Incendie en Gironde : attaqué pour ses votes passés sur les moyens des pompiers, le maire de Bordeaux dénonce des «accusations erronées»

Incendie en Gironde : attaqué pour ses votes passés sur les moyens des pompiers, le maire de Bordeaux dénonce des «accusations erronées» Thomas Cazenave est la cible de critiques pour des décisions prises lorsqu’il était député puis ministre, et qui concernent la flotte de Canadair et les ressources allouées aux SDIS. Son cabinet déplore une polémique qu’il ne juge «pas à la hauteur de la crise».
Il était presque inévitable que des noms et des visages soient rapidement pointés du doigt. Que des listes de fautes soient dressées. Que des responsables soient désignés, quand les incendies qui ont ravagé 42.000 hectares en Gironde sont encore loin d’être fixés. Le maire de Bordeaux, Thomas Cazenave, a ainsi été la cible de critiques cette semaine pour des décisions prises lorsqu’il était député puis ministre. En cause : les moyens alloués aux pompiers, alors que sa ville est depuis une semaine sous la menace des flammes. La première salve de critiques est consécutive à un article du Canard enchaîné paru mercredi, et qui accuse l’édile d’avoir «bombardé les Canadair» lorsqu’il était ministre des Comptes publics (2023-2024) dans le gouvernement de Gabriel Attal. Le blâme s’inscrit dans une polémique plus générale, entretenue notamment par La France insoumise, reprochant à ce gouvernement de l’époque d’avoir annulé une commande de deux de ces bombardiers d’eau à l’hiver 2024. «Gabriel Attal n’était pas seul aux commandes quand il s’est agi de tronçonner 10 milliards d’euros dans le budget général et d’amputer celui de la sécurité civile de près de 53 millions d’euros», écrit ainsi le Canard enchaîné, affirmant que Thomas Cazenave a aussi apposé sa signature au décret.
Le fournisseur de Canadair «ne pouvait pas en livrer davantage»
Or, comme l’a expliqué Le Figaro dans un récent décryptage, cette coupe budgétaire n’a pas conduit à l’annulation d’une commande déjà passée. Elle a rendu impossible la levée de l’option prévue par un contrat signé par la France, portant sur l’acquisition de deux Canadair supplémentaires, en plus des deux autres appareils bel et bien acquis en août 2024 et financés en partie par Bruxelles. Le résultat, certes, est le même : seuls deux Canadairs ont été commandés à l’été 2024, retardant l’objectif fixé en 2022 par Emmanuel Macron de porter de 12 à 16 la flotte de Canadair à la fin de son mandat. Mais le cabinet de Thomas Cazenave, joint par Le Figaro, jure que «ce n’est pas par manque de crédits budgétaires, contrairement aux accusations erronées que La France insoumise fait prospérer». Selon l’entourage du maire de Bordeaux, «ce sont les difficultés de production» du constructeur De Havilland of Canada, seul à produire les Canadair, «qui ont conduit à l’annulation de 50 millions d’euros de crédits, et non l’inverse». «La chaîne de production était à l’arrêt et le fournisseur ne pouvait pas en livrer davantage», nous précise-t-on. En clair, même s’ils avaient été commandés en 2024, les deux Canadair supplémentaires n’auraient sans doute pas pu être utilisés pour combattre les feux de forêt de 2026.
Les moyens des SDIS dans le budget 2023
Jeudi soir, c’est Le Monde qui a dégainé une deuxième lame, remontant un peu plus loin dans l’historique parlementaire de Thomas Cazenave. Nos confrères citent le compte rendu de la séance de la commission des finances du 21 octobre 2022, survenue en plein examen du budget 2023. Rapporteur spécial sur la sécurité civile, le député LFI Florian Chauche avait jugé insuffisantes les augmentations prévues par le projet de loi de finances, et soumis une série d’amendements pour obtenir des rallonges. Notamment un proposant une dotation de 15 millions d’euros supplémentaires par an sur cinq ans pour permettre aux SDIS de s’équiper de camions-citernes feux de forêt. Un autre proposant d’investir 14 millions d’euros pour acquérir des hélicoptères Super Puma capables de larguer 4 000 litres d’eau, en complément des Dash et Canadair. Et un autre pour gonfler l’enveloppe servant à acheter de nouveaux bombardiers d’eau. Le groupe macroniste, dont faisait partie à l’époque Thomas Cazenave, avait tout rejeté. «Notre groupe est conscient des enjeux des SDIS, mais le financement de notre politique en la matière ne peut se faire à partir d’amendements qui ne présentent aucune cohérence les uns avec les autres», justifiait alors le député de Gironde, promettant une «mission» pour «remettre à plat le financement des SDIS pour garantir la continuité de leur action». Nos confrères du Monde déplorent l’absence, en 2026, de cette «grande loi de modernisation des SDIS annoncée», malgré «une mission flash, deux rapports parlementaires et un Beauvau de la sécurité civile».
«Il n’est pas responsable d’induire nos concitoyens en erreur»
Les amendements de LFI à l’époque «consistaient à amputer les moyens de nos forces de l’ordre (Police et Gendarmerie nationale), ce qui est évidemment inacceptable», réagit aujourd’hui le cabinet du maire de Bordeaux. Un argument servi au moment des débats par le député du Val-de-Marne, Mathieu Lefèvre, actuel ministre de la Transition écologique. «Il ne faut pas entrer dans une logique qui revient à opposer les forces de sécurité intérieure les unes aux autres. Ce nouvel amendement nous demande de prendre sur le programme de la police nationale pour donner aux pompiers», expliquait-il à l’époque. Ce à quoi le rapporteur spécial avait répondu : «Nous ne sommes ni contre la police ni contre les pompiers : nous demandons des moyens supplémentaires pour les deux.» L’entourage de Thomas Cazenave dénonce par ailleurs «l’instrumentalisation politique de ce sujet» par LFI qui, affirme-t-on, «a proposé de censurer l’intégralité des budgets qui ont permis de quasiment doubler les moyens de la sécurité civile et d’augmenter considérablement ceux des SDIS». Toujours selon son cabinet, la polémique n’est «pas à la hauteur de la crise que traverse le territoire et qui exige de faire triompher l’intérêt général sur les considérations électorales et partisanes. Il n’est pas responsable d’induire nos concitoyens en erreur au moment même où nos pompiers se battent héroïquement contre les flammes et où un fantastique élan de solidarité collective se manifeste».