Incendies : quand les futurs ministre délégué à la transition écologique et maire de Bordeaux votaient contre une hausse des moyens pour les pompiers

« Les mêmes qui ont refusé de voter les augmentations budgétaires viennent aujourd’hui dire qu’elles ne sont pas assez importantes. » Mardi 28 juillet, sur Franceinfo, le ministre délégué à la transition écologique, Mathieu Lefèvre, tente d’éteindre les critiques de plus en plus virulentes sur le manque de moyens alloués aux pompiers pour combattre les incendies monstres qui font rage en France, et particulièrement en Gironde. Lorsqu’il était député du Val-de-Marne (Ensemble pour la République, EPR), Mathieu Lefèvre s’était pourtant opposé à l’octroi de moyens supplémentaires pour la sécurité civile, lors de l’examen du projet de loi de finances pour 2023. Le compte rendu de la séance de la commission des finances du 21 octobre 2022, consacré à la sécurité civile, en atteste. Le débat intervient après un été hors norme avec des incendies sur l’ensemble du territoire et dans des régions jusqu’ici épargnées (Bretagne, Alpes du Nord, Jura…) et les feux ravageurs de La Teste-de-Buch et de Landiras, déjà en Gironde. Dans ce contexte, le budget 2023 prévoit de porter les autorisations d’engagements à 1,07 milliard d’euros et les crédits de paiement à 641 millions d’euros, soit respectivement une augmentation de 57,8 % et de 12,8 %. Mais pour le rapporteur spécial sur la sécurité civile (2022-2024), Florian Chauche (La France insoumise, Territoire de Belfort), ce budget, certes en augmentation, n’est « pas suffisant » pour faire face aux « événements climatiques extrêmes » et « répondre aux demandes des sapeurs-pompiers ». Le rapport, d’une trentaine de pages, précise que « l’essentiel de l’effort se concentre sur le renouvellement de la flotte d’hélicoptères » et « ne permet pas de compenser l’insuffisance de la flotte actuelle ». Ce sont 471 millions d’euros qui sont prévus pour renouveler une flotte de 36 hélicoptères, utilisés en priorité pour des opérations d’évacuation, mais pas directement contre les incendies, et que le ministre de l’intérieur souhaite mutualiser avec la gendarmerie, hors période de feu. Aussi, le rapporteur spécial soumet-il en commission une série d’amendements pour obtenir une rallonge des moyens alloués. Le premier propose une dotation de 15 millions d’euros supplémentaires par an sur cinq ans pour permettre aux services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) de s’équiper de camions-citernes feux de forêt, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers préconisant de passer de 3 700 véhicules en 2022 à 10 000 en dix ans. L’amendement est rejeté. Tout comme celui proposant d’investir 14 millions d’euros supplémentaires pour acquérir des hélicoptères Super Puma capables de larguer 4 000 litres d’eau, en complément des Dash et Canadair, celui demandant d’augmenter l’enveloppe pour acheter de nouveaux bombardiers d’eau et celui préconisant la hausse de la contribution de l’Etat pour former de nouveaux sapeurs-pompiers.
Pas de loi de modernisation des SDIS
« Il ne faut pas entrer dans une logique qui revient à opposer les forces de sécurité intérieure les unes aux autres, justifie alors Mathieu Lefèvre, pour motiver son rejet. Ce nouvel amendement nous demande de prendre sur le programme de la police nationale pour donner aux pompiers. » Réponse du rapporteur spécial : « Nous ne sommes ni contre la police ni contre les pompiers : nous demandons des moyens supplémentaires pour les deux. » Une passe d’armes s’engage entre les deux députés, Mathieu Lefèvre rétorquant que « les SDIS sont de la responsabilité des départements, pas de l’Etat ». Les SDIS sont financés à 90 % par les collectivités locales, elles-mêmes en manque de moyens. Lors de cette séance, Thomas Cazenave, alors député de Gironde (EPR), et depuis mars maire de Bordeaux, aujourd’hui sous la menace du mégafeu qui a parcouru 42 000 hectares dans le département, s’oppose également à ces amendements. « Notre groupe est conscient des enjeux des SDIS, mais le financement de notre politique en la matière ne peut se faire à partir d’amendements qui ne présentent aucune cohérence les uns avec les autres, explique-t-il alors. Une mission, dont les résultats sont très attendus, a été lancée. Elle va remettre à plat le financement des SDIS pour garantir la continuité de leur action. » Depuis cette séance de la commission des finances, une mission flash, deux rapports parlementaires et un « Beauvau de la sécurité civile » ont été organisés, mais toujours pas la grande loi de modernisation des SDIS annoncée. « Si seuls deux Canadair ont pu être commandés en 2024, ce n’est pas par manque de crédits budgétaires, contrairement aux accusations erronées que LFI fait prospérer : la chaîne de production était à l’arrêt et le fournisseur ne pouvait pas en livrer davantage. Ce sont les difficultés de production qui ont conduit à l’annulation de 50 millions d’euros de crédits, et non l’inverse », indique-t-on au cabinet de Thomas Cazenave sans répondre sur le débat du budget 2023. « Les amendements LFI consistaient à amputer les moyens de nos forces de l’ordre [police et gendarmerie nationale], ce qui est évidemment inacceptable, réagit de son côté le cabinet du ministre délégué de la transition écologique. LFI a par ailleurs proposé de censurer l’intégralité des budgets qui ont permis de quasiment doubler les moyens de la sécurité civile [entre 2017 et 2026] et d’augmenter considérablement ceux des SDIS. Ce parti est donc très mal placé pour donner des leçons d’investissement public, sans aucune cohérence d’ensemble. »