Revue de presse

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Incendies : le gouvernement, au chevet des habitants et des élus touchés, cherche à sortir de la crise

Le Monde · 18/08/2026 · ← revue

Crise après crise, le discours sur l’incapacité de l’Etat à remplir ses missions les plus élémentaires gagne en crédit. Le premier ministre, Sébastien Lecornu, l’a mesuré une nouvelle fois, lundi 17 août, lors de son déplacement en Gironde, près d’un mois après les premiers départs de feu qui ont ravagé 42 000 hectares dans le département. Six ministres, une armada d’élus locaux et de hauts fonctionnaires réunis autour du locataire de Matignon n’auront pas suffi à rassurer des habitants en colère, rongés par la peur du lendemain et traumatisés par la perte de leurs biens et de leur situation d’avant la catastrophe. Hué au cours de sa visite, entre la commune sinistrée du Porge et Mérignac, près de Bordeaux, Sébastien Lecornu a défendu sa méthode « à l’ancienne », privilégiant la concertation avec les élus loin des caméras. C’est dans la plus grande discrétion que le premier ministre s’est invité, dimanche 16 août, dans la commune du Porge, où 183 maisons, sur les 250 recensées, ont été réduites en cendres dans le courant de juillet. Un long entretien avec le maire (sans étiquette), Martial Zaninetti, une virée sur la plage pour saluer les CRS… Sébastien Lecornu a justifié sa venue, sans caméras ni journalistes, et avec une sécurité minimale, par un souci d’authenticité. D’autres y ont vu un stratagème pour désamorcer d’éventuels débordements en amont de sa visite officielle. Depuis plusieurs semaines, un collectif d’habitants et de bénévoles du Porge et d’autres communes ravagées par les incendies prépare une plainte collective contre l’Etat. Ils accusent les autorités d’avoir privilégié le sauvetage de la presqu’île cossue du Cap-Ferret, au détriment de leurs modestes pavillons. Plus largement, c’est un sentiment d’injustice diffus qui devient le moteur de leur démarche. « On aurait aimé par respect qu’ils viennent ne serait-ce que se montrer, affronter la foule, affronter l’erreur de l’Etat dans la gestion de ce feu », déplore une habitante du Porge qui a requis l’anonymat, présente parmi les 200 personnes venues manifester leur mécontentement, tout de noir vêtues, devant la mairie où se trouvait Sébastien Lecornu, le maire et quatre membres du collectif de victimes.

« L’artillerie lourde »

« Nous n’avons rien à cacher » sur le déroulé de la crise, a tonné le premier ministre à son arrivée à Mérignac, renvoyant ces allégations à « des polémiques politiciennes » véhiculées par « les réseaux sociaux » et par « certaines sphères complotistes ». « La polémique sur les moyens, qu’ils soient aériens, terrestres, civils ou militaires m’est un peu étrangère », a lancé Sébastien Lecornu, qui a préféré mettre en cause « un problème de vitesse d’exécution, de rapidité », malgré les retours d’expérience des feux massifs survenus dès 2022. Si l’entourage du chef du gouvernement avait avancé ce déplacement pour manifester le soutien de l’Etat envers une région éprouvée par les aléas climatiques, ces déclarations ont redonné de la vigueur aux détracteurs de l’exécutif, qui dénoncent tour à tour le manque de moyens, de réactivité et parfois d’empathie des pouvoirs publics dans la gestion de ces événements dévastateurs. Mais Sébastien Lecornu s’en est tenu à son plan d’urgence doté de 12 millions d’euros à la main des préfets des Landes et de la Gironde, présenté lundi. Pour mener les premiers chantiers de « reconstruction », de nombreuses mesures de simplification ont été avancées pour favoriser le relogement des victimes, la relance du tourisme et le soutien au tissu économique local durement affecté par ces manifestations de l’accélération du changement climatique. « On assume de sortir l’artillerie lourde », a affirmé le premier ministre pour justifier ces mesures d’exception, contre « une bureaucratie excessive qui retarderait ce retour à la normale ». Parmi les principales mesures, la délivrance de permis de construire rapides, dans un délai de un à trois mois, ou encore un moratoire de trois mois sur les cotisations sociales et la taxe foncière pour les entreprises évacuées en difficulté. Le gouvernement veut également jouer un « rôle d’interface » entre les assurés et leurs assureurs afin de contraindre ces derniers à activer les prises en charge des victimes. Dans l’urgence, l’exécutif promet un rétablissement de la situation à l’approche de la rentrée scolaire, en encourageant, par exemple, des reconstructions « équivalentes ». « Ma crainte, c’est qu’on continue à entretenir une sorte de déni. Je ne sais pas si le gouvernement a bien compris les causes et les conséquences du réchauffement climatique », s’interroge Alain Rousset, président socialiste du conseil régional de la Nouvelle-Aquitaine.

