Incendies de Gironde : le village de Saumos en péril après la destruction de sa forêt communale

Par Frank Niedercorn
Saumos. Désormais, plus personne n'ignore le nom de ce village d'où est parti le gigantesque incendie qui a dévasté près de 35.000 hectares en Gironde l'été dernier, dont les 850 hectares de la forêt qui appartenait à la commune. « Plus de 92 % de notre forêt a brûlé. Quant au reste, il avait été détruit en 2022 », se désole Denis Lapeyre, l'adjoint au maire chargé des finances de ce village de 550 habitants dans lequel douze maisons ont été touchées. Et qui s'interroge désormais sur son avenir. A l'exception de son petit bourg, le village est intégralement recouvert de pins maritimes. C'est aussi le plus gros propriétaire sylvicole de son territoire. La vente du bois génère 200.000 à 300.000 euros de revenus chaque année. Une somme sur laquelle la municipalité reverse 12 % à l'Office national des forêts (chargé de la gestion) et qui finance également la replantation des parcelles (2.500 euros par hectare), l'amortissement des engins et le salaire de deux employés municipaux chargés de l'entretien forestier. Les rentrées nettes annuelles sont ainsi comprises entre 100.000 et 150.000 euros, soit plus de 10 % du budget communal. « L'essentiel de nos investissements et une partie de notre fonctionnement sont financés par la forêt », assure Denis Lapeyre. En l'absence de zone industrielle, commerciale, et même d'entreprise, la commune n'a en effet d'autre ressource que sa forêt, les dotations et sa fiscalité. Outre les revenus des arbres récoltés début 2026, la commune devrait pouvoir compter sur la vente des bois incendiés. En effet, les arbres adultes sont souvent exploitables après le passage d'un incendie mais avec une décote qui pourrait atteindre les 50 % en raison d'un marché peu favorable. L'avenir est en revanche très « sombre », constate Denis Lapeyre : « On ne peut tout de même pas doubler la fiscalité locale ». Cette dernière est limitée en raison de son statut de « village forestier » qui encadre strictement sa croissance démographique jusqu'en 2035.
Générosité populaire
La municipalité, qui a demandé une aide d'urgence de 600.000 euros, n'a pour l'instant reçu aucune nouvelle. Les habitants redoutent, comme en 2022, de subir des dégâts causés par les inondations sur un territoire susceptible de se transformer en marécage en cas de forte pluie - les pins maritimes ont la capacité d'absorber jusqu'à 100 litres d'eau par jour. « L'urgence est donc de remettre en état le réseau de crastes, ces fossés qui drainent des eaux de pluie mais sont encore encombrés d'embâcles liés à l'incendie », précise Denis Lapeyre. Saumos s'est donc décidé à faire appel à la générosité populaire en mettant sur pied une cagnotte avec une procédure homologuée par la Banque de France. « L'intérêt est de bénéficier d'un processus sécurisé et d'un libellé précis qui permet une défiscalisation à hauteur de 60 % puisqu'il s'agit de dons », précise Denis Lapeyre. Avec l'espoir de bénéficier d'un élan de générosité, à l'image de la commune du Porge, qui a reçu près de 500.000 euros de dons. Quant à l'avenir, c'est l'incertitude. Comment financer la replantation ? Comment financer le budget communal en sachant que le retour sur investissement de la sylviculture se compte en décennies ? « Nous avons même du mal à imaginer l'ampleur des difficultés budgétaires face auxquelles nous allons devoir faire face dans les années à venir », avoue Denis Lapeyre.