Incendie en Gironde : Sébastien Lecornu annonce l’envoi de 500 militaires supplémentaires et de 1,5 million de masques FFP2

Il aura suffi que le vent tourne pour faire basculer la crise. « On a appris dans le milieu de l’après-midi qu’avec l’inversion des vents, ce feu convectif, très difficilement maîtrisable, partait vers l’est et prenait plutôt la direction de la métropole bordelaise », a expliqué le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, sur TF1, dans la soirée du vendredi 24 juillet. Le bilan était déjà lourd avant ce rebondissement : 19 000 hectares brûlés, une centaine de bâtiments détruits, et plus de 110 000 évacuations en Gironde – il était passé à 30 000 hectares et 140 000 évacuations, samedi 25 au matin. Après avoir menacé le cap Ferret, intégralement vidé de ses habitants, l’incendie s’est donc retourné, et a commencé à progresser vers Bordeaux. Une vingtaine de kilomètres et plusieurs communes le séparaient encore de la métropole et ses plus de 850 000 habitants, vendredi à minuit. « Situation cataclysmique », s’inquiète un pompier du département. Peu après l’intervention du ministre, la préfète de Nouvelle-Aquitaine et de Gironde a appelé la population à fuir le cône de progression de l’incendie, « dans l’ordre et avec méthode ». Sophie Brocas a invité les habitants de huit communes proches de Bordeaux à préparer leurs affaires et se tenir prêt : « Chaque résident recevra sur son téléphone portable une alerte de notre part lui donnant le top départ. » Les habitants de Saint-Médard-en-Jalles, Le Haillan, Saint-Jean-d’Illac, Martignas-sur-Jalle et Saint-Aubin-de-Médoc, ainsi que, de façon partielle, Mérignac, Eysines et Bruges ont ainsi reçu la consigne d’évacuer, dans la nuit de vendredi à samedi. Le service public d’information routière Bison Futé a appelé, lui, dans la nuit de vendredi à samedi, les automobilistes à « éviter de se rendre ou de traverser le département de la Gironde » en raison des incendies en cours, alors que la journée est classée rouge au niveau national dans le sens des départs. « Laissez les routes libres pour les secours », a-t-il indiqué. Du côté de Mérignac, des avions continuaient d’atterrir et de décoller samedi matin de l’aéroport de la métropole, annoncé fermé par le ministre de l’intérieur dans la soirée de vendredi. Jeudi soir, alors que quelque 800 pompiers continuaient de lutter contre le feu déclenché mercredi à Saumos (Gironde), au nord-est de Lège-Cap-Ferret, et qu’un incendie parallèle venait de se déclarer près de Biscarrosse, dans les Landes, la France avait demandé l’activation du mécanisme de protection civile de l’Union européenne (UE).
Renforts aériens
« Nous allons pouvoir compter rapidement sur le renfort de deux Canadair croates, de deux Air Tractor portugais ainsi que de deux hélicoptères lourds Black Hawk tchèque et slovaque », a annoncé Emmanuel Macron, sur X, dans la nuit de jeudi à vendredi. « La situation reste sous très forte tension face aux incendies qui frappent le pays, en particulier en Gironde », soulignait le chef de l’Etat, sans préciser à quel moment ces renforts arriveraient sur place. Selon un document de la sécurité civile consulté par Le Monde, faisant la synthèse de la lutte contre les incendies sur le territoire au matin de vendredi, seuls cinq des douze Canadair de la flotte française étaient opérationnels pour la journée. L’entourage du ministre évoque des contrôles rendus nécessaires par la forte utilisation de ces moyens, et souligne que le feu qui secoue la Gironde, avec sa fumée et de grandes flammes, se combat essentiellement au sol. Outre les Canadair, selon nos informations, le dispositif aérien était tout de même complété par deux Dash, des hélicoptères et des Air Tractor. Après la mobilisation de renforts aériens européens, Emmanuel Macron a demandé aux armées, vendredi soir, de « se mobiliser pour venir en renfort maximal de la sécurité civile ». A la demande du président de la République, une cellule interministérielle de crise sur les feux de forêt était convoquée à 22 heures par le premier ministre, Sébastien Lecornu, avec les ministres de l’intérieur, des armées, de la santé, des transports et de l’environnement. Au terme d’une heure et demie de réunion place Beauvau, le premier ministre, indiquant que « les incendies qui frappent notre pays ont atteint un niveau inédit », annonçait sur X à 23 h 40 l’arrivée de 500 militaires supplémentaires en Gironde dès samedi, portant à plus de 1 000 le nombre de militaires venant « en appui des sapeurs-pompiers ». Une mesure qui rappelle le catastrophique été 2022, au cours duquel 20 000 hectares de forêts landaises étaient partis en fumée. Déjà, à l’époque, l’armée avait été appelée en renfort, pour participer à la surveillance du feu en collaboration avec la sécurité civile, mais aussi pour creuser des pare-feu de plusieurs kilomètres, à l’aide de bulldozers du génie.
Dispositifs autour des sites Seveso
Sébastien Lecornu a également annoncé l’acheminement dans la nuit de vendredi à samedi de 1,5 million de masques FFP2 vers la Gironde, « afin de protéger les personnels engagés et les populations exposées aux fumées nocives pour la santé ». La mobilisation du service de santé des armées est également prévue afin de faciliter la prise en charge des personnes vulnérables, ainsi que la réquisition des matériels de BTP et des moyens de transport collectifs nécessaires « pour acheminer les renforts et permettre les opérations d’évacuation ». Des dispositifs de protection devaient enfin être déployés autour des sites industriels classés Seveso. « Face à cette situation, notre priorité est claire : protéger les vies humaines », écrivait le premier ministre. Le commandement des pompiers multiplie de son côté les demandes de renfort à travers le territoire. La chose n’est pas aisée, le feu qui ravage la Gironde venant s’ajouter à plusieurs autres situations compliquées, la plus proche à seulement quelques dizaines de kilomètres, dans les Landes. Près de Biscarosse, 3 000 hectares ont déjà brûlé, et plus de 30 000 personnes ont été évacuées. Dans le Var, plus d’un millier de pompiers sont mobilisés face à un incendie qui a déjà ravagé 3 200 hectares près de Pontevès, et où de nouveaux départs de feu ont été signalés. Dans les Hautes-Alpes, ce sont plus de 200 hectares qui ont pris feu, sur la commune de Freissinières, dans des zones escarpées très difficiles d’accès pour les près de 250 effectifs mobilisés. En Gironde et dans les Landes, près de 1 700 pompiers étaient mobilisés au matin du 24 juillet. Dans la soirée, des renforts se sont mis en route depuis la Vendée, la Loire-Atlantique, la Savoie ou encore l’Ile-de-France – des pompiers suisses ont même quitté Genève en direction de la Gironde. Ils sont notamment constitués de groupes urbains, avec l’objectif de protéger les communes menacées. Avec une inquiétude : voir les flammes aux portes de Bordeaux samedi matin. Mise à jour du samedi 25 juillet à 8 h 56 : ajout d’informations sur l’aéroport de Bordeaux-Mérignac et sur le nombre d’évacués et d’hectares brûlés samedi matin.