« Une deuxième catastrophe »

A Bormes-les-Mimosas, dans le Var, Emmanuel Macron voulait, lui aussi, apparaître au chevet des sinistrés des incendies. « Le feu est arrivé tôt, plus tôt que prévu. Il a été terrible. C’est le feu le plus long que le Var ait eu à connaître », a rappelé le président de la République, en référence à l’incendie du Gros Bessillon, qui a brûlé pendant dix-huit jours. Alors que le chef de l’Etat a répété qu’« il ne fa[llait] pas céder au défaitisme », il a mis l’accent sur l’aspect technique de la lutte contre les flammes, prescrivant « une plus grande sévérité encore sur le débroussaillement », et se félicitant de voir les « pistes criminelles » et les « enquêtes en cours » se multiplier pour déterminer l’origine des feux. Plus tôt dans la soirée, Emmanuel Macron a reçu les maires des communes touchées par les incendies de l’été. Un entretien d’une heure au cours duquel le président de la République se serait engagé à ce que le Var bénéficie des mêmes aides que celles annoncées plus tôt dans la journée, en Gironde, par le premier ministre. Cathy Venturino-Gabelle, maire (sans étiquette) de Barjols (Var), a trouvé que le chef de l’Etat était « à l’écoute » des élus. Mais comme de nombreux autres édiles dans le Var et en Gironde, elle se « prépare déjà à une deuxième catastrophe ». Les forêts décimées et les troncs calcinés sur les collines décuplent le risque d’inondation en cas de fortes pluies à l’arrivée de l’automne. « L’eau va ruisseler beaucoup plus vite, car elle n’aura plus d’obstacle, et elle pourra emporter avec elle toutes les souches mortes », détaille Jean-Pierre Véran, maire (sans étiquette) de Cotignac. L’élu regrette que « la canicule ait été oubliée » dans le discours présidentiel. « C’est évident que s’il n’avait pas fait presque 40 [degrés] tous les jours, ça aurait bien moins brûlé », estime-t-il.

Absence de Monique Barbut

En Gironde, l’absence de la ministre de la transition écologique, Monique Barbut, au côté du premier ministre, a été remarquée. Un mois après avoir renoncé à démissionner du gouvernement, l’ancienne présidente de WWF France a fustigé, dans Libération lundi, « les responsables politiques qui n’ont qu’une approche technologique de la question environnementale ». Mais les oppositions ont surtout relevé ses propos à l’égard du candidat de La France insoumise à l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, dont elle estime qu’il « est celui qui intègre le plus la question du climat dans ses propositions économiques et sociales ». Cette déclaration, très commentée, ferait presque oublier l’autre information majeure de cet entretien, aux airs de règlement de comptes avec le premier ministre. Monique Barbut, chargée d’une mission sur l’accélération des politiques d’adaptation, qui doit aboutir en octobre, n’a, pour l’instant, « aucune garantie formelle » de Matignon que le programme d’investissements qu’elle élabore soit mis en œuvre avant la fin du quinquennat. Sébastien Lecornu rappelle, de son côté, que la capacité du gouvernement à dégager de nouvelles marges de manœuvre financières dépend de l’adoption d’un budget à l’automne et donc d’un compromis permettant de donner la priorité à ces dépenses d’investissements. Lundi, le premier ministre a fait savoir que les répercussions des incendies en Gironde allaient franchir aisément la barre des 100 millions d’euros.