. Cet outil élaboré par l’AURAN (agence d’urbanisme de la région nantaise) s’appuie sur les statistiques de crimes et délits du ministère de l’Intérieur pour comparer la situation de la métropole (constituée de 24 communes) à celles de ses homologues françaises, et ce sur une période de cinq ans. La cité des Ducs, particulièrement scrutée au cours des dernières années sur ses évolutions en matière d’insécurité, est une des rares villes de France à disposer d’un tel observatoire. « Nantes n’est pas sous cloche. Nantes s’inscrit dans des phénomènes nationaux et internationaux », a insisté le conseiller métropolitain, s’inscrivant dans les pas de la maire de Nantes Johanna Rolland (PS) qui avait présenté en mars 2025 la première édition de ce baromètre et assuré que « le “Nantes bashing” ne passe pas l’épreuve des chiffres », face à un recul de la délinquance observé.
«Baisse de la délinquance générale»
Une fois encore, les données analysées, dont les plus récentes datent de 2025, montrent globalement « une baisse de la délinquance générale, et ce, pour la troisième année consécutive à l’échelle de la métropole », a résumé Denis Talledec. Seize familles de faits - les mêmes que celles du ministère - ont été répertoriées et concernent par exemple les atteintes aux personnes, aux biens, ou encore les stupéfiants. « Sur ces 16 grandes familles, la métropole nantaise se trouve soit dans la moyenne, soit dans la moyenne basse. Elle se retrouve dans la moyenne haute seulement sur quatre indicateurs ». Les domaines dans lesquels la métropole fait figure de mauvaise élève sont les violences sexuelles, avec 2,1 faits pour 1000 habitants en 2025 (contre 2 pour la moyenne des 22 métropoles de France) mais dont l’augmentation est proportionnelle à celle constatée en France. Les cambriolages de logements, bien qu’en baisse significative depuis 2020 restent à ce jour eux aussi plus élevés (7,3‰) que la moyenne nationale (6,6‰), tout comme les vols de véhicules et les vols d’accessoires de véhicules. Concernant les stupéfiants, des augmentations ont été constatées en cinq ans dans la métropole sur les usages (+2,8‰) et le trafic (+0,4‰). Ils restent plus faibles que la moyenne nationale enregistrée dans les 22 métropoles de France et relèvent « plus l’activité des services de police sur la matière et donc leur dynamisme en matière de lutte contre les trafics qu’une photographie d’une délinquance sur les stupéfiants », a défendu Jean-Baptiste Peyrat, directeur général adjoint en charge de la sécurité à Nantes Métropole. En revanche, le baromètre ne prend pas en compte la série d’homicides violents survenue au printemps 2026 au cours de laquelle cinq jeunes hommes ont été tués, la piste narcocriminelle ayant été privilégiée dans la majorité des cas.
Un travail sur le sentiment d’insécurité
« Est-ce que ce baromètre nous satisfait ? Non », a d’ailleurs confié Denis Talledec, engagé dans un travail de déploiement de caméras de vidéosurveillance en lien avec les demandes de la police. L’élu a précisé que « ces chiffres doivent être regardés avec lucidité, ils ne résument pas le sentiment d’insécurité des habitants, que nous devons entendre et auquel nous continuons d’apporter des réponses ». Un travail est d’ailleurs en cours avec des étudiants de Nantes Université en master criminologie sur le sentiment d’insécurité. « On communiquera dessus quand on aura quelque chose de dynamique qui nous amène des enseignements », a souligné l’élu Denis Talledec, au sujet de cette enquête déjà évoquée à plusieurs reprises. « C’est en lien avec l’UFR sociologie. L’idée est de rentrer dans une analyse sociologique basée sur des entretiens et faite sur différents quartiers dans la métropole, a précisé Hervé Patureau, directeur du pôle stratégie et planification territoriale à l’AURAN. L’idée, c’est de reproduire cet exercice régulièrement pour voir un peu comment évolue cette perception du sentiment d’insécurité.» Si les chiffres concordent avec le bilan présenté en début d’année par la préfecture de Loire-Atlantique, où l’ancien préfet Fabrice Rigoulet-Roze avait salué « une baisse marquée de la délinquance sur les trois dernières années », des actions de prévention sont toujours en cours, notamment dans le centre de Nantes. Depuis quelques mois, les consommateurs de stupéfiants sont particulièrement présents dans les ruelles de l’hyper-centre nantais. Le 12 octobre, le procureur de Nantes, le préfet de Loire-Atlantique, l’ARS, la maire de Nantes, et le directeur interdépartemental de la police se sont réunis pour résorber ce problème. Dans un communiqué intitulé « renforcer la lutte contre l’insécurité dans le centre-ville de Nantes », le préfet a annoncé dans la foulée des actions telles que l’intensification de la lutte contre le narcotrafic avec la distribution d’amendes pour les usagers de stupéfiants, le renforcement des patrouilles des polices nationale et municipale, la création de places d’hébergement pour les personnes vulnérables, ou encore le renforcement de dispositifs de maraudes.